Allégeance

Sur le bureau de l'homme, une lettre ; quelques feuillets déformés par les contraintes d'une enveloppe. Sur le papier vergé, couleur champagne, une écriture ronde de femme exhibe ses majuscules démesurées. Une plume d'argent sert de presse-papiers. L'homme debout devant son bureau la relit avec satisfaction.

A vous, mon Ami, mon Maître, je dédie cette lettre. Elle scelle mon appartenance. Elle exprime votre volonté, elle constate mon anéantissement. J'étais chatte, je suis devenue chienne. Votre chienne.

Je baise cette main que vous m'offrez. Par elle, j'ai connu les pires voluptés et les plus exquises douleurs. Je bénis chacun des doigts qui se referment sur la cravache de cuir rouge que vous m'avez offerte. Car vous avez fait de moi la propriétaire de l'instrument de mon humiliation. Lorsque vous êtes trop loin, il m'arrive d'ouvrir le coffret d'acajou dans lequel elle repose et de la caresser du bout des yeux. Jamais, ô mon amant, mon maître, je n'oserais la toucher. Pourtant, ne vous moquez pas je vous en prie, il m'arrive de la presque baiser. J'approche mes lèvres et lui dédie un soupir de douleur souvenue.

Chienne, à vos amis, vous m'avez présentée. Chienne, ils m'ont possédée. Vous m'aviez parlé également de celui-là que vous détestiez. Vous me l'aviez décrit avec tant de dégoût que j'en étais venu à le haïr sans le connaître. La laideur de son corps le disputait à celle de son âme. Cet être veule, sans imagination, à l'intelligence absente ne semblait même pas digne de votre dédain. Vous m'avez présentée à lui et j'ai pu constater qu'il était tel que vous l'aviez décrit. Vous m'avez demandé de le séduire. Je vous ai obéi. L'homme ignorait tout de vos projets. Vous me demandez maintenant de vous raconter ce que fut cette aventure. J'ai hésité à le faire car graver ceci sur le papier rend la chose irréversible et empêche que le temps dissolve cette épreuve dans l'oubli. Je sais que cette lettre est la condition pour que vous acceptiez de me revoir. Cela fait un mois presque, que vous m'avez invitée à ce dîner en compagnie de D***. Au milieu du repas, vous vous êtes absenté, prétextant un coup de téléphone à donner. C'est ce qui avait été convenu mais si vous saviez combien je vous ai haï à ce moment-là. J'imagine qu'une enfant qui voit ses parents partir ne doit pas ressentir plus profonde peine mêlée de colère et d'humiliation.

D***, vous le connaissez, n'a rien compris. Il s'est étonné d'abord, indigné ensuite et, finalement inquiété de ne pas vous voir revenir. Sa bêtise était pathétique. Mais ça n'était que le début. Je ne vous rapporterai pas ses paroles car les mots semblaient flotter autour de moi dans une sorte d'éther mystique. Le maître d'hôtel est venu nous dire que vous nous invitiez à ne pas l'attendre et que vous étiez définitivement empêché. Il débarrassa avec savoir-faire votre couvert. Vous aviez à peine touché à votre pièce de chevreuil et le coulis d'airelles avait figé sur le gibier. D*** commença par dire que c'était malheureux puis il vous excusa auprès de moi... m'expliquant que les affaires étaient les affaires. Dois-je vous décrire sa trogne réjouie, illuminée par le bourgogne rouge lorsqu'il se tourna vers moi en déclarant "Eh bien, chère amie, à toute chose malheur est bon et, puisque notre hôte est parti, nous allons pouvoir faire plus ample connaissance." Je lui ai souri, je crois. Il a pris cette dérision pour un rictus de satisfaction et aussitôt, il a fait remplacer le vin par du champagne !

