Cendrillon 91

Dans un royaume de l'ancienne Bohême, un roi se lamentait. Il se savait à l'automne de la vie et son unique fils était toujours célibataire. Or, dans ce royaume, le trône ne pouvait revenir qu'à un prince dûment marié. S'il ne prenait pas épouse avant la mort du roi son père et si le mariage n'était pas consommé, la succession tomberait en déshérance. Comme le petit royaume était convoité par ses puissants voisins, on imaginait déjà les hordes armées envahissant le pays, amenant leur lot de pillages, de viols et de saccages. La richesse paisible de l'état n'y survivrait pas.

Le prince n'était ni laid, ni même du genre à tourner le dos à son prochain en signe de bienvenue. Il était fort bel homme et la gent féminine l'attirait mais, las, la nature l'avait accablé d'une infirmité inattendue: un membre énorme. A sa naissance, on s'était étonné de lui voir deux cordons ombilicaux mais, par chance, une matrone perspicace était intervenue à temps, juste avant que l'on ne coupât le plus gros des deux, celui qui ne se rattachait à rien.

La nouvelle s'était vite répandue dans le pays. Le nouveau-né était monté de façon monstrueuse. La chose intriguait fort. Elle faisait rêver autant qu'elle inquiétait. Cette virilité grandiose faisait des envieux parmi les petites gens, hommes que la nature n'avait guère pourvu et épouses dont les fantasmes étaient peuplés de démesure. Bien sûr, on ne manquait pas d'en rire grassement à l'ombre des tavernes enfumées, entre compères avinés. Lorsqu'on voulait signifier l'importance d'une chose, l'éloignement d'un village, on disait facilement, "gros comme une queue de prince" ou "c'est au moins à deux queues d'ici". C'est ce que l'on appelait le système ma trique. On se gardait cependant de faire en public ce genre de mauvaises plaisanteries dont le caractère de lèse-majesté avait valu, à un ou deux impudents, la peine irréversible de castration. Tout le monde ne trouvait donc pas que des avantages à la monstruosité princière.

Certains, voyant là une opportunité de discréditer la famille royale, faisaient courir de folles et infamantes rumeurs.

On soupçonna le couple royal d'avoir conçu l'enfant au cours d'un sabbat mêlant bêtes et hommes car, bien qu'à l'époque, les lois de la génétique ne fussent point encore clairement établies, il était évident que le prince ne pouvait tenir "ça" que d'une baleine ou, pour le moins, d'un âne géant.

Ce genre de désinformations ne pouvait servir que des prétendants éloignés, bâtards plus ou moins officiels, lorgnant avec cupidité sur le trône chancelant.

Ce qui aurait pu passer pour un excès de générosité de la Providence se révéla bientôt être une tare. Hormis les sordides détails pratiques, tels que sous-vêtements et vêtements confectionnés sur mesure, le prince se trouva confronté, dès l'âge de la puberté, au douloureux problème de la dissimulation de ses sentiments. Le pauvre ne pouvait éprouver le moindre émoi sans que, explosant braguettes et hauts-de-chausses, le sceptre princier ne se dressât inopinément.

On lui octroya la distinction de maréchal avant même qu'il eût fait ses classes. Un tel bâton justifiait à lui-seul la fonction. Lorsque, à cheval, il passait en revue ses troupes, il le faisait "sabre au clair" car le contact de la selle et les sautillements du trot avaient vite fait d'énerver la sérénissime proéminence.

A cette époque de sa vie, le jeune prince n'avait pas conscience de sa singularité. Après tout, il était prince et, de par sa condition, différent des autres. On l'entretenait d'ailleurs dans cette croyance. Il n'avait jamais vu son roi de père nu, mais il était persuadé que le monarque avait à sa disposition un gourdin d'aussi respectable mesure; si ce n'est plus. Et il attribuait au poids des ans, ou à une grande maîtrise, le fait que sa vitalité ne fût pas aussi démonstrative que la sienne.

Outre qu'il voyait là un noble attribut du pouvoir, le prince ignorait tout ou presque des fonctions normales de son redoutable et imprévisible braquemard. Il le savait sujet aux émotions, aux trépidations de la selle et autres frottements. Il trouvait là, par exemple, un moyen commode de pisser tout en restant à l'extérieur des malodorantes pissotières publiques mais il ne se doutait pas des vertus jouissives de l'engin. Tout juste subodorait-il, au travers d'étranges et agréables rêves qui l'avaient trouvé éveillé et trempé d'une drôle de sueur épaisse et blanche, que l'outil pouvait accomplir d'autres tâches. Parfois, le prince, se réveillant, se trouvait doté d'une formidable béquille que rien ne pouvait calmer et qui, paradoxalement, le gênait pour marcher.

