Le Trou du Diable
On disait d'elle que c'était une sorcière. On disait d'elle qu'elle séduisait les hommes, les femmes et même pire. On disait qu'elle les égorgeait pour se saouler de leur sang et se nourrir de leurs entrailles. On disait qu'elle se transformait la nuit en monstre hideux et parcourait le monde en quête de proies innocentes. On disait qu'elle pouvait se dédoubler ; qu'elle pouvait voler, nager sans respirer, mourir et puis renaître. On disait qu'elle était née il y a longtemps ; si longtemps qu'elle connaissait l'éternité du passé et qu'elle serait encore là après la fin du monde, lorsque les dernières étoiles se seraient éteintes. On disait, qu'alors, l'Univers entier serait contenu dans l'éclat intense de ses yeux verts et qu'il n'y aurait qu'elle pour résister au néant.
On disait tout cela et bien d'autres choses encore. On disait cela et c'était probablement vrai puisque personne n'en savait rien.
Allyssia Blacksmith était propriétaire d'un hôtel particulier dans le quartier du Marais. Elle n'en occupait que le troisième et dernier étage dont les volets restaient clos en permanence.
Hadrien Trumeau et son chat, un vieux matou aux poils roux logeaient juste au-dessous, dans un trois-pièces avec vue sur cour. Ils étaient les plus anciens occupants. Les autres ne restaient guère, à cause de la réputation démoniaque de leur propriétaire. Hadrien Trumeau vivait sa retraite au rythme des allées et venues des colocataires.
Personne ne remarquait, derrière le rideau de coton blanc cassé, la silhouette d'Hadrien Trumeau tenant son chat dans les bras. Il regardait ses voisins, simplement, comme on regarde des poissons rouges dans un aquarium. Il les voyait arriver, vivre quelque temps, puis repartir. Hadrien Trumeau était au courant des rumeurs qui couraient sur Allyssia Blacksmith mais il n'y attachait que peu de crédibilité.
Les sorties d'Hadrien Trumeau se limitaient au strict nécessaire. Le soir venu, Hadrien Trumeau fermait ses volets, s'installait dans son lit et s'endormait après avoir lu le roman feuilleton insipide publié par son quotidien. Le chat, Hector, se roulait en boule au pied de la courtepointe et ne fermait les yeux que lorsque son maître était lui-même endormi.
Allyssia Blacksmith poussa un long bâillement et s'étira. Elle regarda l'heure à la pendule murale : vingt et une heures. Elle rejeta les draps et passa d'interminables minutes à gémir et à étirer ses muscles en se caressant contre les draps de soie noire. Le chien qui dormait au pied du lit dressa l'oreille et vint, à son appel, la rejoindre. Le molosse, malgré sa taille, avait une démarche souple et il sauta sur le lit avec élégance. Il s'allongea contre elle et donna un coup de langue sur le visage, comme pour la débarrasser des bribes de sommeil accrochées à son regard émeraude. Allyssia poussa un nouveau gémissement de plaisir, flatta le chien avec le plat de la main puis ordonna d'un ton sec :
- Allez, le chien, en bas !
Aussitôt, le molosse obéit et quitta la chambre.
Par les volets fermés, la Lune infiltrait quelques rayons voyeurs. Allyssia était vêtue d'une combinaison de latex si fine que l'on devinait au travers l'emplacement de ses grains de beauté. La pointe des seins faisait saillie et le faible relief de l'aréole était marqué. Le nombril était dessiné et, bien sûr, son sexe était moulé avec une fidélité parfaite. On aurait pu voir sa toison si le pubis d'Allyssia n'était pas aussi lisse que celui d'une fillette. La combinaison épousait jusqu'à la forme de ses orteils. Sa tête était prise dans une cagoule étroite. Elle aimait cette matière qui retenait sa chaleur et lui donnait l'allure d'une créature futuriste. Ainsi habillée, elle était décemment nue.
