L'Ange au Sourire

Je m'étais rendu à l'office de tourisme. Une employée à l'accent hollandais m'avait dit que je ne devais pas partir sans avoir visité la cathédrale, une cave de champagne et le musée de je ne sais plus quoi. D'ailleurs je n'avais pas écouté. Je lui avais demandé d'où elle était. Gröningen ? Je connaissais pas mais j'irai probablement un jour. Elle m'avait dit que ce serait drôle de se croiser là-bas, par hasard. Je lui avais répondu que oui, ça serait drôle et j'avais ri ; elle aussi, puisque l'idée était drôle. Elle était jolie. Mais peut-être ai-je tendance à trouver que toutes les filles sont jolies ; en général.

Nous avons discuté un peu et, comme elle avait l'air de ne pas me trouver trop antipathique, je lui ai dit que ça serait bien qu'elle puisse me faire visiter Reims. Là, elle a arrêté de rire. J'ai cru que j'avais été trop direct... mais non... avec l'air soucieux, la fille avait regardé sa montre et m'avait expliqué qu'elle travaillait jusque vingt heures et que c'était toujours comme ça, l'été, à cause des touristes et qu'elle avait des journées qui n'en finissaient pas et que d'autres choses encore.

J'ai haussé les épaules en pensant que, oui c'était dommage. Je me suis aussi demandé pourquoi elle avait consulté sa montre. Je ne pense pas que l'heure à laquelle on est disponible soit inscrit sur le cadran d'une montre ; même hollandaise.

Sans un mot, elle m'avait tendu une liasse de prospectus, dépliants et autres publicités. Elle paraissait sérieuse, comme si sa vie se réduisait soudain à sa fonction d'hôtesse d'accueil stagiaire dans un bureau d'office de tourisme loin de chez elle. Elle releva ses yeux vers moi et me fixa avec gravité. Finalement, elle était d'accord pour me retrouver ce soir et me montrer la ville la nuit, m'annonça-t-elle sans se départir de son sérieux. Elle me fixa rendez-vous à un endroit qu'elle marqua à l'aide de son stylo rouge sur un des plans. Je lui ai dit oui. Elle s'appelait Barbara et ne portait pas d'alliance.

Maintenant, j'étais face à "lui" et considérai, avec une certaine perplexité, son rictus niais. J'avais à la main un fascicule vantant "Reims, ville des sacres" dont la couverture représentait la statue de l'Ange qui orne à la fois le portail de la cathédrale et la plupart des manuels d'histoire de l'art médiéval. Paré d'ailes de pierre et coiffé de cheveux frisottants, l'Ange au Sourire semblait inviter les passants à entrer.

A cet instant-là, son regard aveugle était posé avec condescendance sur un photographe amateur qui, remarquant ma présence, se crut obligé de me dire en ricanant "souvenirs, souvenirs...".

Une jeune femme s'approcha et lui mit sous le nez une série de cartes postales. Haussant les épaules, le type continua son mitraillage en marmonnant que "les cartes postales, tout le monde peut les acheter, ça n'a rien de personnel". La femme les fourra dans son sac et, répondant à mon air amusé, m'adressa un vague sourire triste. Elle était jolie. Mais peut-être ai-je tendance à trouver jolies toutes les filles affublées d'un type dont le QI avoisine celui du singe. Je suis sûrement jaloux de ces gens dont la vie est simple.

Moi, je vis seul.

J'ai un boulot qui me permet de voyager. Quand j'arrive dans une ville que je ne connais pas, je joue les touristes mais je n'achète pas de cartes postales ; je n'ai personne à qui les envoyer. Je ne prends pas non plus de photos ; je n'ai pas d'album.

Je m'immisçai entre eux deux et déclarai d'un ton péremptoire :

- Superbe monument ! Toute la vitalité du gothique typique d'un XIIIème siècle annonciateur des splendeurs du quattrocento.

C'est incroyable ce que je peux dire comme conneries.

Le type acquiesça avec ingénuité et la femme me regarda avec un air suspicieux. J'esquissai un sourire à son attention. Son regard complice m'indiqua qu'elle n'était pas dupe de ma prétendue science architecturale.