Il interrogea son précepteur à ce sujet qui, fort embarrassé, se sentit obligé de lui révéler la pratique du cinq contre un; cinq doigts contre un membre. Là encore, il fallut annoblir la formule et parler de dix contre un, car, à une main, le prince ne pouvait satisfaire à l'exercice. Devant son maître quelque peu gêné, le prince passa aux travaux pratiques. Bientôt un flot d'ambre gris inonda le bureau d'études. Et le prince remercia chaleureusement le précepteur pour la valeur et l'intérêt de son nouvel enseignement.

-Voilà enfin quelque chose qui est plus utile que Tite-Live ou Cicéron mais, à part la satisfaction et la confortable chaleur que procure cet exercice, à quoi sert le flot de mes humeurs jaillissantes?

Le précepteur pensa alors quelque chose comme: "Mais il me fait chier ce petit merdeux avec ses questions à la con!". Il préféra lui dire:

-Sire, ce sceptre est celui par lequel vous signerez votre mariage et cette cire blanche apposera le sceau de votre noblesse sur votre descendance.

Le prince, qui n'avait pas le cerveau en proportion de sa queue, se satisfit de cette réponse absconse. Pour l'heure, le dix contre un lui suffisait.

Il passa même au vingt contre un car il avait su intéresser à ses jeux une jeune cousine innocente. Cela ne dura que quelques semaines, c'est à dire jusqu'à ce que la mère de la jeune princesse ne s'interroge sur la nouvelle coiffure de sa fille.

-Que signifie ce gel dans ses cheveux? Et d'abord, il vient d'où ce gel, hein?

Le scandale mit, si l'on peut dire, le branle bas dans le palais. A dater de ce jour, on évita de mettre en contact le prince avec toute personne sexuellement féminine. Son inconscience et son ignorance risquaient de mettre le trouble dans les réunions publiques ou de créer d'inextricables incidents diplomatiques.

Pourtant, la situation ne pouvait pas durer et il fallut bien, un jour, introduire le prince aux réalités de la vie.

-Si je comprends bien, fit le prince, marquer ma descendance du sceau de ma noblesse revient grosso modo à tirer un coup.

-Euh...grosso modo, oui... s'étrangla le professeur.

-Eh bien alors! Où est le problème? Vite une gredine que j'appose mon sceau!

Déjà le tampon était brandi.

-C'est que... comment dire?... votre plume est un peu grosse pour tremper dans l'encrier...

-Tu fais ch... avec tes images à la mords moi le noeud! D'ailleurs t'as pas les dents assez longues pour ça. C'est quoi maintenant, cette histoire d'encrier? Faut que j'appose mon cachet ou que je recharge mon stylo?

Outre que le stylo n'était point encore inventé, le précepteur estima qu'effectivement, avec ses métaphores à la mords-lui-le-zigouigoui, il s'était pas simplifié la vie. Il reprit tout depuis le début; en allant toutefois à l'essentiel. Le prince était perplexe. Le trouble grandissait en lui et devant lui. Il écarta le tronc qui lui bouchait la vue et s'adressa au maître.

-En fait, c'est un peu comme si j'étais anormal...

-C'est un peu ça, fit l'autre qui avait abandonné l'usage de la métaphore et se réfugiait dans l'euphémisme. Je suggère, si le Roi votre père est d'accord, que nous vous présentions à une femme experte ès les arts amoureux aux fins de vous initier et de voir ce que l'on peut faire.

Le roi son père, qui redoutait depuis longtemps le tragique face-à-face, accepta avec réticence que l'on tente de déniaiser le prince son fils. Par ailleurs, il n'était pas question de laisser la chose se commettre avec une quelconque lorette de basse condition et à l'hygiène douteuse. Le roi députa donc des émissaires aux quatre coins du royaume, dont la mission serait de repérer une baronne ou une duchesse susceptible de mener à bien le dépucelage princier.

La réputation du prince avait depuis longtemps précédé la députation du roi et la réponse fut forte et abondante car ce serait un honneur, voire une dernière chance, pour toute cette vieille noblesse de connaître un grandiose moment d'émotion.

L'élue fut une marquise assez jolie. La drôlesse avait la taille bien faite, les hanches solides et la poitrine copieuse. Elle n'avait pas sitôt franchi les portes de la capitale du royaume qu'elle était déjà trempée; la fatigue du voyage et la transpiration n'y étaient pas pour grand chose. Le fait d'être choisie pour rencontrer la légende vivante était suffisante en soi pour provoquer un orgasme.