J'étais habillée comme vous me l'aviez demandé. Je n'avais pas de chemisier ni ne soutien-gorge. Rien que la veste de mon tailleur largement ouverte avec, pour tout bijou, le sautoir de perles noué. Il ne m'épargna pas l'inévitable compliment sur l'orient des perles qui mettait si bien en valeur la couleur de ma peau. Sous ma jupe, vous m'aviez voulue nue et, bien sûr, j'avais respecté cet ordre. Je vous sais gré, d'ailleurs de la confiance que vous m'avez accordée. Je m'attendais, avant que nous n'arrivions au restaurant à une inspection minutieuse. Peut-être même espérais-je que vous... mais oui, c'est cela, vous saviez mon attente et vous m'avez frustrée de ce plaisir... Vous avez eu sans doute raison puisque ce trouble inabouti m'a tenu toute la soirée dans un état d'attente où j'en arrivais à m'impatienter que D*** se déclare. Dès qu'il hasarda sa jambe contre la mienne, une onde me parcourut qui me donna l'impression d'être plus mouillée qu'une jument. Comment cet être au physique et à l'intelligence grossiers avait-il pu me troubler. J'étais mal à l'aise. Vous savez que j'ai horreur de ne rien porter sous ma jupe et je m'imaginais trempée et presque ruisselante. Au mieux, je me figurais que mes vêtements allaient afficher la trace de ma honte. Sous le coup de cette peur, je me mis à respirer de manière plus lourde. Bien évidemment, ce fat de D*** interpréta ceci comme une marque de sensualité et il se fit plus pressant. Il procéda sans style, sans imagination, avec la lâcheté qui convient à ce type de personnage. Il est de ceux qui ne savent pas dire "je vous désire" mais qui rampent vers vous, s'insinuent contre vos jambes, caressent vos cheveux d'un air détaché et attendent que vous ne les repoussiez pas. Ils ne s'imposent pas comme vous avez su le faire, vous mon maître, ce soir-là où, au seul son de votre voix, j'ai su que j'étais nue. D*** appartient à cette sous-espèce de faux mâle qui a besoin d'ôter les vêtements d'une femme pour qu'elle soit nue. L'alcool n'était pour rien ou presque dans ce tourbillon infernal où je tombais. La confusion la plus totale régnait dans mon esprit. Une sorte de brouhaha nimbait tout alentour. Je sentis la main de D*** se poser sur mon genou et ma seule réaction fut de rejeter ma tête en arrière en même temps que j'écartais mes cuisses. D***, plutôt que de savourer cet abandon ostensible, cette offrande totale, ôta vivement sa main et regarda tout autour pour s'assurer que personne, aux tables voisines, n'avait rien vu. Il se racla la gorge et desserra son nœud de cravate ainsi que l'eut fait n'importe quel cadre moyen. Il cherchait ses mots mais fut sauvé de son indigence par l'arrivée du maître d'hôtel présentant la carte des desserts. Lorsque les gâteaux furent dans nos assiettes, il ne put résister à cette détestable habitude qu'ont les gens banals et me proposa de partager afin "de goûter à tout" selon ses mots. J'acceptais avec une bonne grâce apparente mais ne trouvais aucun goût à sa forêt noire, préoccupée que j'étais par la touffeur de plus en plus épaisse qui engluait mon entrejambe. Acte manqué de ma part ? Lorsqu'à son invitation, je portais à ses lèvres une cuillère pleine à ras bord de glace au kiwi, un faux mouvement me fit renverser le contenu sur son pantalon. Confuse et navrée, je tendis ma serviette vers la tache. Sa main se referma comme une menotte sur mon poignet. Il avait agi par réflexe. Qu'une main audacieuse s'avance vers le siège de sa virilité ne pouvait être qu'un signe d'agression. J'aurais apprécié, soit qu'il me repousse, soit qu'il n'intercepte pas mon geste et fasse preuve d'assurance. Las, pris d'une témérité obscène, il guida ma main vers... la tache et initia un mouvement de va et vient. Son visage restait d'une impassibilité indécente. La seule chose qui importait était que je le branle sans que les autres convives s'en rendissent compte. Je serrais les genoux comme si je cherchais à contrôler mon propre émoi ; dont D*** se désintéressait. La tache de glace devait être effacée depuis longtemps quand je sentis au travers de la toile une série de spasmes caractéristiques. Je faillis hurler de dépit en le voyant aussitôt lever le bras et réclamer l'addition. D*** n'avait même pas tourné la tête vers moi. Pas un sourire. Vous m'avez appris, Maître, à savoir donner sans attendre rien en retour mais ce qui se conçoit pour vous est insupportable venant d'un autre. Ce qui est une marque de respect chez vous est une manifestation de goujaterie chez un autre ; surtout cet autre-là. J'imaginais avec dégoût son slip et sa queue ramollie enduite d'un foutre obscène et égoïste. Mon dégoût était d'autant plus grand que je savais que j'allais passer la nuit avec lui.

