Les Deux Soeurs

"Il n'est Cité que je préfère à Rheims" déclamais-je en débarquant dans la Ville des Sacres. Je prenais ainsi pour devise ce vers que Monsieur de La Fontaine écrivit à l'époque où lapereaux et belettes de ses célèbres fables n'avaient pas encore supplanté chauds lapins et autres minettes. Le brillant libertin rendait grâce, au travers du conte qui débutait ainsi, à la générosité caline de quelque rhémoise anonyme.

Mon père avait voulu que j'accomplisse là mes humanités plutôt qu'à Paris où, disait-on, les dames coûtaient plus cher en médicaments qu'en vin pour les enivrer. Ma fortune pouvait être évaluée, en comptant généreusement, à une vingtaine de printemps et quelques écus d'argent. C'était assez pour affronter mon vingtième été et la vie citadine.

J'entrais dans la première pension que je trouvais. Elle portait l'enseigne du Coq Hardi. C'était de bon augure car Honoré Baptiste Léonce Saint-Denis Chevalier de Lonqueuil -votre serviteur- était bien décidé à tâter de la géline au cours de son séjour.

La salle était presque vide et, d'emblée, je louais Monsieur de La Fontaine: ma première rhémoise était digne de sa publicité. Elle ne paraissait guère plus de seize ans. Son visage blanc et rond était éclairé par de magnifiques yeux de porcelaine. Elle était vêtue d'une jupe de toile épaisse sous laquelle, en raison de la chaleur, je supposais les plus infernales transpirations. Son buste était maintenu par un corset aimablement décolleté où affleuraient, derrière la dentelle frustre d'un corsage, deux pommes de chair rose.

Elle s'approcha de moi pour prendre la commande. La plus urgente de mes soifs ne réclamait qu'un pichet de vin! Elle se pencha pour frotter avec énergie la table qu'un client précédent avait souillée. Grâce soit rendue à ce malpropre inconnu car, pendant qu'elle s'escrimait sur la tache en tempêtant contre le sagouin, je pus contempler avec ravissement les jeunes mammelles qui dansaient le branle sous leur cotillon; menaçant à chaque instant d'en jaillir. Je ne pus réprimer un soupir en découvrant l'aréole rose du tétin. La bougresse s'en aperçut, qui rajusta sa mise en souriant.

-Avez-vous des chambres, lui demandais-je. Je suis gentilhomme et je viens faire mes humanités dans votre belle ville. Une simple mansarde me suffirait pourvu que la lumière du jour y pénètre.

-C'est que, répondit la pucelle, c'est la grande foire aux draps. La ville est pleine de commerçants venant de Troyes, de Cologne et de Belgique. Nous n'avons plus une chambre.

-Il reste bien la vôtre, rétorquais-je persuadé d'être drôle.

-Ah ça!... Etes-vous intéressé par l'université ou par mon académie?

-Ma foi.... répondis-je amusé.

...et à court d'arguments! La donzelle ne manquait pas d'esprit et ma belle assurance s'en trouvait quelque peu ébranlée. Pour me composer un personnage, je me renversais sur ma chaise en allongeant mes jambes bottées et portais la main à mon menton en signe de réflexion. J'espérais, en la dévisageant à la manière d'un maquignon, lui faire comprendre que le Chevalier de Lonqueuil n'était pas homme à se laisser moucher par le premier cotillon venu. J'avais oublié que j'étais sur une escabelle! Aucun dossier ne vint à ma rencontre lorsque je basculais en arrière.

La gredine partit d'un immense éclat de rire. L'aubergiste accourut, tenant à la main le tranchoir à la main avec lequel il préparait quelque cochonnaille pour le dîner. Je protégeais mon front contre l'assaut du couteau. Comprenant ma méprise, les deux -le père et la fille- se rejoignirent dans une hilarité des plus vexantes.

L'homme m'aida à me relever. Dans l'aventure, le pichet s'était renversé et ma chemise saignait d'une vinasse tiède.

"Il n'est Cité que j'abhorre plus que Rheims" grommelais-je en proie à la plus désespérée des colères. J'allais fuir le théâtre de mon humiliation lorsque l'homme avisa mon paquetage:

-Excusez-nous, Gentilhomme. Ne voyez surtout rien d'insultant dans notre comportement. (il laissa passer une demi-seconde) Je vois que vous êtes étranger. Peut-être cherchez-vous une chambre?