Elle se précipita vers le prince qui l'attendait dans son lit à baldaquin mais, lorsqu'elle réalisa qu'aucune armature autre que la virilité princière ne retenait le ciel-de-lit, la marquise poussa un cri d'épouvante. Ce qu'elle voyait ne tenait plus du fantasme mais du suicide! Elle préféra s'enfuir plutôt que de subir l'éventration. L'histoire dit que, de ce jour, la jolie marquise ne voulut connaître d'autre queue que celle de son petit marquis. Pour la plus grande joie de celui-ci.

Après ce premier échec, le roi demanda que l'on aille quérir d'autres candidates. Le choix ne se ferait plus seulement sur la joliesse mais également sur la qualité de l'accueil que la dame pouvait proposer. Bref, les émissaires furent invités à visiter l'intimité de la noblesse du royaume.

On put ainsi proposer au futur héritier plusieurs spécimens dont certains prétendaient, en confidence, avoir reçu les honneurs d'un âne. Hélas, les gourgandines détalèrent toutes en voyant l'engin. Une pourtant, contre toute raison, s'y essaya: elle se déboîta le bassin sans parvenir au moindre résultat. Du moins, le bélier avait-il, pour la première fois, cogné à l'huis et goûté -du bout des lèvres- aux liqueurs amoureuses.

On abandonna l'idée de déniaiser aristocratiquement le prince et on en appela à toute la population du royaume. Celles, de plus en plus rares, qui acceptaient simplement d'être mises en présence du prince, venaient par curiosité plutôt que par patriotisme. Lorsque les sergents-recruteurs visitaient un village, on dissimulait femmes et filles; et surtout les grand- mères.

A vingt-huit ans, le prince ne connaissait de l'amour que les à-côtés. Au hasard de ses tentatives, il avait bien rencontré une ou deux téméraires qui avaient activé manuellement la mise à feu ou d'autres assez fortes pour écarter leurs pis, enserrer le membre et le branler à mamelles que veux-tu! Une s'était même comportée contre la colonne comme s'il s'était agi du pilier d'un lieu saint. Elle l'avait agrippé à plein bras, l'avait encerclé de ses jambes et était montée et redescendue le long de cette poutre jusqu'à l'émotion finale.

Mais il fallait bien constater que le gourdin monarcal n'avait jamais dépassé la frontière velue d'un sexe féminin. Comment, dans ces conditions, prétendre consommer un mariage nécessaire à la transmission du pouvoir?

Le roi était au plus mal. Le prince semblait devoir rester puceau et les pays voisins louchaient avec insistance sur le territoire.

Alors, comme si on avait voulu fêter la prochaine et inéluctable débâcle, on décréta qu'un bal masqué immense serait donné. Tout le monde y serait invité. Il durerait toute une nuit et aurait lieu dans un mois. (car on n'accordait guère plus de temps au roi)

*

Dans un village situé aux confins du pays, vivait une famille bourgeoise et, dans cette famille, vivait une jeune fille pauvre surnommée Cendrillon parce qu'elle n'était bonne qu'à ramasser les cendres. Nous supposerons, à ce stade de la narration, que le lecteur connaît ses classiques. Donc, la méchante marâtre: une mégère hystérique car -malgré les dénégations scandalisées de son mari- mal baisée. Les deux filles, demi-soeurs de Cendrillon: deux garces perverses dont la postérité s'interroge encore sur leur possible propension à brouter occasionnellement de la pelouse. Un chat, vieux greffier. Quelques souris et oiseaux, seuls compagnons de Cendrillon. Et, bien sûr, une marraine magique. Le reste n'est que décor et remplissage.

Toute la famille se réjouissait de ce bal. On savait que le prince ne saurait manquer d'y être et, par curiosité, avant l'apocalypse qui devait engloutir la dynastie, on espérait bien approcher au moins une fois de la colonne trop solide pour affermir le trône de son roi (Cid... euh... Sic). Le bal serait certes masqué mais l'homme serait repérable sous n'importe quel masque.

Tout le monde irait, sauf Cendrillon, le chat, les souris et les petits oiseaux, car la souillon avait au moins deux mois de travail devant elle. Au moment où les hordes barbares allaient fondre sur le pays, c'était pas le moment de prendre du retard dans le repassage des hardes. Quitte à subir les inévitables assauts des dards des soudards ennemis, il était de bon ton de rester digne et de porter culottes propres. On avait le sens de l'hospitalité dans ce vieux royaume de Bohême.

Cendrillon était bien triste en voyant s'ébranler le cortège vers le chef-lieu de royaume. Ses demi-soeurs emmenaient leurs plus belles toilettes. La marâtre s'était repomponnée de neuf et traînait derrière elle deux pleines malles de cotillons, robes et affûtiaux divers; suffisamment de culottes pour soutenir une neuvaine dans les plus orgiaques conditions!

