La fille à côté
L'appartement situé à côté du mien était occupé par une fille seule. Jolie, mais sans plus. Une fois ou deux, il m'était arrivé de me masturber en pensant à elle. C'était des jours où il n'y avait rien à la télé.
Savoir qu'on n'était séparés par une cloison pas plus épaisse qu'un RMI, ça m'avait fait travailler les méninges. A l'époque, je lisais pas mal de fantastique, genre Barjavel ou Marcel Aymé. Je venais de finir le "passe-muraille" et ça m'avait fait bander, l'idée que, en tendant le bras à travers le mur, j'aurais pu toucher ses seins ; ou même plus. Et quand ce genre d'idée me travaille, faut que je finisse le boulot à la main. Il n'y a que ça qui me calme.
Parfois, elle ramenait un type chez elle. J'entendais tout. Elle miaulait pire qu'une vraie chatte. Des fois, c'était si fort que j'entendais le mec qui lui disait "Gaffe, tu vas ameuter les voisins". Mais elle s'en foutait et continuait ses vagissements. Moi, je montais le son de la télé. Obligé ! Sinon j'aurais rien compris au film. Généralement, elle terminait son cirque par une espèce de grand râle qui vous arrachait les tripes (même quand la télé était à fond) et le silence retombait d'un coup. Alors je zappais, histoire de me changer les idées. C'est pour ça que je voyais pas toujours la fin de mes films.
Un jour, j'en ai eu marre, j'ai acheté un magnétoscope. Comme ça, quand ma voisine commençait à s'agiter avec un de ses camarades de jeu, je mettais sur "record" et je descendais au bistrot.
Là, y avait des types fatigués qui essayaient de baratiner des filles dont le cul tenait à peine dans un short en lamé doré et dont le bas du t-shirt remontait sous leurs aisselles mal rasées. C'était un bar à putes ; ce qui est normal si l'on considère que c'était l'activité principale du quartier.
Ma voisine n'en était sûrement pas une, ou alors elle ne ramenait du travail à la maison qu'un ou deux soirs par semaine. Non, elle avait pas la dégaine d'une pro de l'amour tarifé. Ça m'a toujours fait rigoler, ça, "l'amour tarifé", ça fait penser à un compteur de taxi. Tant pour la prise en charge et tant par coup de lime, avec supplément pour les circuits touristiques empruntant les voies secondaires. Sordide. Ouais, ça me fait penser à ça "l'amour tarifé". Il manque juste le doberman, sur le siège à côté, avec le filet de bave dégoulinant des babines et prêt à vous transformer en pâté si vous oubliez le pourboire.
Tout ça pour dire que j'imaginais mal ma voisine avec un compteur dans le fion. Les quelques fois où l'on s'était croisés, c'était de façon si rapide qu'on avait oublié de se regarder. On s'était dit bonjouraurevoir et on était rentrés dans nos appartements respectifs. A ce moment-là seulement, j'avais trouvé le courage de la regarder mais c'était trop tard ; il y avait comme une cloison entre nous. Je m'étais dit que, peut-être, elle regardait vers chez moi en même temps, alors je lui ai fait un grand signe... Et pis je suis allé me servir une bière en me disant que je m'arrangeais pas !
J'avais juste eu le temps de mater comment elle était habillée. Un jean et un pull tout simple, dans les tons neutres. Je ne me souvenais pas avoir vu de bagues à ses doigts ni de bracelets. Rien de clinquant. J'en avais déduit que, question fric, on devait être dans la même tranche d'imposition. Non, j'y tiens, elle avait pas l'air d'une pute. Et puis j'avais pas envie qu'elle en soit une !
D'ailleurs, c'est une question, quand on se branle en pensant à une pute, est-ce qu'on lui doit des droits d'auteurs ? Sûrement que oui... ça serait logique... On paye bien une redevance pour la télé.