J'appris qu'ils étaient de Lyon et qu'ils allaient en Angleterre. Ils faisaient étape à Reims, le temps d'immortaliser sur pellicule le sourire de l'Ange. Ils repartaient le lendemain de bonne heure pour attraper le ferry à Calais.

- Moi aussi, je suis là pour une nuit, je repars demain et j'espère que je n'attraperai rien.

- Ah ben ça serait sympathique de prendre l'apéritif ce soir, fit le type.

- Pourquoi pas ?

Du regard, j'interrogeais la femme. Elle baissa les yeux pour éviter de répondre. Le type insista auprès d'elle.

- Hein, chérie, ce serait sympathique, plutôt que de passer la soirée tout seuls nous deux...

La chérie releva brusquement la tête et fustigea son mari.

- Oui, fit-elle d'un ton amer. Ça changera.

- Parfait, fit le type. On se retrouve où ? Parce que moi je connais pas du tout et dans ces villes c'est plein de sens interdits qui...

Je le laissai parler de lieux inconnus avec des lieux communs. J'avais remarqué, sortant du sac de la femme, le même bouquet de dépliants touristiques que celui que m'avait remis Barbara. Je reconnus le plan où elle avait inscrit le lieu du rendez-vous.

- Puis-je me permettre ? fis-je en extrayant le document, le pinçant entre deux doigts.

Je traçai une croix au même endroit.

- Vers vingt heures ? C'est bon ?

- Impec', fit le type. Au fait, moi c'est Jean-Jacques et elle, c'est Christine. Mais on n'a pas le temps, il faut qu'on aille visiter une cave.

- Enchanté, répondis-je en saluant "elle". A ce soir, alors... vous me raconterez ce que vous avez vu d'intéressant.

- Ouais, mais j'aurais pas eu le temps de faire développer les photos, hein... fit Jean-Jacques, brandissant sa conserverie à souvenirs.

- Pas grave...

Je les laissai s'éloigner et me tournai de nouveau vers l'Ange. Il ne regardait plus personne. Il attendait que quelqu'un vienne se placer en face de son sourire.

J'attendis, comme lui, et un autre couple se présenta. Collés l'un à l'autre au pied de la statue, ils commentaient sans discrétion :

- Bah, c'est comme la Joconde. On en fait tout un plat mais moi je ne lui ai jamais rien trouvé.

- Normal, c'est un travelo.

- C'est comme l'ange, alors. Ça sait pas si c'est mâle ou femelle.

- Ah non, les anges ça n'a pas de sexe du tout.

- Ben, ils doivent s'emmerder...

- Sûr ! Regarde sa tronche à celui-là, on voit bien qu'il doit pas s'amuser.

La femme glissa quelques mots à l'oreille du type et ils se mirent à rire grassement.

- Excusez-moi, intervins-je. Pourriez-vous me dire où vous avez trouvé ceci ?

Je désignai un coffret de dégustation de Champagne que la femme tenait contre elle comme un nourrisson. Ils me regardèrent avec méfiance, interrompant net leurs rires.

Le type fit un signe de la pointe du menton et indiqua, de l'autre côté de la rue, une boutique de souvenirs.

- Merci bien...

J'adressais un sourire exagérément reconnaissant au couple dont la femme était jolie. Mais peut-être ai-je tendance à trouver trop facilement jolies les femmes qui sussurent des cochonneries à l'oreille de leur mari.

Je me rendis aussitôt dans le magasin. L'industrie locale était, de toute évidence, basée sur le touriste. Il y avait essentiellement du champagne, des confiseries à base de champagne, des livres sur la Champagne et quelques reproductions de cathédrale, sous forme de statuettes ou de bijoux. Je trouvais même une représentation de l'Ange détournée en coupe-papier. Le manche était constitué par la statuette en métal, et le tout mesurait une vingtaine de centimètres. A cette échelle, on distinguait à peine le sourire sur le visage angélique. Je fis l'acquisition de cette œuvre de bas-art ainsi que celle d'un coffret de champagne puis ressortis du magasin.

