La cassette de çakya mouny
L'affaire avait débuté, comme beaucoup d'autres, par une violente sonnerie téléphonique.
Je fus réveillé en plein travail. Plus exactement, je rêvais que je travaillais; ce qui, pour moi, était aussi pénible. Mon banquier, homme vénal par nature, avait une toute autre opinion et ne voyait pas en quoi mes ronflements assidus pourraient résorber le découvert qui faisait de mon compte un frère jumeau du gouffre de Padirac.
J'avais ouvert une agence de détective en association avec un vieil ami. ça faisait déjà 4 mois, 12 jours et quelques minutes que nous attendions avec impatience qu'on vint nous proposer quelque chose à détecter.
Sur notre porte, à l'entrée du HLM, une enseigne racoleuse tentait stoïquement de racoler:
Bayard & FLAMEL
Investigations spéciales
Sur rendez-vous uniquement
FLAMEL, c'est moi. Nicolas FLAMEL, descendant de Nicolas FLAMEL, alchimiste du XIVème siècle, brûlé comme ses collègues de bourreau en place de Grève. Descendre de cendres, dur héritage alchimique d'almanach Vermot.
Le fait d'être d'essence (l'origine, pas le carburant!) "maudite" me poursuivait jusque dans les pages jaunes de l'annuaire. Si vous cherchez, vous trouverez Détective quelque part après Dératisation et Désinfection.
Pierre de Bayard, c'est l'autre. Il ne doit d'avoir son nom en premier sur la plaque qu'à de sordides histoires d'argent. Bayard, sans peur et sans reproche et plein de fric. Une sorte de dilettante dans le métier mais qui possède un sens aigu du contact humain. Exemple: la petite serveuse du McDo, Ginette Legoëllec, lui refile régulièrement -et gratuitement!- une double ration de Ketchup. Ce qui, malheureusement, nuit à sa cholestérolémie et à la blancheur de sa chemise.
Depuis une bonne trentaine de lignes, le téléphone sonnait.
La logique voulait que je décrochasse. C'est fait pour ça. Un téléphone. Quand ça sonne. Il faut agir selon l'Ordre des choses... Eh bien croyez-moi: j'aurais p't'êt' pas dû; quitte à titiller la susceptibilité du Grand Ordonnateur de Choses.
-Allôôôô? fis-je d'une voix suave et interrogatrice. Oui... Ne quittez pas je compulse mon agenda...
J'agitai toutes les cochonneries qui recouvraient mon bureau, feignant de chercher un fictif agenda chimérique. "Faudra que Bayard songe à faire le ménage," songeai-je.
-Allô, oui, cet après-midi j'ai un trou à 15H15, repris-je en constatant que j'en avais également un à ma chaussette gauche. Voilà Madame, je compte sur vous et je vous demanderais d'être ponctuelle... C'est cela... Eh bien à tout à l'heure chère petite madâme....
A 15h15 pile, la sonnette sonna, démontrant ainsi son manque d'originalité. Le système d'ouverture automatique de la porte étant défectueux, je décidai qu'il serait élégant de me déplacer pour accueillir ma cliente.
-Argghhh... pensai-je à voix haute.
Maîtrisant ma libido, j'oubliai la femme pour ne faire entrer que la cliente. J'oubliai que sa lourde chevelure rousse encadrait un visage aux traits parfaitement réguliers, eux-mêmes soulignés par un maquillage sobre et d'une haute suggestivité. J'oubliai que ses yeux noirs brillaient comme des braises couvant un feu jamais éteint. J'essayais aussi d'oublier son violent décolleté où régnait une poitrine.... Mais une poitrine!.... Avec des seins et tout et tout... Je me refusai à regarder par delà cette gorge (que le lecteur qualifiera lui-même), les émeraudes qui paraient un porte-jarretelles noir-saumon. Bref, je tentais de me castrer mentalement. Ca fait mal!
-Euh... Entrez, asseyez-vous, je vous en prie, parvins-je à articuler d'une voix rendue fluette par l'émotion.
-Merci, voilà ce qui m'amène, monsieur Bayard...
En temps normal, une telle confusion m'eût fait exploser. Là, non. Est-ce à cause du mouvement de sa robe lorsqu'elle s'assit? Et de l'apparition quasi divine dont je fus témoin? Allez savoir... A-t-on jamais entendu dire qu'un simple coup d'oeil sur une paire de cuisses... puisse... Non, je pense pas. Donc j'excusais simplement et sans arrière-pensée le lapsus de ma cliente et le corrigeai avec bonhommie.