Quand j'étais au bar, en attendant que ma voisine en ait terminé, les filles, elles venaient pas me voir. Ma tronche mal rasée, mes cheveux peignés au blanc d'œuf et mes yeux de lendemain de cuite, ça devait pas les tenter. Elles se disaient que je devais pas avoir un rond et que j'étais tout juste bon à leur refiler des morbacs. C'était idiot comme raisonnement ! comment j'aurais pu chopper ce genre de bestioles ? Ça faisait des années que je n'avais que le porno de canal+ crypté comme seule relation sexuelle ; la télé, ça file le bourdon, parfois, mais pas des morbacs. Ça, je l'ai jamais entendu dire, en tout cas. Et pis c'est pas ma voisine qui aurait pu me véroler. Notez bien, qu'avec le temps, je me disais que... ben... j'aurais pas été contre le principe.
Je commençais à la connaître, ma voisine. Je savais que j'avais le temps de boire trois demi-pression sans me presser, d'aller pisser et je pouvais remonter. C'est le temps qu'il lui fallait pour faire cracher la bête.
J'essayais de guetter le type au moment où il ressortait mais j'étais jamais sûr de l'identifier. Y avait tellement de passage dans cet immeuble, je connaissais pas tout le monde. Quand je voyais sortir un type qui s'arrêtait sur le trottoir pour humer les odeurs de printemps, la banane aux lèvres et les yeux couleur tranche de jambon, je me disais, "tiens, c'est p't'êt' mon voisin du jour." A vrai dire, cela ne me préoccupait pas vraiment, c'était juste par curiosité. Et puis j'avais pas le temps de m'attarder, l'envie de pisser commençait à me gonfler le bas-ventre.
Je remontais aussitôt, après avoir quitté le bar et jeté un œil dans le décolleté des filles. Mais même ça, elles aimaient pas. Comme si avoir le regard sale empêchait de se rincer l'œil.
A peine arrivé chez moi, je me laissais tomber sur le lit, face à la télé et je regardais mon film, tranquille.
Je pouvais pas jurer que le type que j'avais vu était celui avec qui elle s'était envoyée en l'air, ni même si le type était ressorti ou passait la nuit chez elle, mais tout ce que je sais, c'est qu'il n'y avait jamais de deuxième séance. J'imaginais mal que ce soit le genre de fille à finir la nuit avec le mec qu'elle venait de se taper. Se réveiller à côté de quelqu'un qu'on aime, c'est chouette mais ouvrir les yeux le matin en cherchant à quelle queue appartient le visage mal rasé qu'on a en face de soi, ça doit être déprimant. Si je me fie à mes propres expériences. Quoi que, dans mon cas, je me sois jamais réveillé à côté d'un mec. Même les soirs de biture grave, je suis toujours parvenu à faire la différence entre une paire de couilles et une paire de seins. Ou alors c'est que j'étais vraiment bourré et que je m'en rappelle même plus ! donc ça compte pas !
Gaëlle, qu'elle s'appelait ma voisine. Facile, c'était marqué sur sa sonnette. Elle avait découpé une carte de visite aux dimensions de l'étiquette. Enfin, je devrais dire qu'elle l'avait déchirée. Les franges irrégulières ressemblaient pas à de la dentelle de Bruges. Gaëlle, c'était écrit avec des lettres façon faire-part de mariage, de la cursive anglaise, je crois, ça s'appelle. M'en fous, en fait.
La vie n'était pas toujours simple. Un soir, j'ai mis une cassette de 120 minutes et le film faisait deux heures et quart. J'ai pesté pendant toute la soirée en songeant que j'étais descendu boire trois bières et allé pisser dans les chiottes puantes du bistrot pour rien ! J'avais quand même loupé la fin du film ! Et puis j'avais pas entendu l'autre qui se faisait limer et braillait à s'en arracher les trompes de salopes.
Parce que, je dois reconnaître que, d'accord, ça me gêne, ses barissements de chamelle, mais bon, ça me file souvent des frissons dans le dos et des démangeaisons dans le slip. Pis quand ça me démange, moi, je me gratte. Et parfois, je vais prendre une douche après ; ou pendant, parce que ça fait du bien, la flotte, quand on est pas obligé de la boire.
Me suis endormi tard hier. Les démangeaisons, ça énerve. Je crois bien que j'ai rêvé de ma voisine toute la nuit. Y a quoi à la télé, à cette heure-ci ? D'abord, quelle heure il... p'taing ! midi et demi ! je vais être en retard chez rien-foutre. C'est bien le RMI, Restons Mollement Inactif. C'est pas plus épais qu'une cloison et c'est tant mieux, ça permet de mieux s'entendre avec ses voisins.