Le couple était toujours sous la statue, à s'extasier de l'extraordinaire banalité du sourire. Je m'approchais d'eux et leur tendis mon Ange miniature, enveloppé dans un sachet sans forme.

- C'est pour vous...

Je dus insister, leur expliquer que c'était gratuit, que ça n'était pas un bâton de dynamite, ni de la drogue, ni... tout ce qu'ils redoutaient...

La femme finit par accepter et s'apprêtait à le glisser dans son sac quand l'homme intervint, en grognant, pour le lui prendre des mains. Sans précaution, il déballa l'objet et reconnut l'ange. Son regard passa alternativement plusieurs fois de la copie à l'original. Il m'interrogea du regard. Je lui répondis comme je pus.

- Je vous ai vu devant cette statue et sa contemplation avait l'air de tant vous réjouir que j'ai pensé que ce petit cadeau...

La femme se tourna vers son mari et, la tête dans les épaules, réprima un gloussement. Elle devait penser que j'étais une sorte de dingue local et marmonna encore quelque chose à son mari. Celui-ci se mit alors à me parler comme on parle à un attardé mental, en hochant la tête pour me faire comprendre qu'il était d'accord avec tout ce que je pourrais lui dire.

- Ma femme et moi, nous vous remercions monsieur. Monsieur ?...

- Ça n'a pas d'importance. Je ne suis pas important. Mais vous pouvez m'appeler Henri.

- Parfait... alors merci Henri, enchaîna la femme.

Elle avait les yeux d'un joli bleu dont je n'arrivai pas à me détacher. Elle en parut troublée. Son mari s'en aperçut et bougonna.

- Allez, viens. On va visiter l'intérieur.

Il la tira par le bras.

Je les rappelai aussitôt, prenant l'air penaud, et bafouillai de vagues mensonges.

- Excusez-moi... je ne voulais pas vous choquer. Mon regard... enfin... je veux dire qu'il ne faut pas vous méprendre sur l'insistance de mon regard. C'est que... vous ressemblez si fort à une amie... que, au début... j'ai cru... mais non...

Le type soupira avec irritation. Il leva les yeux bien au-dessus de la tour de pierre ciselée. A part un nuage poussif, il n'y avait que du bleu. Il fit mine de nouveau de rentrer dans la cathédrale.

- Je... lançais-je d'un voix forte, comme on jette une bouée très loin.

Le couple stoppa. Il me tournait le dos. Je voyais les épaules du mari qui tombaient, accablées.

- Je vous assure que je suis sincère. D'ailleurs, ce serait trop bête que vous ne la rencontriez pas... C'est quand même exceptionnel de trouver son sosie.

La femme tourna la tête vers moi. Elle semblait intriguée.

- Un sosie ? Elle me ressemble à ce point ?

Je levais les yeux vers le ciel. Le nuage globuleux n'avait pratiquement pas bougé.

- Troublant... fis-je, laconique.

Elle murmura quelque chose à son mari qui secoua la tête. La femme fit un pas vers moi. En plus d'être bleus, ses yeux s'étaient teintés de curiosité. Elle ouvrit la bouche mais les mots ne sortirent pas, alors elle arrangea ses lèvres en un sourire gêné.

Je voulais que ce soit elle qui me le demande...

- Vous lui ressemblez de façon étonnante... rajoutai-je d'une voix qui traînait comme un hameçon au fil de l'eau.

Elle ouvrit la gueule pour le happer. Elle se racla d'abord longuement la gorge.

- Je... raheum... je serais effectivement curieuse de rencontrer mon sosie mais...

L'homme s'impatienta.

- Bon, Gaëlle, tu viens, oui ?

- Gaëlle ?!!! Non c'est impossible...

La femme me regarda en fronçant les sourcils.

- Gaëlle... m'exclamais-je. Mais Gaëlle, c'est également son prénom.

En plus d'être bleus et curieux, ses yeux s'écarquillèrent comme des soucoupes.

- Il faut absolument que je la voie ! ajouta-t-elle en jubilant.

- Malheureusement, elle n'est pas ici. Une autre fois peut-être.

J'avais pris un ton désolé avec tant de sincérité que j'avais envie de me croire.