J'étais chancelante en quittant la table. Mes propres humeurs avaient commencé à sécher, formant une sorte de pellicule que chacun de mes pas déchirait. C'est à vous que je pensais à cet instant-là, c'est avec vous que j'aurais aimé partager ce moment de honte. D*** me prit par le bras et me proposa de me raccompagner. Je fis semblant d'hésiter puis j'acceptais. D*** possède une de ces voitures allemandes faites pour les nouveaux riches et les anciens jeunes. La caisse en est si basse que j'eus l'impression de descendre dans une cave, pour ne pas dire un tombeau... Il prit place au volant, et mit de la musique. La troisième symphonie de Brahms. Cela aurait pu être le seul bon point de la soirée s'il ne s'était pas mis aussitôt en colère contre son épouse qui "a encore oublié ses CD insupportables dans la voiture". Nous eûmes droit à la radio, une station périphérique... Je vous laisse apprécier le romantisme. D*** posa de nouveau sa main sur ma cuisse mais cette fois-ci, je ne bronchais pas car j'avais le sentiment que vous m'aviez abandonnée et que, plus qu'un jeu sordide, le fait de m'offrir à D*** était une façon de vous débarrasser de moi. J'ai douté de vous, pouvez-vous le comprendre ? Pourrez-vous me le pardonner ? La prochaine fois que je vous recevrai chez moi, la cravache sera dans son coffret ouvert sur la table et je serai à genoux, la seule position qui me convienne, dans l'attente de ma punition. D*** m'a regardé avec un drôle de sourire désabusé et puis il a fait hurler le moteur. Les phares nettoyaient la nuit au fur et à mesure que nous roulions. D*** ne parlait pas. Moi-même, je n'avais rien à dire. J'aurais simplement voulu être demain, devant un miroir, en train de me remaquiller et de me rhabiller, refermant mon poudrier, mon sac et... "la porte de la nuit". "Les feuilles mortes se ramassent à la pelle", me suis-je mise à fredonner. J'avais devant moi les images du film et de cet homme, habillé en vagabond, qui symbolisait le destin. Après m'avoir complimenté sur ma façon de chanter, D*** me demanda si je ne préférais pas plutôt prendre un dernier verre chez lui avant de rentrer. "Ça tombe bien", rajouta-t-il, "ma femme est à l'Alpe d'Huez". Tomber, oui, ça "tombait" bien... j'avais l'impression de dégringoler de plus en plus bas. D*** ne m'épargnait aucune des banalités que vous m'avez appris à détester. Il s'arrêta à une station service. Je lui demandais de m'attendre et rentrais dans la boutique, je demandais le téléphone et composais votre numéro mais vous n'avez pas voulu répondre. Je savais que vous étiez là car le répondeur n'était pas branché. Vous saviez qu'à un moment ou un autre, j'aurais besoin de vous et qu'il ne fallait surtout pas que vous soyez là. Je vous ai haï d'un amour insupportable ! J'ai couru m'enfermer dans les toilettes et, le visage collé au miroir, je regardais venir du fond de mes yeux, les larmes que vous arrachiez une à une. Je n'avais pas pensé à prendre mon sac, je ne pus m'essuyer qu'avec du papier hygiénique. Je me dégoûtais d'être là et de n'être pas à la hauteur de votre désir. D'un geste nerveux, je relevais ma jupe et... torchais les reliquats de cyprine qui souillaient encore mon ventre. Le tout partit dans la violence d'une chasse d'eau. De quoi m'étais-je débarrassé ? De rien et surtout pas de vous...

Je profitai de la pénombre pour dissimuler mon maquillage en ruine. D*** était déjà dans la voiture. Bien sûr, il s'impatientait. C'est le genre d'homme qui ne sait rien de l'attente. La voiture a démarré avant même que j'aie fermé la porte. J'ai marmonné quelques excuses et D*** m'a répondu qu'il se levait tôt demain. Il loge à l'intérieur d'un ancien hôtel particulier. Il me fit traverser le hall, pénétrer dans l'ascenseur puis dans l'appartement avec tant de précipitation que je me suis retournée pour savoir qui nous poursuivait. Personne d'autre que sa mauvaise conscience à ramener une femme chez lui en l'absence de son épouse. Dois-je vous décrire l'intérieur ? Vous l'avez peut-être déjà visité ? En tout état de cause, sachez qu'il ressemble à D***, il est aussi authentique qu'une fleur épanouie de chrysanthème sur la dalle d'un cimetière au mois de février ; du moderne abstrait, avec un rien d'inélégance et de mauvais goût qui caractérise le bonhomme.