-Non, moi c'est Flamel. Nicolas Flamel. Mon nom vous rappelle sans doute quelque chose...? Non...? Ce n'est pas grave... L'émotion sans doute. Bayard est mon associé. Il est sur une enquête, il nous rejoindra plus tard...
"Dès qu'il aura un dossier complet sur la cuisson des hamburgers et la formation professionnelle de la main d'oeuvre y employée." pensais-je.
-Excusez ma méprise, cher monsieur (elle prononça le "cher" avec tant de chaleur dans le regard que j'entendis "chair"), mon mari a disparu voilà trois jours et je suis très inquiète...
"Encore un mari volage, marivaudage," supposai-je in petto. Et un fou! car pourquoi aller ailleurs lorsque l'on a la chance d'avoir chez soi, en la personne de la dame ci-devant présente, un tel attirail à fantasmes avec, à n'en point douter, un mode d'emploi connu sur le bout de ses longs doigts et récitable du bout des lèvres...
-Madame, laissai-je tomber d'une voix lourde, grave et navrée. Votre mari est majeur. Il est libre de disparaître quand bon lui semble et où il a envie. D'autre part, une absence de trois jours ne peut pas être appelée une disparition. Il vous faut encore attendre quelque temps et, si rien ne se passe, allez voir la police... De plus, je dois vous dire que notre agence n'est pas tellement spécialisée dans ce genre d'affaires, nous ne traitons habituellement que les cas paranormaux, voire démoniaques.
-Justement! Monsieur Flayard.
-FLAMEL!
-Oh pardon, dit-elle en baissant les yeux. Regardez ce que j'ai trouvé sur le perron ce matin.
Et de sortir de son sac un Bouddha de bronze tenant une petite cassette dans la main gauche. A la vue de l'objet, j'eus un spasme que je ne pus dissimuler.
-Mais.. Qui êtes-vous, madame?
-Je m'appelle Esther Faust, et mon mari est Adolph Faust, l'écrivain. Vous connaissez, je pense.
A.Faust était réputé par ses travaux sur les manifestations du Malin. Il avait été récompensé pour un superbe ouvrage: le Dictionnaire du Diable, dont les rares exemplaires encore en circulation s'arrachent à prix d'or dans les salles des ventes. L'éditeur de Faust s'était suicidé en incendiant son entrepôt avec la presque totalité du stock de DdD. Faust en avait été très affecté et y avait vu le signe du Malin. Une sorte d'autodafé diabolique.
-J'ai en effet entendu parler de votre mari, et on dit qu'il est resté très "marqué" par cette histoire d'incendie. Puis-je examiner la statuette?
La cassette du Bouddha possédait un couvercle d'or scellé par une cire étrange. Je fis sauter le cachet et extirpai une petite boulette d'herbe à l'odeur étonnamment pure, ainsi qu'une petite tablette de terre cuite. Je ne quittais pas ma cliente du regard. Le spectacle de ses jambes à la plastique inégalable... D'autre part, je décelais de la nervosité dans sa manière de machouillonner son chewing-gum. Mais même les tics qui la gagnaient progressivement, depuis une intense vibration de la narine gauche jusqu'à une forte trépidation du lobe de l'oreille droite, ne parvenaient pas à l'enlaidir. Ses yeux gardaient leur noire et envoûtante profondeur... Je repris la parole.
-Racontez-moi toute l'histoire, chère madame Faust.
-Effectivement, mon mari n'a jamais supporté la mort de son éditeur avec qui il était très lié. Depuis cette nuit tragique, son comportement est devenu très étrange et parfaitement lunatique. (silence). Et puis il y eut les lettres.
-Quelles lettres?
-Des lettres, toujours la même enveloppe en parchemin vergé, cachetée avec une pâte bizarre, comme celle de la cassette. J'ai pu voir le timbre une fois, elles venaient d'Inde. Non, excusez- moi... c'était du Népal! A chaque fois qu'une de ces lettres arrivait, ses crises le reprenaient.
-Quel type de crises?
-Dans un premier temps, il devenait pâle, presque verdâtre. Il s'enfermait alors dans sa bibliothèque et n'en ressortait que 24 ou 48 heures plus tard. Sale, mal rasé, carrément hirsute et foncièrement livide. Il restait ainsi sans s'alimenter, coupé du monde des vivants, prostré dans son propre univers peuplé d'angoisses et de terreurs paranoïdes.