- Attendez, attendez, me fit Gaëlle. Tenez, voici mes coordonnées. Dites à votre amie de m'appeler.

Tout en disant cela, elle avait sorti son portefeuille et en avait extrait une petite carte de visite au nom de monsieur et madame. Je la pris et la rangeai avec soin.

- Promis, je lui remettrai. Je suis sûr qu'elle aura, elle aussi très envie de vous rencontrer. Je...

- Oui ?

- Si je ne craignais pas d'abuser, je vous demanderais une photo... juste une photo toute simple... pour lui montrer... genre photo d'identité...

- Ce serait volontiers mais...

Elle s'arrêta au milieu de sa phrase, leva un doigt vers dieu - ou vers le nuage - et elle fouilla de nouveau son portefeuille pour en extraire une carte avec une photo qu'elle dégrafa et me la tendit.

- C'est ma carte de membre du club de fitness. Je ne m'en sers jamais. La photo date de quelques années mais bon...

Je regardai la photo. Les bords étaient déchirés mais on reconnaissait bien la jeune femme malgré sa coiffure différente.

- C'est parfait, fis-je. Et vraiment étonnant ! Avec cette coiffure, vous lui ressemblez encore plus.

- Décidément, vous m'intriguez...

Son mari la pressait de prendre le large. Je les laissai partir sur un sourire et une promesse de garder le contact. Puis je regardai ma montre. J'avais encore pas mal de temps avant mes rendez-vous de ce soir. Barbara sera à l'heure, j'espère. Quant au couple Jean-Jacques et Christine, je savais que je pouvais compter sur eux.

Dans un autre magasin de souvenirs, je fis l'acquisition d'un coupe-papier identique au précédent.

- Je vous fais un paquet cadeau me demanda le vendeur.

- Non merci, c'est pour consommer tout de suite...

Le type me regarda bizarrement puis, comme je lui adressai un sourire angélique, il comprit que je plaisantais et me remit l'objet.

7

Le ciel prenait lentement la teinte de l'acier. J'étais assis à la terrasse d'un café, sur une place aménagée en zone piétonne. Au milieu de la rue se dressait une monumentale fontaine de pierre blanche ; monumentale et désaffectée. Les bacs à eau servaient de bacs à plantes où fleurissaient des bouquets multicolores et quelques canettes de bière.

Barbara fut la première à arriver. Je faillis ne pas la reconnaître. Elle avait troqué sa veste de tailleur contre une robe d'été qui découvrait largement ses épaules. Elle avait également changé de coiffure et ses cheveux se répandaient en une résille mousseuse ; un piège pour les rayons de soleil. Si je n'avais pas eu d'autres projets, j'aurais tout fait pour la séduire.

Elle se montra contrariée lorsque je lui appris que des amis nous rejoindraient pour boire l'apéritif. Je lui assurai que cela ne prendrait que quelques minutes et que, ensuite, elle serait mon guide privé et que je serai son client exclusif. Elle se mit à rire. Elle était de plus en plus jolie. C'était vraiment dommage que je n'aie pas eu envie de la baiser.

Le couple arriva à ce moment-là. Jean-Jacques était excité comme un beauf' en vacances. Il nous raconta sa journée. Plus exactement, il la raconta à Barbara car, dès que je la lui eus présenté, il sembla nous oublier, sa femme et moi. Comme Barbara était très affable, elle feignait de s'y intéresser et le pauvre type s'emballait. Christine et moi échangeâmes quelques banalités. Elle était très différente de Barbara mais tout aussi désirable ; à condition, bien sûr, d'être sensible à ce genre de désir.

Au bout de quelque temps, je rappelai à Barbara un projet imaginaire censé nous obliger à prendre congé. Elle me regarda avec gratitude, comme si j'arrachais une sangsue collée à son cerveau. Jean-Jacques protesta ainsi que je l'avais prévu. Les beaufs sont si prévisibles que cela gâche presque le plaisir...

- Ah non... vous n'allez pas nous laisser comme ça... pour une fois que nous avons la chance d'avoir quelqu'un qui connaît la ville.

- Vous savez, s'excusa Barbara, je ne suis qu'étudiante et je ne connais que très superficiellement.