-Ils vont au palais, racontait-elle tristement au chat, aux souris et aux oiseaux qui n'en avaient absolument rien à cirer. Ils vont peut-être rencontrer le prince et sa légendaire, sa grande, sa grosse, son ... son... son... arghhhh.... Zut! ça me fait une culotte de plus à laver... Pffftttt... 'm'en sortirai jamais...

Et elle s'effondra en larmes au milieu des piles de linge sale. Approchèrent, en voletant, quelques oiseaux, en trottinant, quelques souris et, en rampant, le chat chafouin qui mit la patte, au passage, sur deux piafs et une trotte-menue qu'il dégusta tranquillement pendant le reste de la séquence.

Special Effects: tintinabullement decrescendo et pluie vaporeuse de poussière d'or stellaire; fondu avec apparition de la fée sa marraine.

-Qu'y a-t-il, Cendrillon? demanda la bonne fée.

-Ma marâtre et mes deux demi-soeurs vont au bal du royaume et moi j'ai pas fini mon repassage. De plus, elles vont sûrement voir le prince et sa grosse, enfin, sa grande... tu comprends? hein? arghhhh... oh zut! encore une...

-Qu'à cela ne tienne, répondit la fée. C'est un bal masqué, non? (signe de tête de Cendrillon) Parfait, alors on va t'arranger le coup. (perplexité dans le regard de Cendrillon) Je vais te déguiser en Centaurette ailée et tu pourras ainsi arriver à temps à ton fameux bal.

-Super génial! s'exclama la jeune fille qui possédait le vocabulaire d'une adolescente normale. Tiens, j'avais préparé ça au cas où...

Elle montra une énorme citrouille et une cage où s'étaient stupidement fait piéger un quarteron de souris. La fée la remercia car la soupe de citrouille à la souris est un mets très recherché chez les fées. Pour le reste, elle expliqua que les ustensiles n'étaient d'aucune utilité.

-Que croyais-tu petite gourde? Que j'allais les transformer en carrosse et en un attelage de fringants alezans? Où es-tu allée chercher pareille ânerie?

-Déshabille-toi, ma belle, ordonna la fée. Complètement, allez!

Voyant la toison dorée encore toute brillante des dernières émotions de Cendrillon, la fée sa marraine lui adressa un sourire complice.

-La perspective de rencontrer le prince te met donc dans un tel état? Tu sais pourtant qu'il en est de son obélisque comme de ceux de Louqsor, on peut les voir, les admirer mais ils sont inaccessibles.

-Ben, fit naïvement Cendrillon, et celui que Napoléon a ramené?

-Laisse tomber! Il est pas encore né ton Napoléon. Tu vas perturber tout le monde avec tes salades. Cependant, je veux bien faire quelque chose pour toi. Ainsi déguisée en centaurette ailée, tu vas pouvoir franchir les monts et les rivières, les vaux et les vaches, les forêts et autres avatars géographiques pour arriver à l'heure au grand bal du royaume.

-Ben j'espère, ouais! fit-elle en se mouchant en si bémol.

-Mais en plus, je vais te doter de la plus grosse et la plus profonde vulve dont aucune centaurette n'a seulement jamais rêvé.

Mêmes effets spéciaux que précédemment, l'image d'une centaurette se superposant à celle de Cendrillon.

Le chat se mit à miauler de ravissement. Les souris arrêtèrent de se faire manger et un oiseau distrait s'emplafonna le mur décrépit d'où suintait une humidité épaisse, l'étoilant d'une petite flaque rouge et visqueuse, grosse comme une tête de piaf.

Jamais on n'avait vu de plus belle centaurette! Sa robe scintillait de l'or le plus éclatant. Sa chevelure descendait en une ondoyante cascade sur ses reins. Elle possédait le plus beau corps de jument dont jamais cavalier ne rêva. Les jambes étaient fines et souples. A la délicatesse des attaches, on devinait la nervosité et la fringance de l'animal. La cambrure des reins s'arrondissait avec élégance sur une croupe rebondie et replette, appétissante à souhaits. Des épaules, s'élevait un buste magnifique. La taille fine, le ventre plat et les deux superbes seins galbés aux tétons saillants évoquaient une déesse antique. Sa peau était un velours blond sur lequel se rattachaient deux longues et angéliques ailes.

La fée fit le tour de son oeuvre et son sourire de satisfaction rassura Cendrillon.

-Tu es magnifique. Je t'ai réussie au-delà de toute espérance. Bien sûr, avec deux bras, deux ailes et quatre jambes, tu risques de connaître quelques petits problèmes de coordination au début. Mais rassure-toi, cela passera très vite.