Du boulot, j'en ai cherché ! M'est même arrivé d'en trouver. C'est pas les capacités qui me manquent, c'est les motivations. Et puis suivre tout le monde, rentrer dans le rang, t'as toujours l'impression que si tu vas trop vite, tu vas bugner le mec de devant et si tu lambines, tu te fais enculer par celui qu'est derrière.
Moi, dans la vie et dans les cahiers, ce que je préfère, c'est la marge. C'est là qu'on marque les trucs importants, les trucs qui restent. C'est même en rouge, pour être sûr de pas les louper. Les belles pages avec les lignes et les interlignes, c'est pas là que vous me trouverez. Je suis parfois si près de la spirale que j'ai l'impression qu'elle m'aspire et que je tombe de plus en plus vite. Et puis, pour rester dans la comparaison, je dirais que, quand on est arrivé en bas, faut savoir tourner la page.
Je dis pas que ça vient jamais à l'idée de rentrer dans le système, de m'insérer entre deux interlignes au milieu d'une grande phrase. Pas au début ! Je tiens pas à me faire repérer avec une majuscule. Mais au milieu, genre subordonnée relative... Ouais, c'est ça, faudrait que je m'insère relativement. Juste assez pour me donner l'impression que j'ai le choix. J'aurais une belle bagnole, ou une moche, mais en tout cas, j'aurais une bagnole. Une belle gonzesse, enfin... une pas trop moche, quoi, une qui me ferait deux ou trois mômes dont je serais vachement fier. Une gonzesse qui ressemblerait un peu à ma voisine mais qui m'embêterait pas quand je voudrais regarder la télé. J'aurais aussi le décodeur de canal+, voire un abonnement au câble. Et peut-être que j'aurais aussi des potes. Et je...
Et vlan, voilà que ça me reprend ! Je ferme les yeux cinq minutes et j'oublie que j'habite un studio aussi grand qu'un couloir, dans un immeuble qui ne doit d'être encore sur pieds que grâce au propriétaire qui loue au black les turnes des deux premiers étages à des filles qui louent elles-mêmes leur propre entresol aux blacks et à tous ceux qu'ont un peu de thune. Je leur dois ça, aux putes. Je suis un peu mac, mais là aussi, c'est relatif. Ça m'emmerde de penser qu'avec ce raisonnement-là, ma voisine est un peu maquerelle. Je ferme les yeux et puis j'oublie que ma vie ressemble à un long couloir qui manquerait de fenêtres pour voir la vie pendant qu'on va vers la sortie. Et souvent, la porte au bout du couloir, c'est celle des chiottes.
Je me rase ou je me rase pas ? C'est la question que je me pose chaque matin. D'habitude, y a pas besoin de vote, la lotion de censure est repoussée. Je garde le poil hirsute. Comme ça, on voit pas que je suis malade, on croit que j'ai une tronche de déterré parce que j'ai mal dormi et que je me suis pas lavé. On voit pas ma tronche de presque enterré. Mais aujourd'hui, je m'interroge.
Je me rase pas. Je reste naturel. Le seul effort vestimentaire que je consente, c'est rentrer mon t-shirt dans mon pantalon ; ça dissimule la tache d'œuf que j'ai faite la semaine dernière mais ça m'oblige à boutonner ma braguette. Je me coiffe avec mon peigne à cinq doigts, la tignasse en arrière.
Je frappe à sa porte. Gaëlle viendrait m'ouvrir, elle serait vêtue d'un déshabillé de soie bleu qui ne cacherait rien de ses charmes. Elle m'adresserait un sourire à faire fondre un eskimo sur son bâton, et me déclarerait, d'une voix de chatte "Enfin... je désespérais de vous connaître un jour". Ça, c'était la version un ; la version deux c'est :
Je frappe de nouveau. Elle ne répond pas. J'insiste et donne du poing sur sa porte. Si je continue ainsi, la cloison entre nos appartements va s'écrouler d'elle-même. Bon, je me fais une raison, elle est pas là cette salope. J'ai boutonné ma braguette pour rien. Par dépit, je la déboutonne illico, sur le palier, au moment où la vieille du septième remonte avec sa boîte de daphnies séchées pour ses poissons rouges.