Jean-Jacques insistait et je me gardais bien d'intervenir. A plusieurs reprises, Barbara tourna un regard implorant vers moi auquel je répondis par un sourire impuissant. Christine restait neutre ; même elle jouait d'instinct le rôle que je lui avais écrit.

Jean-Jacques finit par emporter l'affaire. Barbara se laissa convaincre de nous faire visiter de nuit les vestiges des cryptoportiques gallo-romains.

7

- Résumons-nous, fit le juge d'instruction.

Il se tourna vers son greffier et lui adressa un regard convenu auquel l'autre répondit par un long soupir.

- Résumons-nous, reprit le juge, soupirant à son tour, comme par écho. Vous me dites qu'on vous a offert ce coupe-papier...

Il désigna le coupe-papier à l'Ange qui était posé sur le coin de son bureau, enveloppé dans un sachet et numéroté.

- Je sais... cela peut surprendre... mais c'est comme ça.

Nouvel échange de regard incrédule avec le greffier qui haussa les épaules en ricanant silencieusement.

- Et pourquoi vous aurait-on offert ce coupe-papier ?

Gaëlle paraissait abattue. Son visage était défait. Les yeux semblaient ronger lentement le fond des orbites. A côté d'elle, son mari, assis, les mains serrées entre ses cuisses, se réfugiait dans un état voisin de la prostration.

- L'homme m'a affirmé que j'étais le sosie d'une de ses amies.

- Vous connaissiez cet homme ?

- Il nous a juste dit qu'on pouvait l'appeler Henri.

Le juge toussa.

- Comment cela que vous "pouviez" l'appeler Henri ? Il s'appelait Henri ou pas ?

Gaëlle haussa les épaules qui retombèrent, accentuant encore son air abattu.

- Cela suffit, maintenant, fit le juge d'une voix rogue. Je vais vous dire ce qui s'est passé, moi.

D'un geste du bras, il anticipa la protestation de Gaëlle.

- Vous aviez rendez-vous avec le couple de lyonnais et la jeune hollandaise. Et on ne va pas s'enfermer en pleine nuit dans des cryptoportiques gallo-romains pour faire du tourisme... La partie fine aura mal tourné... D'ailleurs les vêtements de la jeune hollandaise étaient déchirés, comme si elle s'était débattue. Tout cela est très clair.

- Mais nous ne sommes jamais allés là et nous ne connaissions pas ces personnes.

- Il suffit, j'ai dit ! aboya le juge. Vous ne les connaissiez pas mais eux avaient votre carte de visite et une photo de vous. Ne me dites pas que ça ne sent pas le rendez-vous partouzard, ça ?

Il se tourna aussitôt vers le greffier et bredouilla :

- N'inscrivez pas "partouzard"... juste "rendez-vous".

L'autre opina. Gaëlle reprit.

- C'est l'homme qui...

- Arrêtez avec cet homme ! Vous savez bien qu'il n'existe pas.

Le clavier du traitement de texte du greffier crépitait avec la fatalité de la pluie qui s'abat.

- Votre mari s'en prend à la jeune étudiante qui se débat. Les choses tournent mal. Il essaye de lui faire peur avec ce qu'il a sous la main, un coupe-papier acheté dans une des nombreuses boutiques de souvenirs ; probablement celui où vous avez acheté le coffret dégustation de champagne. D'ailleurs, un des commerçants se souvient qu'un homme - même s'il est incapable de l'identifier - lui a acheté un coffret et un coupe-papier. Maladresse, colère, volonté de tuer ? Il plante la lame dans le ventre de la fille. L'autre couple prend peur et menace de les dénoncer. Les témoins gênants sont impitoyablement éliminés.

- Mais ça ne tient pas debout ! hurla Gaëlle avant de s'effondrer en larmes.

7

Aujourd'hui, visite du Louvre. Je me suis glissé dans un groupe de touristes écoutant avec attention les commentaires d'un jeune homme aux allures efféminées et au charme duquel je ne serais pas insensible si je n'avais des affaires plus importantes à mener.

La Joconde m'adresse un sourire angélique...

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