Comme pour lui donner raison, Cendrillon esquissa un mouvement et se marcha sur les plumes. Confondant ses bras et ses pattes antérieures, elle voulut masser l'aile douloureuse. Elle perdit son appui et s'écrasa le nombril sur le sol en terre battue, égratignant ses seins. Mais c'est avant tout à son sexe qu'elle pensa et elle porta machinalement la main à son entrejambe antérieur. Pour n'y découvrir rien d'autre que le lisse velours de sa robe dorée. Elle poussa aussitôt un cri d'effroi.

-Mais! Mais... Où est l'ornement que tu m'avais promis? En guise de chatte (le matou dressa l'oreille), je n'ai plus qu'une plaine uniformément close.

-Petite sotte, ricana la fée sa marraine. Où donc cherches-tu le superbe écrin?

Tout en parlant, elle s'approcha de la croupe de Cendrillon qu'un abondant prolongement velu ornait. Elle souleva l'épaisse toison, dévoilant ainsi le porche majestueux. Cendrillon avait beau se contorsionner en tout sens, son arrière-train était hors de sa vue. Elle était chagrine de ne pouvoir contempler l'ouvrage. Curieux, les oiseaux s'approchèrent et firent la ronde autour de l'orifice en piaillant gaiement. La fée dut en chasser un qui s'apprêtait à investir l'endroit pour y faire son nid. Un vigoureux coup de baguette sur les rémiges l'en dissuada et le volatile s'éloigna en hurlant. L'écho de son babil se répercuta au fond de l'antre et rejaillit alors qu'il était déjà loin. A défaut de pouvoir contempler son nouveau fourre-queue, Cendrillon se rassura à la pensée que seul un gouffre pouvait produire un tel écho et elle poussa un cri d'auto-admiration.

-Marraine! Me voilà pourvu d'un réceptacle digne d'un prince! Mais l'endroit est-il assez profond pour que ledit prince dont la réputation est "énorme" puisse y introduire autre chose que son sérénissime gland qu'il a, paraît-il, fort long.

-Ma filleule, avec le vagin dont je t'ai équipée, sois sûre que ton prince s'enfoncera sans problème jusqu'à la garde et que ses couilles viendront danser le rigodon à la porte et battre comme breloques en ripailles contre tes lèvres gonflées.

Pour étayer ses dires, la fée retroussa ses manches et, baguette magique en avant, plongea dans la béance matricielle sans parvenir à en atteindre le fond. Sous l'afflux des fantasmes qui l'assaillirent, Cendrillon avala une grosse boule de salive qui, phénomène étrange, ne fit que passer. L'extrémité postérieure de la centaurette déchargea une cataracte; au grand dam d'une souris, spectatrice inconsciente, qui fut noyée sur le champ. Le greffier ne rata pas l'occasion d'ajouter le rongeur à son menu. Rarement, il avait eu l'occasion de déguster une souris ainsi aromatisée. Il s'en délecta au point qu'une légère érection dévoila un instant l'extrémité rose de son ridicule pénis. Ce que personne d'ailleurs ne remarqua.

-Euh, dis-moi marraine...

-Oui?

-Le temps que tu y es, tu ne pourrais pas faire quelque chose pour le linge en retard?

-Allons Cendrillon, la lessive et le repassage ne rentrent pas dans le cahier des charges des fées. Ce sont là besognes terrestres pour lesquelles nous n'avons reçu aucune formation. Il faudrait t'adresser à la fée Dulogis, c'est la seule qui...

-Bon alors, si j'ai bien compris, le cul, vous connaissez mais le ménage, que dalle.

Déconcertée, la fée dût en convenir. En dehors des histoires de cul, on n'avait pas souvent recours à elle. Il n'existait aucune formule magique capable de tout dégraisser du sol au plafond. Vexée par sa propre incompétence, elle accepta d'aider Cendrillon sa filleule dans l'accomplissement des tâches ménagères. Cendrillon, que ses ailes de centaurette empêchaient de marcher, se montra particulièrement empotée au début; au point que la fée sa marraine fut tentée de lui rendre son aspect de souillon. Mais, au bout de quelques jours, elle parvint à utiliser sa nouvelle anatomie avec efficacité. Elle piétinait le linge de ses quatre sabots pour l'essorer, le séchait grâce au doux zéphyr de ses ailes et, au moment du repassage, un coup de plumeau caudal en pensant au prince faisait office de patte-mouille.

Au matin du grand bal, alors que le village était déserté depuis longtemps, Cendrillon et la fée achevèrent leur pénible et long labeur.

-Ne crains rien, tu arriveras à temps, rassura la fée.