-Oui mais votre...

-C'est exact, coupa-t-il. Nous n'avons plus une chambre vacante mais je voudrais, pour me faire pardonner, vous proposer une solution de remplacement. (la lueur dans l'oeil de la fille aurait dû m'inquiéter) Accepteriez-vous, pour cette nuit seulement et gratuitement... (là encore, si ma naïveté n'avait pas été si grande, j'aurais dû déceler, aux nombres de précautions que l'homme prenait, le traquenard) ... de partager la chambre de Claudine?

Il désigna la jeune fille à ses côtés.

-Que je dorme avec votre... m'étranglai-je.

-Oui, je suis sûr qu'un gentilhomme de votre rang.... D'ailleurs, vous ne trouverez pas d'autre lit dans toute la ville.

Certes, j'étais arrivé avec l'idée de trousser force jupons mais pas ainsi! Je me voyais déjà pris au piège du mariage forcé... C'est cela, j'en étais sûr, la fille était grosse et l'on voulait me repasser le bébé!

Mon trouble était si visible que l'aubergiste, me posant la main sur l'épaule, s'empressa d'apaiser mes angoisses.

-Claudine n'est que l'une de mes deux filles. Elle partage sa chambre avec sa soeur aînée. De cette façon, on ne pourra pas vous accuser d'avoir violenté l'une sans que sa soeur ne devienne aussitôt complice. Vous imaginez la honte qui s'abattrait sur ma famille? Etre mêlé à pareilles turpitudes.... Bbrrr...

Il remua l'échine pour bien me persuader de l'horreur de la chose.

"Après tout," me dis-je. "A-t-on jamais vu un père donner ses filles gratuitement à un gentilhomme? Si l'homme était vénal, il aurait demandé, pour le moins, le prix de la nuitée."

-Soit, j'accepte. Mais je vous dédommagerai et, dès demain, je chercherai une autre chambre.

Ma morale d'alors m'empêchait de concevoir que deux soeurs forniquassent ensemble avec un troisième larron. Si j'avais eu affaire à des cousines, la chose eût été différente et je me serais alors bien gardé d'assurer l'aubergiste de mon chaste comportement. Mais deux soeurs!.. Accouchées d'un même ventre!... Qu'y avait-il à redouter?

Le brave homme me serra la main et nous nous organisâmes comme nous l'avions dit. Rompu par le voyage, je demandais la permission de monter sans attendre le souper.

Le lit était un de ces vieux lits paysans, aussi large que long, sur lequel était posé un unique drap. Je ne perdis pas mon temps en ablutions et, sitôt allongé, Morphée m'enleva.

Je fus réveillé tard dans la nuit par mes colocataires. Une odeur de foin brûlé flottait dans la tiédeur de l'air. Dans un semi-sommeil, je fis la connaissance de Paule. J'écarquillais avec peine mes paupières pour apercevoir la jeune fille que la nuit drapait de son ombre. Elle était plus fine que sa soeur; plus grande aussi. De son bonnet de nuit, dépassait une frange de cheveux d'un noir luisant.

Ainsi dérangée au milieu de son sommeil, ma verge fut prise de l'envie de s'étirer sans même que de malicieuses pensées ne l'y ait incitée. Je me tournais sur le côté afin que l'intempestive ne fasse saillie sous le drap.

Lorsque les deux filles vinrent s'allonger, chacune d'un côté de moi, m'encadrant à la façon des goûters que Lord Sandwich se fait servir, je ne pus empêcher ma verge de confirmer son émoi. La traîtresse me plongeait dans les affres de la honte et je priais Dieu qu'elle ne rencontrât par mégarde le corps de Claudine qui gigotait en tout sens pour trouver sa place. Dans cette position, je tournais le dos à l'aînée des deux soeurs dont je n'avais qu'entrevu le visage. Ses traits étaient fins et droits. Je la supposais très belle et beaucoup plus "femme" que sa soeurette. Cela ne fit qu'accroître mon... émotion.