Allyssia alla, comme chaque soir, saluer son miroir. Elle se campa devant lui et prit différentes poses qui mettaient en valeur ses seins, la longueur de ses jambes, la cambrure de ses reins et l'harmonie parfaite de son corps. Elle s'adressa un sourire satisfait. Le temps n'avait décidément aucun effet sur elle. L'éternité ne parvenait pas à donner une ride au latex.
Elle enfila ensuite des bottes rouges étroites à talons aiguille en acier brillant. Elle se fit une ceinture d'une chaîne à larges maillons dont l'extrémité libre pendait le long de sa cuisse. Elle fixa autour de ses poignets et de son cou des bracelets de cuir portant des clous à tête carrée.
Elle rappela son chien qui vint se frotter à elle. Elle s'accroupit devant lui, le prit par le cou et lui parla longuement. Le chien poussait de petites plaintes impatientes. Elle approcha une boîte d'acajou qu'elle ouvrit. L'écrin contenait des faux crocs en métal, brillants comme de l'argent, longs et effilés comme des poignards. Elle les fixa sur les dents du molosse. Les crocs étaient placés de telle façon qu'ils dépassaient de la gueule quand celle-ci était fermée et se chevauchaient sans se heurter ni blesser les babines.
La jeune femme posa une ample cape de velours pourpre sur ses épaules et rabattit la capuche sur sa tête. Accompagnée de son Cerbère, elle s'avança vers la porte de son ascenseur privé. La porte s'effaça sans bruit pour laisser entrer le couple. La nuit se fit lorsque la porte se referma.
Le lendemain matin, Hadrien Trumeau fut réveillé par le bulletin météo que diffusait son radioréveil. Il s'étira doucement pour réchauffer ses articulations dévorées, chaque nuit un peu plus, par les rhumatismes et la vieillesse. Hector le chat, allongea ses pattes, griffes dehors et bâilla généreusement. Hadrien Trumeau l'appela par un bruit de succion et le chat vint ronronner contre sa joue.
Hadrien Trumeau le poussa hors du lit et posa les pieds dans ses pantoufles. Il se gratta longuement l'intérieur des cuisses en soupirant puis se redressa d'un coup, comme pour prendre ses douleurs de vitesse. Il traîna ses savates jusqu'à la cuisine où il confectionna deux petits déjeuners, un pour lui et un autre pour Hector. La journée d'Hadrien Trumeau commençait, identique à la précédente et sans doute à la suivante.
Après s'être habillé de son éternel gilet de laine beige, il était sorti. Dans la cour, Hadrien Trumeau s'était retourné pour regarder vers sa fenêtre. Il avait reconnu la silhouette d'Hector et était reparti, confiant.
Chez le marchand de journaux, il prit son quotidien habituel. Sur la première page, il y avait une photo et un titre parlant d'une soirée qui avait mal tourné dans un club privé, mettant en cause "des personnalités dont l'identité ne peut être révélée à ce stade de l'enquête" (sic).
Comme il rentrait, il fut frôlé par la voiture noire d'Allyssia Blacksmith qui regagnait son garage.
Allyssia arriva dans son appartement, toujours escortée de son chien, sa cape de velours sur le bras. Sa combinaison portait une longue estafilade sur le côté droit, allant de la limite des côtes jusqu'à la cuisse. Elle ne portait plus sa ceinture ni ses bracelets.
La jeune femme paraissait essoufflée. Le chien n'était pas à l'aise non plus, il grognait, babines retroussées, et le peu de lumière qui entrait dans la pièce faisait étinceler ses crocs.
Allyssia s'approcha du bar, se servit un long trait de vodka qu'elle avala cul-sec. Ses yeux étaient brillants sans qu'on puisse en attribuer la raison à la fatigue, à la colère ou à l'alcool. Elle se déplaçait dans la pièce, nerveusement, pétrissant sans patience ses mains gantées. Le chien était assis, haletant, la tête haute, les crocs menaçants, grondant de façon sourde.
