Désamour

Je m'en vais. Je te quitte. Je m'enfuis. Je fiche le camp. Je décampe. Je disparais. Je... pars.

Je vais m'effacer. De ta vie, tout d'abord, puis sans doute de ta mémoire. Je me demande d'ailleurs si ça n'est pas déjà fait. Je pars parce que tu ne me retiendras pas. Et tu ne me retiendras pas parce que tu as cessé de m'aimer. Tu m'aimes "bien" et le "bien" me fait mal.

Nous nous sommes installés dans un confortable bonheur auquel les rats se sont aussitôt attaqués. Nous n'étions pas fait pour cet amour "fonctionnaire". Nous n'avons jamais su réaliser un seul de nos rêves d'amants, de ceux qu'on fait, sans se les dire, en se serrant l'un contre l'autre. De ces rêves qu'il est inutile de se raconter puisqu'ils sont comme un.

Notre vie fut banale et c'est cette médiocrité que je fuis. Je n'ai pas toujours été fidèle, toi non plus, mais nous avons toujours fait semblant de l'ignorer. La fausseté était un écho normal à la tromperie. Je ne pars pas pour une autre. Je ne pars pas non plus à cause de toi. Je pars tout simplement à cause de moi. Je suis incapable de partager mon égoïsme.

L'heure n'est pas venue de régler les sordides problèmes matériels "je te laisse le poisson rouge, moi j'emporte le bocal". Je n'ai pas le cœur à faire l'inventaire pendant le naufrage. Je ne chercherai pas à te joindre tant que je n'aurai pas moi-même trouvé un havre. Le plus vite possible, j'espère. J'emmène dans ma tête une collection d'images sépia, dont le souvenir de notre éphémère passion ne parvient pas à retrouver les couleurs d'origine. Est-ce parce que cela remonte à si longtemps ? Est-ce parce que je ne m'étais jamais aperçu que la palette de nos sentiments était réduite au noir et blanc ?

Ces quelques lignes sont tout ce que je laisse derrière moi. En mauvais pêcheur, je n'y fixe aucun hameçon, de peur d'avoir envie de revenir. Et puis un poisson ne se laisse jamais prendre deux fois par la même mouche. Tout ce que nous risquerions, c'est de nous emmêler de nouveau par maladresse. Le fil n'en serait que plus dur à rompre.

Je pars parce qu'il faut ne faire qu'un pour s'aimer et nous sommes deux. Tu connais l'équation de l'amour : 1+1=1 amour. Je rajouterai celle du désamour : 2-1=2 paumés.

Je pars, mon désamour... loin...

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