Cendrillon la Centaurette était aussi radieuse qu'inquiète et un début de panique s'empara d'elle. La fée ne se laissa pas intimider et, d'un violent coup de pied au cul, elle donna le signal du départ. Hennissant, à sa plus grande surprise, Cendrillon se mit à détaler, crinière au vent. Ses seins, astucieusement modelés, offraient un faible coefficient de pénétration. Lorsqu'elle fut sortie du village, elle déploya ses ailes et, frappant l'air de toutes ses forces, elle se sentit devenir plus légère. Ses sabots ne touchaient presque plus terre. Bientôt, à la manière des aéroplanes des temps futurs, elle ramena contre elle ses jambes. Elle volait, tel un vaisseau fantastique arborant la plus exquise des figures de proue. Sa chevelure mordorée flottait dans l'azur infini, capturant fugacement le rougeoiement d'un soleil étonné. Heureusement, la météo était bonne, elle serait à l'heure.

Derrière elle, une petite bonne femme s'agitait et faisait de grands signes mais la centaurette ailée poursuivait sa route inévitable vers sa destinée.

-Eh merde, ronchonnait la fée sa marraine, j'ai oublié de la prévenir, qu'à minuit, il fallait rendre le déguisement au grand Centre de Location de Déguisement et Autres Sortilèges Féeriques... Oh, et puis elle s'en apercevra bien, fit la fée en accompagnant sa conclusion d'un large geste désabusé, comme si elle cherchait à effacer dans l'air un reliquat de scrupule immatériel.

Loin au-dessous de Cendrillon, défilait un paysage miniature fait de carrés de forêt, de plaines, de champs et de prairies au milieu desquels, sillonnaient, bleus comme des varices, des cours d'eau tranquilles.

Le soleil était déjà bas sur l'horizon et le palais n'était pas encore en vue.

Cendrillon accéléra son vol, plongeant en piqué pour prendre de la vitesse avant de se laisser emporter par un courant ascendant. Recommençant sans cesse la manoeuvre. Il faisait tout juste nuit lorsqu'elle aperçut dans le lointain les clartés d'une ville en liesse. Ce ne pouvait être que le chef-lieu du royaume car toutes les autres cités étaient vides. Elle aperçut des gerbes de feu. On devait probablement tirer un gigantesque feu d'artifice car le ciel s'embrasait, vert, bleu, rouge, jaune, constellations renouvelées d'étoiles éphémères qui ne laissaient pas un instant de repos à la nuit. Bientôt, elle distingua le crépitement des pétards et le sifflement mouillé des fusées qui sciaient l'écran céleste en longues balafres multicolores.

Elle fit irruption dans ce ciel en flamme et son étrange silhouette illuminée se découpa comme une apparition surréaliste dans le décor baroque. La foule, croyant à une attraction préparée, poussa des hourras et se mit à applaudir. Cendrillon tourna quelques instants au-dessus de la foule en liesse qui l'acclamait et, bouteille à la main, l'invitait à se poser. Elle poursuivit ainsi son long vol plané en spirale, descendant imperceptiblement. Lorsqu'elle fut sur le point d'atterrir elle flappa l'air de ses longues ailes et parut suspendue à quelques mètres du sol. Puis elle se laissa couler comme une plume et se posa en douceur sur la place, juste devant le château.

Le moins qu'on puisse dire est que son déguisement fit forte impression au milieu des pseudo-marquis, comtes, clowns, corsaires, arlequins, gitanes et autres hellènes.

Les ailes ramenées contre les flancs, elle se fraya avec distinction un passage au milieu de cette foule bigarrée. Les hommes admiraient la fière poitrine, se demandant si elle faisait partie du déguisement ou si elle était authentique. Les femmes s'extasiaient devant la démarche souple qui faisait onduler la croupe musclée.

Cendrillon était morte de peur et ne pensait qu'à dissimuler, du mieux qu'elle pouvait, son sexe béant sous le panache de sa queue.

Au passage, elle reconnut sa marâtre et ses deux demi-soeurs. Celles-ci la regardèrent sans la reconnaître mais avec la perforante impression de connaître ce visage. Le fin velours blond qui la recouvrait totalement formait un masque sous lequel il était difficile de l'identifier. Pourtant ce regard, ces traits, cette chevelure ne leur étaient pas étrangères...

Au milieu de la cour principale du château, des convives passablement alcoolisés se démenaient au son d'un orchestre arythmique. L'un d'eux voulut monter sur le dos de la centaurette mais celle-ci, d'une ruade vigoureuse le mit à bas sous les rires et les huées du public amusé par ce rodéo improvisé.

Assis, nostalgique, sur l'estrade royale, le prince déchu déguisé en prince déçu regardait stoïquement son propre naufrage lorsqu'il aperçut cette étrange danseuse à la tenue cavalière. Poussé par le grand chambellan, lui-même poussé par l'instinct du désespoir, il la convia à une danse. L'orchestre entama un galop de circonstance.