Elle me regarde, l'air blasé, en haussant les épaules et continue son chemin. Elle a sûrement cru que j'allais déballer mon matos comme un vulgaire exhib. Elle a dû en voir d'autres, la vioque et elle aura déjà oublié en arrivant chez elle. Je parie qu'elle en causera même pas à son poisson rouge. Moi, à sa place, j'en parlerais pas non plus à ma télé. Et puis, si on y réfléchit, un poisson rouge, c'est comme une télé sans son ni télécommande. Pourquoi elle était pas là Gaëlle ?
Je m'étais déplacé exprès pour lui dire... pour lui dire... oui, au fait, pour lui dire quoi ? J'allais pas lui dire, "j'ai envie de vous sauter avant de crever. Ça vous... on peut peut-être se tutoyer... ça te tente, une petite baisouille vite fait bien fait ?"
Si elle m'avait dit oui, j'aurais été déçu parce que j'ai une plus haute estime d'elle que ça.
Si elle m'avait dit non, j'aurais pas aimé non plus.
Faut savoir ne pas poser de questions quand les réponses, quelles qu'elles soient, vous emmerdent.
D'un autre côté, si je m'amène, l'air ingénu, pour lui demander pardon de m'excuser si je suis désolé de la déranger mais "j'ai plus d'huile, de sucre, d'allumettes, de pile pour la télécommande est-ce que vous pou... et si on se tutoyait vu qu'on est voisin, tu pourrais me prêter du sucre, une pile (plate 9 volts), ou de l'huile ou même du beurre ?" Hein ? ouais, du beurre, j'en ai encore, mais bon, c'est au cas où... Si je m'amène comme ça, elle va me prendre pour un dragueur ou un mec qu'a juste envie de tirer un coup. Je dis pas qu'elle aurait entièrement tort mais ça se réduit pas à ça !
Je pourrais aussi lui parler des idées que j'ai quand je ferme les yeux. La vie peinarde, le boulot, les gosses, une môme mignonne avec qui il doit faire bon s'asseoir sur un talus pour applaudir le temps qui passe comme les coureurs du tour de France et qui a l'air de tellement en baver qu'on voudrait le pousser dans les côtes. Parce que, le temps, quand il n'avance plus, ça a une odeur de pourriture qui ressemble foutrement à la mort. Moi, le temps, je lui dis "T'arrête pas ! pédale ! même si c'est dur ! T'arrête pas, je veux pas crever ! Si la chaîne lâche, ça sert à rien de zapper" Mais je déconne, là ! Je mélange la vie, le vélo et la téloche.
Une bière. Trop chaude. Elle bave sa mousse en chuintant. Elle dégouline sur ma main, mon poignet. Je rattrape ce que je peux d'un coup de langue. Et puis je bois tout d'un coup. Ça fait mal, la boisson gazeuse m'arrache l'œsophage et me tire des larmes.
Sur le guéridon à côté de la porte d'entrée, s'entasse le courrier que je ne décachette plus. D'ailleurs la dernière lettre doit remonter à trois mois. Depuis, je ne prends même plus la peine d'ouvrir ma boîte à lettres, en bas de l'escalier. Elle est facile à repérer, elle ressemble au panier d'une ménagère débordant de queues de poireaux. La dernière lettre que j'aie ouverte, c'était le résultat de mes analyses médicales. En plus, ces enfoirés auraient voulu que je leur envoie du fric parce que, grâce à leurs examens, je savais que j'allais crever. Mais ça, je le sais depuis que je suis tout petit, que je sortirai pas vivant de cette histoire. La différence, c'est qu'avant, je voyais ça vachement loin. Pour mourir de vieillesse, faut vivre longtemps, donc ça me laissait de la marge. Toujours cette foutue marge. Mais bon, changement de programme, "vous êtes disqualifié, vous devez quitter la vie dans les plus brefs délais". Ah merde ! Ça m'a foutu un choc. Je m'en souviens, c'était un soir où ma voisine se faisait limer comme une folle. Je venais de rentrer et j'avais allumé la télé pendant que je lisais mon courrier. J'ai commencé à me branler mais je me suis arrêté avant de jouir. Ça m'a donné l'impression de retenir la vie au fond de mes couilles.