A peine entré, il ôta sa veste et roula les manches de sa chemise. Il m'indiqua le canapé en cuir noir ; un canapé à trois places et je choisis celle du milieu. Ainsi, je pouvais écarter mes bras sur le dossier. Les jambes allongées devant moi, je me recréais l'image d'un christ femelle. D*** m'imposa un cognac et, voyant que je ne tendais pas la main pour l'attraper, il commença à me caresser avec le verre. Je fermais les yeux, non par plaisir mais par volonté de fuite. Le cul du verre se promena sur mon front, sur mes joues. Il glissa le long de mon cou, trop vite et atteignit le décolleté. Je me suis imaginée, les poignets et les chevilles liés. Je n'ai pas bougé. J'ai simplement serré les poings. D*** ne parlait pas. Je l'entendis boire puis je sentis le verre contre mes lèvres. Lentement, il l'inclina. J'ouvris à peine la bouche et la liqueur s'écoula par les commissures de mes lèvres. Je n'avale pas ; pas avec n'importe qui. Les traits d'alcool tiède ruisselaient le long de mon menton et disparaissaient sous ma veste. D*** s'approcha. Son haleine était chargée des relents de notre dîner. Son souffle m'était insupportable et, si je ne m'étais pas imposée ces liens imaginaires, je me serais levée et j'aurais quitté la pièce. Vous pesiez, par votre désir, sur mes membres, j'étais liée par cette promesse que j'avais faite de vous obéir. J'ignorais alors qu'elle m'entraînerait là. Pour vous et rien que pour vous, je me suis laissé faire. La langue de D*** était celle d'un vulgaire bâtard lapant son lait sur mon corps. Il fit sauter les boutons de ma veste et le froid de votre absence se posa sur mes seins. Les mains malhabiles de D*** ne parvinrent pas à me réchauffer. Il se mit à les pétrir à la façon d'un ladre caressant son magot. J'étais un trésor de chair à ses yeux. Il allait me posséder, pensait-il, ignorant qu'il ne profitait que d'un jeu entre vous et moi. Mais était-ce bien un jeu ? Un jeu, lorsqu'il devient sérieux, est-il encore un jeu ? Quel en était l'enjeu ? Qui en était l'enjeu ? Toutes ces questions qui me tourmentaient et me faisaient gémir, D*** les prenait pour les prémices du plaisir. Il voulut ôter ma jupe. Il eut toutes les peines du monde à la faire glisser. Quel spectacle sordide ce devait être que cette femme absente, vêtue d'une simple veste ouverte ; le sexe en évidence. Il posa sa main sur le buisson sec. Je pris conscience que je ne mouillais pas et, les doigts de D*** en me forçant, m'arrachèrent un petit cri de douleur. Je me mordis les lèvres et je le laissais fouiller l'oasis où vous aimez vous désaltérer. On dit que, dans le désert, les oueds ne coulent que pour les voyageurs qui le méritent. L'aridité était telle que D*** sortit de mon ventre -il s'en arracha, devrais-je dire- il cracha sur ses doigts et les plongea de nouveau. Vous souvient-il de ce jour où vous m'avez offert cette rose presque noire ? Vous avez arraché chaque pétale et vous les avez disposés autour de ma femelle blessure. Puis, avec la tige nue, vous m'avez fouettée... sans violence... chaque coup était comme la griffure d'un chat. Ce jour-là, j'ai tant pris de plaisir que les pétales en furent inondés. Vous les avez recueillis avec les dents et les avez posés au milieu d'une coupe de fruits où, chaque fois que je vais chez vous, je peux les contempler. C'est à l'évocation ce souvenir que ma fontaine, de nouveau se mit à jaillir. D*** se déshabilla. J'avais gardé les yeux fermés mais j'entendis les bruits caractéristiques de la ceinture qu'on déboucle, de la chemise qu'on extrait du pantalon, des chaussures qu'on fait sauter. Il m'amena au bord du canapé. Je me cramponnais au dossier. J'étais objet. Je me laissai manipuler, il souleva une jambe afin de mieux ouvrir mon ventre. Il guida son sexe vers le mien et s'enfonça aussitôt. Mes lèvres avaient un goût de larme. Il me baisa sans plus d'égard que si j'avais été une chienne. Il se branla dans mon ventre. Je lui offrais un fourreau réchauffé par l'amour que je vous porte. J'étais un ventre. J'étais un foutoir. J'étais une faille. J'étais une blessure. J'étais agité par chacun de ses coups de reins. Le cuir à même la peau commençait à me cuire. D*** grommelait de vagues encouragements dont je ne saurais dire à qui ils étaient destinés. Il est du genre à s'applaudir, lui l'homme, la queue, le défonceur, le pénétrateur, l'ensemenceur, l'éjaculateur...