-Avez-vous essayé de parler avec lui? De lui faire dire ce qu'il se passe pendant ces fameuses crises?
-Il refuse d'en parler. Si! Parfois il lui est arrivé de lâcher des morceaux de phrases sans suite, des tranches décousues de pensées anarchiquement réorganisées par son esprit épuisé. Du genre: "le doigt de l'Homme a touché le doigt de Satan, je suis maudit! Je suis maudit!" Puis il se réfugiait dans une nouvelle crise.
-Des lettres non plus? Vous ne savez rien?
-Non plus... fit-elle, lasse. J'ai essayé de lui dissimuler l'arrivée d'une de ces lettres, pensant la lire et ne la lui remettre que le lendemain mais...
-Mais?
-Mais Adolph est venu vers moi, m'a regardé droit dans les yeux, a tendu la main et a réclamé "La lettre!" d'un ton sec. Il SAVAIT qu'elle était là. Il repartit immédiatement se claquemurer dans son bureau. J'ai entendu le choc de la porte derrière lui... C'était il y a trois jours... Depuis: aucune nouvelle. Et ce matin: le Bouddha. Monsieur Flanel, qu'est-ce que cela veut dire?
FlaMel! Avec un M comme.... Comme "maléfique", par exemple...
Avait-elle réellement du mal à retenir mon nom ou choisissait- elle délibérément de jouer avec mes nerfs? Et avec le patronyme de mon illustre ancêtre.
Tiens, si vous avez cinq minutes, je vais vous parler de lui. Aux siècles d'obscurantisme, il suffisait d'être un esprit éclairé pour se faire remarquer. Ses recherches sur l'origine 'essentielle' de la vie, l'avaient amené à se colleter au concept de 'mal'. Or cela appartenait au domaine réservé de ces messieurs de la science théologique, toutes religions confondues. Ce qui fait que Nicolas Flamel fut poursuivi pour exercice illégal de la métaphysique. Le terme exact est hérésie.
Il avait étudié la kabbale et était rentré en relation avec Çakya-Mouny. Çakya Mouny était né -on devrait plutôt dire venu au monde- vers 650 avant JC et vivait dans un ashram népalais hors duquel il n'a jamais mis les sandalettes. D'ailleurs pour lui, la notion de déplacement géographique n'a aucun sens. Il vit au milieu des monts himalayens, l'anticentre spirituel de l'univers qui est au mal ce que la matière est à l'anti-matière.
Lors de son procès, mon ancêtre n'opposa à ses juges, pour unique défense, qu'un plaidoyer d'un ésotérisme ravageur (du style commentaires de scrutin par des chefs de partis un soir d'élections) qui les découragea totalement. L'ésotérisme dialectique, c'est mortel, la preuve!
Parmi ses ouvrages -ceux qui nous sont parvenus-, un texte, sorte de centurie dont s'inspira plus tard Nostradamus en en faisant un nouveau mode littéraire. Je vous le livre tel qu'en lui-même.
Nicolas Flamel point ne sera détruit
Son sang portera même nom que lui
Celui-là je serai et mes travaux poursuivrai
D'au-delà des montagnes et par delà le temps
La force unique je reconnaitrai
Dont le signe combattra Satan
Poil aux dents! Je rigole mais... depuis plusieurs années, certains détails -coïncidences troublantes- m'avaient d'abord amusé, puis intrigué, voire effrayé! Mon prénom, la phobie des flammes, la haine de toutes les religions, la facilité que j'avais eu à "entrer" dans ces vieux grimoires mités et poussiéreux, écrits en vieux françois... Et que j'étais sûr d'avoir déjà lu! Le doute n'était plus permis! Je suis bien CE Nicolas Flamel là! La preuve: mon nom est écrit en toutes lettres sur ma carte d'identité.
Mais refermons cette parenthèse. )
Esther était toujours là, devant moi, avec dans les yeux, une force et une beauté qu'un possible et soupçonné veuvage n'entamait pas. Que faire? Je lui proposai de revenir le lendemain -en lui assurant que je bouleversais mes rendez-vous pour elle mais que c'était sans importance-, j'aurai probablement des informations -rassurantes, assurais-je- mais il me fallait auparavant vérifier quelques points et surtout: déchiffrer cette foutue tablette.
Bayard revenu du McDo, je lui racontai mon entrevue avec la dame Esther Faust.