Paule semblait prête à s'endormir et ne bougeait pas; au contraire de Claudine qui, comme une petite chatte dont on aurait envahi le territoire, continuait en vain à chercher la façon idéale de se pelotonner. Au long de ses remuements, la drôlesse se rapprochait de moi -de plus en plus éveillé! Je m'écartais avec discrétion, à plusieurs reprises, jusqu'à ce que je me sente adossé au corps immobile de Paule. On n'aurait pas pu glisser la lame d'un sabre entre nous. Et Claudine continuait sa lente reptation de vipère! Bientôt elle fut, comme disait Le Prestre de Vauban, "au contact"! Certes, je sentais mon donjon de plus en plus fortifié mais, par là-même, de plus en plus vulnérable.

-Oh Monsieur, qu'est-ce que je sens là? demanda l'ingénue.

J'avalais ma salive à grand peine et me raclais la gorge pour éviter de répondre. La main était là, sûre d'elle, qui au travers de la toile s'était emparée de ma virilité.

-Mademoiselle, je vous en prie... si votre soeur...

J'entendis l'autre derrière moi qui gloussait et réalisai alors le piège que les deux garces m'avaient tendu. Dans l'état d'énervement où elles m'avaient mis, la morale ne pesait plus bien lourd. J'étais vaincu avant d'avoir lutté et, s'il me restait un combat à mener, il était de ceux où tous les participants sortent victorieux.

Me devinant enclin à accepter leurs avances, la plus jeune dit:

-Attention, Monsieur, notre pucelage est notre seul bien. S'il vous plaît, ne nous ruinez pas.

La perspective d'un simulacre de coït assombrit un instant mon plaisir. La gamine s'empressa de préciser:

-Mais par le petit trou, vous pouvez nous foutre autant qu'il vous semblera bon... Ou que vous le pourrez! rajouta-t-elle avec perfidie.

-Tu vas voir drôlesse, de quoi est capable Honoré Baptiste Léonce Saint-Denis Chevalier de Lonqueuil!

-Chevalier de Longuequeue, d'après ce que j'en peux juger. Et quant à être "Honoré", c'est nous qui demandons à l'être, Monseigneur.

Ce disant, elle avait empoigné mon vit à pleine main et le pressait... de relever le défi.

Ayant, dans un récent passé, chevauché une ribaude à cinq reprises, la tâche ne me semblait pas insurmontable. Je calculais que je pouvais chacune les désaltérer deux fois et qu'il me resterait de la ressource pour nourrir une dernière fois la plus gourmande.

Sans me vanter, pour n'être pas maréchal, j'ai le bâton solide et je me promettais de faire regretter aux gueuses de ne m'offrir que le plus étroit de leurs pertuis.

Je restais allongé et attirais en premier Claudine sur moi car Paule m'intimidait un peu. Je ne l'avais jamais vue et, à part un furtif gloussement, je n'avais pas même entendu le son de sa voix. La bougresse se montra moins timorée à mon égard. Je sentis bientôt sa main qui remontait les pans de ma chemise et s'insinuait entre mes jambes jusqu'à venir se caler entre mes fesses. Elle avait des mains de déesse. Sa façon de prendre mes couillons et de les faire rouler sous ses doigts m'emmenait aux anges. Son autre main lissait mon dos. Sa tête était posée au creux de mon cou sur lequel elle déposait des milliers de baisers pendant que sa soeur, toujours vipérine, plantait sa langue dans mon oreille, m'accablant de voluptueuses délices. D'une main, Claudine guidait mes caresses vers ses seins qu'elle ne m'autorisait à quitter que pour fleuretter avec son ventre. De l'autre, elle branlait mon vit avec une insupportable lenteur. Chacune d'une main, les deux soeurs s'occupaient de mon intimité. Par moments, elles échangeaient leur rôle. La main de Claudine glissait jusqu'à mes bourses et celle de Paule s'emparait de la hampe. Claudine, adorablement vicieuse, tenta du bout du doigt de forcer mon anus. J'étais trop jeune alors pour goûter ce plaisir immoral et je lui en refusais stupidement l'accès.

"Le cul d'un homme n'est pas," pensais-je "comme celui d'une femme, fait pour être visité". C'est un des préjugés qui me sont tombés, l'âge venant. Une langue bien drue ou un doigt curieux sont d'indiscutables arguments de plaisir.

Claudine présenta son ventre contre mon sexe. Son con venait narguer mon vit.

-Sens-le bien, disait-elle. Sens comme il est doux.... Mais il n'est pas pour ton joli pinon.