Allyssia s'accroupit devant lui, passant la main sous son menton pour le gratter et l'apaiser. Elle murmurait :
- Qu'as-tu fait ? Qu'est-ce qui t'a pris ? Pourquoi cette folie ? Ils ont failli te tuer et moi... et moi, je ne serai plus rien... Cerbère, sans toi qui me gardes, sans toi qui veilles sur mon âme. Regarde déjà cette longue marque sur ma peau. Comme la première flétrissure du temps, comme un avant goût de la mort, comme une faille dans l'éternité où je vais lentement m'abîmer...
Le téléphone la fit sursauter.
- Oui Maître, mes respects ... Non, je vous assure, je n'ai rien pu faire ... Oui, maître ... c'est de ma faute, Maître ... je n'aurais jamais dû sortir avec Cerbère, hier soir ... Je le regrette, Maître ... Oui, je serai châtiée s'il arrive du mal à Cerbère ... je vous rendrai mon âme, si je le dois... Je... Oui, Maître, je vous obéis ... Je suis votre esclave ... je suis la chienne de votre chien...
Elle se posta au milieu de la pièce, les bras croisés, le combiné coincé contre son épaule. Allyssia écoutait la voix à l'autre bout. Elle se mit à genoux, les mains dans le dos, immobile.
Le chien était face à elle, en position de sphinx. Allyssia tressaillit et poussa un petit gémissement, puis un autre. Elle courbait le dos, subissant les coups d'une cravache invisible. La combinaison de latex ne se fendit pas, pourtant des lignes rouges apparurent, brillantes et sanglantes. Allyssia ne lâchait pas le combiné. Bientôt son dos fut aussi ridé que le front d'une vieille. Ses mains étaient jointes, les doigts retenus entrelacés par une force qui dépassait sa volonté. Ses ongles, malgré le latex, lui rentraient dans la chair. Elle se mordait les lèvres pour ne pas crier. La scène dura infiniment longtemps. Elle murmura "merci, Maître" puis s'effondra, en pleurs.
Le chien vint lécher son dos. Il portait encore ses canines en forme de sabre mais procédait avec attention et douceur. La jeune femme se détendit, prenant un certain plaisir aux caresses du chien. Elle se mit sur le dos et le laissa continuer de guérir des plaies imaginaires. De ses grands yeux verts coulaient des larmes d'émeraudes liquoreuses dont le molosse s'enivrait. La salive du chien avait ôté les marques. La longue estafilade avait disparu également.
Hadrien Trumeau paraissait nerveux. Assis à la table de sa salle à manger, il avait déplié le journal. Il ne pouvait s'empêcher de chercher un lien entre le drame et le retour tardif de sa propriétaire.
Son attention fut attirée par un remue-ménage dans la cour. Il s'approcha de la fenêtre. Hector le suivit. Deux cars et une voiture de police étaient garés en bas, gyrophares en action. Des flics en uniformes en sortaient et se déployaient. Le bruit de leurs pas résonna bientôt dans les escaliers. On frappa à la porte. Hadrien Trumeau ouvrit et un agent passa la tête.
- Vous êtes seul ? il demanda.
- Oui, fit Hadrien Trumeau. A part Hector, mon chat.
- Parfait, fit le type, alors fermez votre porte à clé.
Hadrien Trumeau promit de se conformer aux consignes. Il repoussa la porte, donna un double tour de clé et tira le verrou. Il resta debout derrière la porte d'où il n'entendait que des pas qui montaient et d'autres, plus rapides qui redescendaient. Il ne parvenait à saisir que quelques ordres hurlés qui émergeaient du vacarme ambiant. Il comprit qu'on essayait d'enfoncer la porte. Presque aussitôt, il entendit des piétinements au-dessus. Les allées et venues durèrent quelques minutes puis l'appartement se vida et tous les policiers s'écoulèrent dans l'escalier, comme lorsqu'un évier se débouche d'un coup. Hadrien Trumeau s'approcha de la fenêtre où l'attendait Hector.