-Oh? fit-il, incrédule. Tu veux dire qu'on a une cliente? Et qu'en plus, elle sort tout droit de la double page centrale de Playboy... En couleur. Dorénavant, je t'interdis de recevoir des clientes sans m'avertir. C'est vrai, quoi! J'suis associé! Et si elle est aussi bien que tu le dis, c'est pas impossible que j'arrête mon enquête sur les steacks hachés aux oignons...
-OK, mais avant, tu vas aller chez Albert Frougnart. Celui qui avait écrit ces articles si pertinents sur DdD au moment de la mort de l'éditeur. Demande-lui si, par hasard, il n'aurait pas vu Faust ces derniers jours.
-Bien bwana pat'on, j'y cou'.
Je me mis au travail et examinai attentivement la statuette. Un très rare Bouddha, probablement très ancien et d'une fascinante beauté. Reposante. Et des tas d'autres qualificatifs en "ante". La traduction de la tablette ne me posa pas réellement de problème (pensez-donc, de l'araméen népalais ancien: un régal de jouissance sémantique pour le docteur en philologie linguistique que je suis). Il n'y avait que la présence de la boulette d'herbe et de la pâte à cacheter que je ne parvenais pas à m'expliquer ni, à fortiori, à expliquer aux autres. C'est pas parce qu'on est la réincarnation d'un alchimiste génial qu'on possède la science infuse! Confuse, à la rigueur... Mais qu'importe, en bon joueur de stud poker, je me disais que personne ne connaissait ma carte cachée et que je pouvais essayer de les bluffer avec une supposée quinte flush royale.
C'est à cet instant précis que Bayard revint, tout essoufflé, de chez Frougnart.
-Tu devrais essayer le jogging, pour apprendre à supporter les excès de hamburgers, fis-je avec un rien de persiflage sournois dans la voix. Alors, que t'a appris ce Grand Albert?
-Bon, ben d'abord, Albert Frougnart n'est qu'un pseudonyme. Il se nomme en réalité Randolph Carter, délégué pour l'Europe du Grand Pouvoir dont le siège social est au Népal et dont le chairman (NdA anglicisation de chaman) est Çakya-Mouny.
-T'as une façon de raconter les choses, on croirait un extrait du registre du commerce...
-Au début, il n'a rien voulu me dire, mais quand je lui ai dit que nous étions associés, il a simplement dit: "Dites à Flamel que Faust est ici et qu'il se souvienne de la prophétie", il a ajouté que tu comprendrais. T'as compris?
-Moui, dis-je en appuyant mon index droit sur l'aile correspondante de mon nez dans une attitude songeuse. Moui, je crois...
-Ah bon! Ben tant mieux pour toi..!
Bayard avait dit ça d'un air renfrogné, comprenant que je n'avais pas l'intention de lui en dire plus pour l'instant. Aussi le rassurai-je:
-Fais pas la gueule, je t'expliquerai demain.
Le lendemain, la sonnette -toujours aussi stupide- sonna.
-Entrez, entrez chère madame Faust.
Elle avait encore embelli, surenchérissant sur mes souvenirs de la veille. L'affaire n'eut pas été si grave, nul doute que je l'eusse fait revenir le lendemain pour constater une éventuelle aggravation de sa beauté. La langue de Bayard traînait déjà par terre. Tel son illustre homonyme, je le devinais armé de sa lance, paré pour une joute sans armure. Il parvint cependant à maîtriser ses instincts.
Je fis asseoir la plus que belle Esther.
-Tout d'abord, déclarai-je en me plaçant derrière son siège, j'ai localisé votre mari.
Elle ne sembla pas s'émouvoir outre mesure de la chose. Son visage tourné et levé vers moi semblait indiquer qu'elle était plus intéressée que réjouie. Et qu'elle avait la nuque souple.
-Auparavant, j'ai une question à vous poser...
-Je vous en prie, suava-t-elle, si je puis vous aider...
Je lui tendis alors la statuette. Je lisais dans ses yeux (nom de dieu, quels yeux!) qu'elle attendait toujours ma fameuse question.
-Madame Faust, que savez-vous du Grand Pouvoir?
Ce que je pensais n'être que simple banderille s'avéra être un redoutable poignard. La 'bête' cruellement déchirée tourna la tête vers moi et ses yeux... Nom de dieu... Quels yeux! J'hurlai alors:
-Pauvre folle! NYARLATHOTEP est mort!