Le Prince serra la centaurette contre lui et, aussitôt, celle-ci se sentit fondre de bonheur. La queue ne fut bientôt qu'une toison ruisselante.

A contact des seins de sa partenaire, le prince fut pris d'une immense émotion. Son pieu farouche, malgré les douze tablettes de bromure ingérées à titre préventif et le slip blindé dans laquelle on croyait le contraindre, gicla hors de ses chausses et vint former un rempart entre eux deux. Il reposait sur les seins de la belle comme un canon sur ses affûts. Le contact de la chair princière, douce et brûlante, exacerba le désir de la centaurette ailée au point que celle-ci ce cabra et fit volte-face. La queue soudainement relevée démasqua la suprême vulve.

Le prince tomba à genoux devant cette intervention de la Providence. Etait-ce là chose naturelle? Intervention divine? Oeuvre du démon? Etait-ce le fruit d'une habile mascarade ou bien la "chose" existait-elle réellement. S'agissait-il d'une hallucination due aux effets combinés du bromure et du vin de Tokay qu'on avait fait venir en grande quantité pour l'occasion?

Autour de l'étrange couple, le cercle s'était fait. L'orchestre avait cessé de jouer; à l'exception du tuba qui, sourd comme un pot, continuait à pondre ses pom .... pom .... réguliers.

La tête renversée, la longue chevelure de Cendrillon tombait comme un voile de mariée sur son dos. Elle reculait, piaffant. Ses sabots claquaient contre le pavé de la cour. Elle recula jusqu'à sentir contre sa croupe la présence du prince. Celui-ci demeurait immobile, enivré par l'étonnant parfum qui émanait du sexe offert. Il y colla son visage et l'oignit, comme pour un baptême, de la liqueur dont il était grassement enduit. Puis il se leva, la gorge nouée, le vit gonflé encore plus que d'habitude derrière la bête qui, de toute évidence, attendait le fatal estoc. Il était partagé entre le désir violent que cette vulve dilatée lui procurait et la crainte de l'insupportable, de l'inadmissible, de l'injuste! Si tout cela n'était que rêve? Si, comme chaque fois, la tentative devait se solder par un échec?

Sa pulsion fut la plus forte. Il agrippa fermement les hanches de la belle et, d'un coup, comme lorsqu'on se taille les veines, planta sa monstrueuse virilité dans la centaurette. La voie semblait faite pour lui. Il glissa au long des parois lubrifiées sans rencontrer d'obstacle ni de gêne. L'intérieur du ventre était chaud et le contact de la chair était une exquise brûlure. Il s'enfonçait, s'enfonçait sans fin. Lui dont le gland n'avait jamais qu'effleuré des lèvres amies, s'abîmait maintenant dans un infiniment long et doux voyage. Les poils de son pubis se mêlaient à la queue centaurine et il avait l'impression de n'être point encore arrivé. Il sentit alors le corps de la belle se resserrer sur lui et, par de lentes ondulations internes, branler et étouffer le membre. Il se pencha sur le dos de Cendrillon et, la tête dans ses cheveux, il se mit à lui mordre la nuque à la manière d'un étalon pendant qu'elle, oubliant le monde qui les regardait, à la fois étonné et ravi, se caressait sauvagement les seins. Elle était investie, tout au long de son corps, de la hampe magistrale dont elle sentait battre le sang. Le prince se mit alors à la besogner frénétiquement. Les jambes de Cendrillon avaient du mal à la soutenir. Ses ailes étaient écartées en signe d'abandon et elle ne pouvait faire autre chose que caresser ses seins, son cou et son ventre, là où naguère s'ouvrait un inutile sexe. Elle aurait voulu pouvoir y pénétrer à nouveau, s'y enfoncer et venir à la rencontre du gland bénit qui la torturait de si aimable façon.

Tout deux crurent que le carillon qui les étourdissait ne sonnait que pour eux. Qu'il était l'accompagnement logique de leur plaisir. Dans un râle unique d'une extrême violence, le prince et Cendrillon exhalèrent leur bonheur abouti et répandirent leurs humeurs mêlées. La foule poussa un ollé collectif et se mit à danser pour célébrer la promesse d'un naufrage évité.