Les policiers remontaient dans leurs voitures, à l'exception de deux types laissés là pour surveiller. Allyssia n'était pas avec eux.
Hector détourna brutalement son regard, comme s'il avait décelé une présence. Hadrien Trumeau posa sa main sur son échine, pour le calmer, puis se tourna. Allyssia se tenait devant lui, vêtue de sa simple combinaison de latex, sa main passée dans le collier du molosse. Hadrien Trumeau eut un mouvement de recul. Sa bouche s'ouvrit sur une exclamation muette.
- N'ayez pas peur, fit Allyssia d'une voix calme. N'ayez pas peur... je ne vous veux pas de mal...
- Qui... qui êtes-vous ? bredouilla Hadrien. Comment êtes-vous entrée ?
- Mais je suis Allyssia Blacksmith, votre propriétaire...
- Je sais, je sais... mais je voulais dire... enfin.... qui êtes-vous vraiment ? Que signifie votre présence ici et pourquoi la police est-elle là ?
Allyssia s'approcha à son tour de la fenêtre, mais en se tenant sur le côté afin qu'on ne la voie pas.
Hadrien Trumeau remarqua ses yeux extraordinairement verts, posés comme deux gemmes sur un mannequin d'ébène.
- Vous êtes là depuis longtemps ? La police n'était pas chez vous ?
Allyssia ne détournait pas les yeux du spectacle qui se déroulait dans la cour. Elle parlait d'une voix monocorde. Bien qu'elle fut très moulante, sa cagoule d'un noir uniforme dissimulait en partie les mouvements de son visage et sa voix paraissait sortir d'un masque figé.
- Peu importe comment j'ai échappé aux policiers. Et peu importe comment je suis arrivée chez vous. Ce qui m'importe, c'est mon chien...
- C'est une belle bête, fit Hadrien Trumeau. Et sans doute moins méchante qu'elle n'en a l'air... je ne l'entends jamais aboyer.
Allyssia haussa les épaules et adressa un regard méprisant à Hadrien.
- Un homme a essayé de m'agresser, cette nuit (machinalement, elle montra l'emplacement où sa combinaison avait été déchirée). J'ai jeté le chien sur lui... Il l'a mis en pièces... et il l'a dévoré.
Hadrien Trumeau la regardait avec des yeux horrifiés et se tourna vers le chien en serrant très fort contre lui son vieil Hector. Il prit le journal et commença :
- Ils parlent pourtant de plusieurs victimes.
- Ils auraient pu parler de véritable carnage s'ils n'avaient pas eu peur de semer la panique. D'autres personnes ont voulu intervenir... le chien leur a sauté à la gorge. La bête était devenue folle. Quiconque s'approchait de moi était condamné... Ses babines étaient ruisselantes de sang. Son pelage était brillant, gras et chaud. L'éclairage faible du lieu donnait aux plaques de sang des reflets de mort dorée et...
Allyssia fut interrompue par les sirènes des voitures de police quittant la cour. Hadrien Trumeau observa leur départ.
Allyssia vint se coller dans son dos. Hadrien Trumeau sentit la chaleur de son souffle qui frôlait les cheveux fins de sa nuque et reprit :
- Je ne sais pas combien de temps cela a duré... mais cela m'a paru abominablement long. Il y avait moi, d'un côté... Et puis, de l'autre, cette foule de gens à moitié ivre qui voulaient nous lyncher, le chien et moi. Le chien me protégeait avec la même efficacité que Cerbère gardant les Enfers mais à mes pieds, c'était un Styx de sang qui coulait...
Hadrien Trumeau se retourna et la prit dans ses bras comme une enfant qu'on veut consoler. Il tapotait son dos en murmurant des mots d'apaisement.