Je la vis se redresser, agitée de spasmes et de secousses tremblotantes, puis se tétaniser. Sa peau vira au rouge violacé. On devinait les veines trop tendues qui éclataient l'une après l'autre sous sa peau si fine. Sa chevelure, rouge crinière, s'embrasa. Son corps commença à se calciner, entouré d'une étrange aura noire. Bizarrement, nous qui n'étions qu'à quelques yards à peine, ne ressentions aucun des effets d'une combustion classique. Aucune chaleur, aucune odeur, rien. Nous n'étions que les spectateurs impuissants de ce remake du buisson ardent. A cette différence près qu'Esther, elle, se consummait bel et bien. Au point qu'il ne resta bientôt d'elle que le souvenir fugace d'une créature fantasmatique errant, solitaire, parmi nos neurones les plus libidineux. Pas même un tas de cendres.
-Tu... Tu m'avais promis que je comprendrais quelque chose... murmura Bayard, encore choqué, fixant un espace vide; là où se tenait Esther.
-Adolph Faust n'était pas réellement parano. Il était réellement menacé. Qui plus est: par sa femme! Il l'avait compris dès la sortie de son Dictionnaire du Diable. C'est Esther qui a incendié l'entrepôt et tué l'éditeur (NdA: tuer un éditeur est vraiment le crime le plus atroce. A se demander si ce ne serait pas une raison de réviser l'abolition de la peine de mort.). Le salut d'Adolph passait par le soutien qu'il recevait du Grand Pouvoir. Ces messages de Sagesse étaient en quelque sorte son contre-poison. Il pouvait alors, simulant une crise dépressive, s'enfermer dans son bureau et continuer la rédaction du deuxième tome du DdD.
-Pourquoi Esther Faust est-elle venue chez nous avec la statuette?
-Pourquoi nous? Je n'en sais rien. Je sais simplement que la statuette était le signe annoncé par la prophétie. Quand elle a compris que je l'avais démasquée, elle a tenté de me détruire, je n'ai eu que le temps de prononcer la phrase inscrite sur la tablette. T'as vu le résultat. Elle avait compris en recevant le Bouddha que Faust risquait de lui échapper et qu'il lui fallait donc remettre la main dessus le plus rapidement possible. Elle avait raison, la statuette était bien destinée à la détruire. Mais comment aurait-elle pu se douter qu'elle déclencherait elle-même le mécanisme en me l'apportant.
Un pneu s'écrasa en couinant contre un trottoir, en bas, dans la rue principale de Villeneuve-lès-HLM.
-Ca doit être lui, supposai-je. Va le chercher.
Quelques minutes plus tard, Adolph Faust rentrait dans la pièce où venait de s'éteindre sa femme.
-J'aurais quelques questions à vous poser, cher monsieur Faust.
D'un geste de la main, il me fit signe d'y aller.
-Pourquoi votre femme n'a-t-elle pas détruit le Bouddha?
-Tout bonnement parce qu'elle n'en connaissait pas le rôle exact. Tout ce qu'elle savait, c'est que le Grand Pouvoir m'envoyait de quoi lui résister. La Cassette était scellée avec une pâte 'intouchable'. Il lui fallait donc l'aide de quelqu'un.
-Mais pourquoi moi?
-J'avais vu votre nom dans un journal et "innocemment" je lui en avais parlé. Je savais que vous pouviez éventuellement m'aider.
-Et si je m'étais trompé? Si je lui avais indiqué l'existence de Randolph Carter?
-J'avais confiance. Il n'y a pas que le Malin qui soit malin. De plus, j'ai très bien connu un autre Nicolas Flamel. Un type très bien...
Il avait sur les lèvres un petit sourire entendu. Il savait qui j'étais.
-Merci, répondis-je simplement.
Faust ramassa la statuette sur le sol. La tablette s'était désagrégée et ne formait plus qu'un petit tas de poussières. La petite boulette d'herbe laissait échapper un mince filet de fumée. C'est elle qui avait fourni l'énergie nécessaire à la combustion. C'était le relais avec Çakya-Mouny et les Puissances Supérieures.
-Encore un détail, dit Faust. Connaissez-vous l'autre nom de Çakya-Mouny? Tout simplement: BOUDDHA... Au revoir et... Merci!
Faust prit congé, serein. Il avait oublié(?) la statuette dont le sourire purifiait la pièce.
-Tu veux que je te dise, Flamel? Eh ben si on doit continuer dans ce genre d'histoire fumeuse, il serait plus raisonnable d'envisager l'acquisition d'une paire d'extincteurs. Histoire d'avoir le temps de présenter notre facture au client avant qu'il ne parte en fumée...
-Y'a vraiment que le fric qui t'intéresse.
-Oui.