Ma voisine, elle, elle est allée au bout. Son orgasme, ce soir-là, m'est apparu insupportable ; injuste. Moi, je regardais ma queue qui hésitait à retomber, du genre "bon, qu'est-ce qu'on fait ? Tu te décides ?" je l'ai regardée en la traitant de connasse. J'ai aussitôt entendu la porte à côté et des pas dans l'escalier. Le mec devait être pressé de rentrer chez lui. Elle était seule, ma voisine. Moi aussi. Mais sûrement qu'on avait pas les mêmes préoccupations. J'ai entendu l'eau qui coulait dans son lavabo. Moi, j'avais rien à laver.
Je me suis fait à l'idée que c'était pas la peine de cotiser à la caisse de retraite et j'ai continué à vivre comme avant. Sans but. Mais maintenant, c'est comme si j'avais une échéance à rembourser par anticipation. Allez directement à la case "enfer", passez par la case "départ définitif" et ne touchez plus à rien.
Ma voisine, elle, elle s'en fout de mes problèmes. Elle me connaît pas. Elle sait à peine que j'existe. Une fois ou deux, elle a cogné sur le mur, parce que ma télé gueulait trop fort. J'ai baissé le son aussitôt. J'avais pas envie de l'emmerder, ma voisine. Mais quand elle a frappé au mur, j'aurais peut-être dû lui dire "entrez". Peut-être. J'aurais pu.
J'ai fouillé dans mes paperasses et j'ai trouvé quelques vieux billets froissés. Trois cent cinquante balles. Je sais pas bien ce qu'ils faisaient là. J'ai attendu un soir où ma voisine se faisait tringler pour m'habiller presque propre. Suis descendu au bar à putes, en bas de chez moi. Comme j'étais rasé, les filles m'ont pas reconnu. J'en ai abordé une et je lui ai payé un verre. Ça m'a coûté pas loin de cent balles, cette histoire ! Je lui ai demandé ce qu'elle pouvait me faire pour deux cent cinquante balles. Elle a rigolé et m'a demandé de revenir en janvier pour les soldes. Et puis comme elle a vu que ça me faisait pas franchement rigoler, elle m'a proposé une pipe dans les chiottes du bistrot. J'ai accepté. Elle a adressé un regard au patron du bistrot qui lui a donné son accord en posant son doigt sur sa montre, façon de lui dire "tu me bloques pas les doublevécés pendant une heure".
Je l'ai suivie. On s'est enfermé et elle s'est mise à genoux devant moi. Le pantalon baissé à mi-cuisse, j'avais l'air ridicule. Surtout que j'arrivais pas à bander. La fille s'énervait en voyant ça. Elle ronchonnait que de toute façon, il était pas question qu'elle me rende mon fric si c'est moi qui n'arrivait pas à assurer. Je l'écoutais à peine. Ça m'a fait penser que j'avais pas mis de cassette dans le magnéto et que j'aurai rien à regarder en rentrant. Un peu comme si je me doutais que j'aurais plus jamais rien à regarder.
C'est dommage, ça m'aurait plu de jouir en même temps que toi, Gaëlle. Je me suis rhabillé et je me suis cassé avant que la fille ait eu le temps de se relever.
Je suis remonté chez moi à toute vitesse. Mon cœur battait un peu trop vite quand je suis arrivé. Je me suis laissé tomber sur le lit. J'avais l'impression qu'un éléphant s'était arrêté sur ma poitrine. Je pouvais plus bouger, juste écouter, à travers la cloison.
La fille d'à côté, elle était au septième ciel. Attends-moi, Gaëlle, je suis tout juste en train d'atteindre le premier. Si on se croise quand tu redescendras, arrête-toi deux minutes, je te raconterai comment tu m'as aidé. Je te dirai pourquoi les filles qu'on n'a pas touché font plus bander que les autres. Je te dirai des trucs comme ça. Je te dirai merci. Je te dirai pas que j'ai une trouille d'enfer.
Tes aller-retours entre ici et le septième ciel, ça te file pas le mal de l'air ? Moi, rien que l'idée de quitter la terre, ça fait bourdonner mes oreilles. J'arrive plus à avaler ma salive. J'ai l'impression d'être collé à mon plumard, en pleine accélération. Ça vibre. Je crois que je suis en bout de piste. A bientôt.