- Il faut que vous m'aidiez. S'ils prennent mon chien, je ne suis plus rien.
La voix d'Allyssia s'était faite implorante.
- Qu'est-ce que je peux faire, moi ? vous êtes recherchée par la police... je n'ai pas le droit de... Et puis... j'aime beaucoup les animaux moi-même mais il n'est pas prudent de garder un tel...
- Monsieur Trumeau, coupa Allyssia. je ferai ce que vous voudrez...
Elle s'était collée à lui, plaçant sa cuisse contre le ventre d'Hadrien qui, troublé, s'écarta vivement.
- Allons... vous n'y pensez pas... il faut vous rendre à la police... vous êtes sans doute assurée pour les dégâts que peut provoquer votre animal et...
Allyssia éclata d'un rire qui effraya Hadrien Trumeau. Hector se mit à feuler et sauta dans les bras de son maître. La bestiole tremblait de peur et Cerbère se mit à gronder. Allyssia se reprit immédiatement.
- Excusez-moi... vous ne pouvez pas comprendre...
Hadrien Trumeau s'apprêtait à parler mais Allyssia lui coupa la parole.
- Avez-vous quelque chose à boire ? De l'eau, juste de l'eau...
Hadrien attrapa la maxi bouteille pour remplir un verre mais Allyssia la lui prit des mains et but d'un trait le contenu.
Elle avait bu avec tant de hâte que de l'eau avait coulé hors de sa bouche et ruisselait en fines rigoles sur sa combinaison. Hadrien s'empressa de prendre une serviette pour essuyer. Dès qu'il effleura le latex, il vit Allyssia se raidir. Il eut la sensation étrange que la combinaison était sa peau et qu'il la caressait. Il ôta sa main mais celle d'Allyssia se posa avec vigueur sur son poignet et le ramena contre sa gorge.
D'un mouvement lent qui dénonçait sa gêne et son trouble, Hadrien essuya la peau de caoutchouc. Il y avait si longtemps qu'Hadrien n'avait pas touché le corps d'une femme, qu'il en avait oublié le plaisir que provoque le frémissement d'une peau sous la caresse. Il laissa sa main descendre un peu... goûtant à la courbe du sein naissant.
- J'ai besoin de votre aide, murmura Allyssia immobile.
Hadrien laissa tomber la serviette et empauma le sein avec frénésie. Sa respiration était devenue plus lourde. Son regard était rivé au corps nu d'Allyssia. Il s'approcha d'elle et la prit par la taille, lui brisant les reins. Allyssia laissa tomber sa tête en arrière, en signe d'abandon. Hadrien Trumeau commença à l'embrasser... sa bouche cherchait celle de la jeune femme qui murmurait de timides encouragements... La langue d'Hadrien dessina lentement les lèvres d'Allyssia qui s'écartèrent comme des pétales de rose sous le baiser du matin... sa langue fouilla alors la bouche, se frottant à celle d'Allyssia dans une danse reptilienne... souffles chauds qui se confondent, salives qui se noient... les mains d'Hadrien Trumeau couraient sur le corps de la femme. Il ne sentait pas la combinaison mais la peau, chaude et tremblante d'une femme.
- Hadrien... vite... envie de vous sentir en moi...
D'une main sûre, elle dégrafa le pantalon, fouilla avec délicatesse et dextérité le slip d'Hadrien. Elle poussa un soupir de contentement en sentant sous ses doigts la queue raide. Elle la caressa encore, pour en savourer la dimension et le volume, puis se glissa plus bas, empoignant les couilles, les faisant rouler sous ses doigts et les serrant jusqu'à ce qu'Hadrien lâche un cri de douleur mâtiné de plaisir.