Elle se retourna, la chemise relevée et me présenta son cul. Paule cracha dans sa main, enduisit d'une salive tiède l'extrêmité cramoisie de mon gland puis l'étala avec soin du bout de la langue. Ensuite, elle guida la manoeuvre jusqu'à ce que sa cadette s'empale sur la queue ainsi préparée. Claudine se mit à remuer comme une possédée. Mon plaisir était si intense que je ne pensais pas à caresser Paule. J'avais à peine assez de force pour me cramponner au drap. La bougresse sautait sur moi avec tant de vigueur que je craignais qu'elle ne m'aplatisse comme une galette ou que la boiserie du lit ne s'effondre. Pendant ce temps, l'aînée me faisait subir mille agaceries de ses longs doigts fins.

Vint le moment où je dus abandonner mes humeurs. Claudine et moi poussâmes un même râle. Claudine libéra mon membre que la lutte avait attendri et vint ausitôt à genoux me proposer son petit con à gougnotter.

-C'est pas ta langue qui va gâcher mon petit trésor, m'expliqua-t-elle en accolant ses lèvres ruisselantes à ma bouche.

Aussitôt je me mis en devoir de fourrager à langue que veux-tu le chaton aux moustaches frisées. Elle me tenait les mains pour me priver du plaisir de peloter son petit cul joufflu; ce qui exacerbait mon désir. Elle déchargea une première fois et son foutre ruissela sur mon visage, inondant mes narines d'une troublante odeur poissonnière.

Paule ne me délaissait pas pour autant. Dès que sa cadette se fût désarçonnée, elle s'était précipitée sur mon vit fatigué et s'ingéniait, à douces lappées, à le faire revivre. Il ne fallut pas longtemps pour que les premiers signes de santé se manifestent. Comme un cheval, il donna du col, puis se cabra et bientôt retrouva sa fringance.

Aveuglée par les chairs palpitantes de Claudine, je ne voyais pas mais je sentais, sous les caresses, ma vigueur revenir. Ainsi immobilisé, il m'était impossible de caresser sa soeur ni de participer au plaisir qu'elle prenait. Paule faisait de moi ce qu'elle voulait. J'étais un objet entre ses mains. Bientôt entre ses lèvres. Et peu de temps après, entre ses fesses. Car la pucelle ne laissa guère de répit à mon membre et l'encula dès qu'elle l'en jugeât digne. Elle se tortillait avec plus d'agileté que sa soeur, tout en continuant à me caresser. Je vécus des instants de merveilles, ainsi fiché au fond de son boyau culier. Sa façon de serrer les fesses par petits coups m'amenait vers des sommets de jouissance.

Claudine abandonna une nouvelle cataracte de foutre sur mon visage et, au bord de l'extase, je lâchais le mien dans le cul de son aînée.

Epuisé!

Je n'aurais certainement pas réédité ma passe de cinq cette fois. Avec indulgence, je mis ma fatigue sur le compte du voyage.

Les incestueuses, pourtant, ne semblaient pas repues. Elles tirèrent le drap par dessus elles et continuèrent à manger du gazon pendant une partie de la nuit. Je tentai de m'immiscer dans leurs jeux mais, chaque fois, elles me repoussèrent avec véhémence. Egoïstes de leur plaisir, les deux gousses ne m'autorisèrent même pas au spectacle. Elles se dissimulaient jalousement derrière le drap mystérieux.

Le lendemain, lorsque je m'éveillais, mes deux oiselles avaient déjà pris leur envol. Je descendis à la cuisine où l'aubergiste m'accueillit avec un sourire jovial.

A son "Bien dormi?" je répondais par un courtois "Oui, oui, très bien merci".

J'avisais un jeune homme brun, aux traits réguliers et fins occupé à éplucher des légumes à l'autre bout de la pièce. Mon logeur se tourna vers lui et, d'une voix rogue, brailla:

-Alors Paul?! Tu te dépêches, oui? Tu dors ou quoi? Ta soeur a déjà fini!

L'aubergiste se mit à rire. Claudine pouffa. Et le jeune homme me regarda d'un oeil tendre pendant que le rose gagnait ses joues.

Paul?!!!

Je traversai le Royaume et m'inscrivit à l'université de Montpellier où je devins docteur!

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