Un douzième coup venait de marteler le carillon. Les deux amants étaient trop étourdis pour voir ce qui se passait. Le prince, haletant, voulait rester au fond de sa belle pour en savourer les velours intérieurs. Il subissait avec plaisir les massages que la centaurette lui prodiguait à l'intérieur de son ventre. Elle se resserrait autour de son membre comme si elle non plus ne voulait pas le laisser s'échapper. Elle serrait de plus en plus fort. La douleur était chose agréable et, les yeux fermés sur une béatitude complaisante, il la laissait goûter, de l'intérieur de son ventre, la présence virile.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, il eut un moment de panique et d'incrédulité. Toute la partie postérieure de la centaurette semblait atrophiée et -horreur!- elle n'avait rien restitué du membre. Le prince essaya de se dégager mais... rien à faire! Il était pris au piège comme un renard au fond d'un trou. Il tira en arrière, appela à l'aide, demanda qu'on le dégage mais tous les efforts se révélèrent vains. On avait beau tirer la centaurette d'un côté et le prince de l'autre, ils semblaient définitivement collés l'un à l'autre. Et la centaurette continuait à reprendre le corps de Cendrillon. Les pattes de derrière ne furent bientôt plus que des moignons puis disparurent totalement. Les ailes se résorbaient au rythme des flancs qui s'amincissaient. La croupe reprit forme de fesses humaines. Les pattes de devant se transformèrent en jambes minces et joliment fuselées.

Le prince subissait la transformation en pleurant et assistait, impuissant (!) à une déchéance inattendue. Il se rapprochait malgré lui de Cendrillon, au fur et à mesure que disparaissait sa partie postérieure. Il était maintenant contre son dos et sa queue légendaire semblait avoir été dissoute par quelque infâme monstruosité.

Cendrillon émergeait avec lenteur de ce cauchemar où l'avait plongée le plus extrême des bonheurs. Le doux velours d'or qui recouvrait sa peau avait cédé la place à sa peau doucement veloutée. Elle porta la main à son pubis et reconnut avec plaisir et inquiétude la toison familère et, plus bas la faille de son ventre. La vulve de sa croupe centaurine avait regagné son entrejambe originel. Elle palpa avec circonspection la nouvelle forme qu'avait pris son sexe... avant de comprendre qu'il s'agissait en fait de celui du prince qui était resté fiché en elle.

Elle palpa avec curiosité les deux boules tristes qui pendouillaient un peu en arrière pendant que, dans son dos, le prince pleurait sa gloire perdue. Elle comprit sa douleur et caressa doucement les deux couilles orphelines. La réaction fut quasi instantanée. Elle sentit au creux de son ventre une tige se durcir et se raidir tant qu'elle dut se plier en avant.

Le prince la fit alors mettre à quatre pattes et, remisant tout sanglot, se remit à l'ouvrage. Les sensations étaient les mêmes. La douceur du ventre, la lente excitation qui monte et s'empare de l'âme, comme le nuage qui, en montagne emprisonne la cime, l'impression que le souffle va venir à manquer ou que le coeur va lâcher. Puis l'explosion libératrice et un nouveau ollé de la foule.

Prestement, le prince se dégagea de Cendrillon et la foule ne put contenir un "ohhhh" navré. Le Prince attrapa d'une seule main la verge qui lui pendait entre les jambes et la contempla ainsi. Elle était devenue si petite qu'il crut d'abord que sa vue avait baissé ou qu'il était très loin de lui-même.

Cendrillon se retourna et resta allongée sur le dos, à même le pavé glacé. Elle était en sueur de partout mais la chose n'avait guère d'importance. Elle était fourbue et belle comme jamais. Elle adressa une moue en guise d'excuse au prince.

-C'est pas ma faute, murmura-t-elle.

Mais le prince ne garda pas longtemps son air dépité. Voyant la jeune fille ainsi allongée, alors que des fusées du feu d'artifice continuaient d'illuminer le ciel et retombaient en poudre scintillante, il fut pris d'un nouveau désir et, devant la cour extasiée, la princière queue se releva pour la troisième fois. Bien que considérablement réduite, la trique était de dimension respectable. Elle offrait par ailleurs l'avantage d'avoir été "fondue" à la dimension exacte du moule de Cendrillon et s'y emboîtait à merveille.

Sous les vivats de la foule, le prince tira le troisième des douze coups de minuits. La salve ne devait rien aux exploits pyrotechniques qui continuaient d'embraser la nuit.

Le roi, sur son lit de douleur, fut mis au courant de l'incroyable nouvelle. Il fit venir le jeune couple et procéda sur le champ au mariage. Puis, comme s'il n'avait attendu que cela, mourut.

C'est ainsi que le royaume fut sauvé in-extremis. Cendrillon devint reine du royaume de par la négligence de la fée sa marraine qui avait omis de l'avertir de la date limite de consommation du sortilège.

D'autres vous raconteront qu'un prince, pour se marier, parcourut son royaume avec, à la main une "chaussure" qu'il ne parvenait pas à enfiler. Si la chaussure sert effectivement à prendre le pied, reconnaissez que la métaphore est approximative et qu'il est navrant que, pour de soi-disant raisons morales, on ait ainsi pu détourner l'histoire du cours de sa vérité première.

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