Pendant qu'elle l'excitait ainsi, Hadrien avait posé sa main sur le ventre lisse... il ne s'était pas étonné que la combinaison transpire de foutrine... Il ne s'était pas non plus étonné que son doigt pénètre entre les lèvres gonflées sans rencontrer la résistance du caoutchouc. La jeune femme n'avait d'autre peau que celle-là. Il caressa l'intérieur du ventre... profondément... sentant autour de son doigt, le vagin qui se resserrait en ondes régulières, pour l'aspirer, lui... au plus profond d'elle...
Le chat semblait veiller sur eux avec défiance. Le chien s'était couché, impassible.
Allyssia sortit le sexe d'Hadrien et se mit à genoux pour le prendre dans sa bouche... Hadrien se laissait faire en râlant comme un vieux cerf. La langue glissait le long de la hampe et dessinait des volutes infinies autour du gland, pendant que la main, curieuse, continuait de jouer avec la peau des couilles devenues dures et grosses, s'insinuant même jusqu'à la pastille de l'anus qu'elle menaçait de défoncer.
- Oh non, pas ça, protesta Hadrien sans rien faire pour l'en empêcher.
Allyssia continuait d'agacer le sexe de l'homme, posant sa langue sur le méat. Puis elle l'attira vers elle, sur le sol de la cuisine. Elle le déshabilla avec fureur...
- Hadrien, feulait Allyssia. Hadrien.. vite... foutez-moi...
Disant cela, elle se tourna, à quatre pattes, offrant son cul. Hadrien s'approcha d'elle, guida sa queue vers la fente aux lèvres turgides. Lorsqu'elle sentit le gland affleurer sa chatte, Allyssia protesta.
- Non ! pas ainsi... pas comme une femelle... foutez-moi comme une vulgaire chienne. Par le trou du diable.
- Vous voulez dire...?
- Enculez-moi, Hadrien ! ordonna-t-elle
Hadrien Trumeau hésita puis... l'encula.
Allyssia poussa un oui en forme de râle et Hadrien Trumeau, prenant de l'assurance, s'agrippa aux hanches et commença à la besogner avec rudesse.
Les seins d'Allyssia, bien que de taille modeste, ballaient sous elle, agités par les coups de boutoir de l'homme. Il avait défoncé son cul sans avoir senti le latex se déchirer ; de la même façon que lorsqu'il avait doigté son sexe. Pourtant, là, il ressentait une étrange chaleur, comme si le latex se collait à lui. Mais Hadrien Trumeau était trop troublé et trop affairé à foutre pour réaliser ce qui se passait. En se mordant les lèvres, il sentait la jouissance monter en lui... Le corps d'Allyssia, sous lui, semblait pâlir tout en se fripant. La jeune femme ahanait des encouragements obscènes qui, à la fois, choquaient et excitaient Hadrien. Il la traitait de pute, de salope mais c'est lui-même qu'il injuriait. C'est à lui qu'il reprochait d'agir comme un animal.
Le corps d'Allyssia était maintenant si clair que les mains d'Hadrien, qui ne l'avaient pas lâché et s'agrippaient aux hanches comme un mourant à son dernier râle, paraissaient noires.
Les mains d'Hadrien avaient la noirceur du latex et Allyssia avait recouvré une peau normale ; hormis qu'elle était fripée comme un vieillard et couverte de poils gris hirsutes.
Hadrien poussa un ultime han au moment où il abandonnait ses perles de vie dans le trou du diable et tous deux s'écroulèrent sur le carrelage, épuisés.
Hector se mit à miauler longuement et le chien le regarda méchamment.
Allyssia se dégagea du corps inerte d'Hadrien et se releva. Ses yeux avaient gardé le même éclat vert mais le corps avait changé... totalement. Elle était nue, d'une nudité flasque et indécente de vieillard. Elle s'empara des vêtements d'Hadrien Trumeau.
Lorsqu'il reprit conscience, Hadrien Trumeau leva la tête et poussa un juron.
- Nom de dieu !