En se retirant, il eut l'indécence de me dire que j'étais "bonne". Il se laissa tomber à côté de moi. Il n'avait prêté aucune attention à mon plaisir. D'ailleurs, je n'en avais pas eu d'autre que celui de vous obéir. Il ne me demanda pas pourquoi j'avais gardé les bras ainsi écartés. Il s'en moquait. J'étais un foutoir. J'étais un vide-couilles. Je rouvrais les yeux à ce moment-là. Il avait aux lèvres un sourire satisfait. Son teint rougeaud me fit penser qu'il était au bord de l'apoplexie. Sa respiration était hachée. Sa nudité luisante de sueur était un spectacle obscène. A la hauteur de ce que vous m'aviez annoncé... Ça n'est que par respect pour vous que je me suis... détachée afin de pouvoir me pencher vers lui. J'ai pris son sexe entre deux doigts, comme s'il s'agissait d'une fleur... Non ! Pas une rose, celle-là vous est réservée... plutôt une orchidée qui porte si bien son nom. La tige en était molle. D*** voulut m'embrasser mais je posais ma main en forme de bâillon et il n'insista pas. Je pressai doucement la tige. J'étalais la goutte de sperme qui était apparue ce qui donnait au gland une couleur mauve irisée de nacre.

D*** esquissa plusieurs gestes mais je le repoussai à chaque fois. Cela semblait le gêner de n'être que passif. Je le comprenais à mes caresses qui ne parvenaient pas à lui redonner de la vigueur. J'eus beau le lécher, le pétrir, le branler, prendre ses couilles à pleine main rien n'y fit. D*** resta d'une mollesse totale. Cet homme n'avait existé que dans le plaisir qu'il s'était donné. Non seulement il n'avait pas été capable de m'en donner mais il était tout aussi impuissant à recevoir. Cet homme est à plaindre.

Je me suis habillée et je lui ai demandé de me raccompagner. J'avais presque pitié de ce gamin pris en flagrant délit d'insuffisance.

Voilà, mon Maître, comment s'est déroulée cette soirée. D*** m'a laissée en bas de chez moi. Il n'a même pas demandé à monter. Aussitôt, je me suis assise à ma table et j'ai rédigé cette lettre. Je viens de la relire et je n'ai pu résister au plaisir de me caresser en songeant à la satisfaction que je vous ai procuré ce soir. Le doux plaisir que j'ai pris à le faire m'a permis de me laver du souvenir de D***.

Je ne veux garder, dans ma chair, que vos signatures. La mienne au bas de cette lettre, est faite d'une larme de foutre, qu'en votre honneur mon ventre a ruisselé. Je vous appartiens,

B.

Après avoir relu la lettre, l'homme repoussa la plume d'argent, prit les feuillets, les plia et les introduisit dans leur enveloppe d'origine. Il fit venir sa secrétaire.

- Bénédicte, voulez-vous porter cette lettre à monsieur D***, s'il vous plaît. A remettre en mains propres...

Bénédicte garda les yeux baissés sur l'enveloppe qu'elle reconnut. Elle se mordit les lèvres et acquiesça.

- J'y vais, monsieur.

Au moment de sortir, elle se retourna et demanda :

- Y a-t-il une réponse ?

L'homme haussa les épaules.

- L'homme est imprévisible... le cas échéant, faites-moi un rapport détaillé...

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