Allyssia se mit à rire d'une voix chevrotante. Hadrien Trumeau se redressa lentement. Il ne quittait pas Allyssia des yeux. Elle fit, d'une voix douloureusement calme :
- Dieu n'est peut-être pas à invoquer ici...
- Mais, fit Hadrien qui avait toutes les peines du monde à articuler un mot. Mais qui êtes vous ? vous êtes moi ?...
- Je suis vous... si l'on veut... disons que j'ai échangé votre corps contre le mien en copulant par le trou du diable, la porte interdite. J'ai également échangé la couleur de nos âmes. Mais ce n'est qu'une simple apparence. Vous êtes toujours le minable et insignifiant Hadrien Trumeau dans le corps de la - j'ose le dire - ravissante Allyssia Blacksmith.
Les yeux d'Hadrien Trumeau s'écarquillèrent. Aussitôt, il regarda ses mains... constata qu'elles étaient recouvertes de latex. Il voulut se défaire de cette enveloppe mais, à chaque fois qu'il tirait sur la combinaison, il avait la sensation de pincer sa propre peau. Il réalisa que la combinaison reproduisait même les seins et le sexe d'Allyssia. Il la regarda qui riait.
- Alors, fit-elle enjouée. Quel effet cela fait-il d'être une jolie femme ?
Hadrien Trumeau porta sa main à son entrejambe, cherchant, à travers la combinaison, la bosse de son sexe. Il manqua de défaillir, lorsque, au lieu de palper ses attributs virils, son doigts s'enfonça entre les lèvres.
- Allons, fit Allyssia jouant les offusquées. Un peu de pudeur ! vous n'allez pas faire "ça" devant un homme de mon âge.
Désemparé, Hadrien Trumeau se dirigea vers Hector qui fila se réfugier sur les genoux d'Allyssia. Aussitôt, le chien se leva, sauta sur le chat et le cou du félin craqua de façon lugubre.
Pris de panique, Hadrien Trumeau sortit de l'appartement, habillé du corps d'Allyssia. Il traversa la cour à toute vitesse et ne répondit pas aux sommations des policiers. L'un d'eux tira. La détonation fut couverte par le bruit de la foudre qui s'abattit sur Hadrien Trumeau, le tuant net.
Les colocataires formèrent un attroupement autour du cadavre supposé d'Allyssia Blacksmith. L'un d'eux s'étonna de ce que la foudre ait touché quelqu'un censé être isolé du sol par le caoutchouc. Un autre remarqua que c'était rare, un éclair sans le moindre nuage dans le ciel.
Le téléphone sonna dans l'appartement d'Hadrien Trumeau.
- Oui Maître... Oui, je pense qu'ils ne vont pas chercher plus loin... je suis désolée de ce qui s'est passé. Quand pourrais-je retrouver le corps d'Allyssia ? oui... je sais... je serai patiente... je quitterai cette ville, Maître... dans quelque temps... lorsque vous me jugerez digne de retrouver mon corps et mon âme noire... je me sens si vulnérable dans cette enveloppe de chair... Oui, bien sûr Maître, que je sais comment retrouver la noirceur de mon âme... Cerbère sera votre interprète et, par le trou du diable, il m'emplira de nouveau de vos Ténèbres. J'attendrais qu'il m'accepte et me désire. Je vous respecte Maître...
Hadrien Trumeau raccrocha le téléphone et s'approcha de Cerbère qui semblait le regarder avec mépris. Il passa les mains entre les cuisses de l'animal, empaumant doucement les testicules qui contenaient en germe les espoirs de l'âme noire d'Allyssia. Sous l'effet de la caresse, le chien se mit à bander. Hadrien Trumeau se mordit les lèvres en songeant aux humiliations répétées qu'il allait devoir subir de la part du chien.
De sa fenêtre, un chat mort sur les bras, la silhouette d'Hadrien Trumeau observait la scène. Seuls ses yeux avaient changé. Mais qui avait jamais prêté attention à la couleur des yeux d'Hadrien Trumeau ?