L'opération
J'étais en train de lire un de ces étranges récits faits par certains individus qui affirment avoir été morts pendant quelques instants.
Il est surprenant de constater les similitudes qui existent entre toutes ces histoires.
Généralement cela se passe pendant une intervention chirurgicale. Les opérés se voient sur la table d'opération, ou plus exactement, ils y voient leur corps et assistent en spectateur à l'intervention. Ils ne sont plus qu'une âme flottant dans un éther qui n'a rien de pharmaceutique.
Ils comprennent tout, voient tout, entendent tout, mais sont indifférents aux efforts des médecins qui tentent de les réanimer, de relancer la machine cardiaque ou de faire repartir l'électro-encéphalogramme. A les entendre, la mort est un état doux et confortable duquel on ne revient qu'accidentellement et nombre de morts intérimaires n'attendent qu'une chose: un emploi définitif.
Je veux ici évoquer l'histoire d'un de mes amis passionné de para-psychologie dont le cas était similaire. Il ne mourrait pas, mais avait soi-disant la faculté de se dédoubler, son âme quittait son corps, laissant une enveloppe charnelle vide endormie. Quand il voulait réintégrer son "homme sweet homme", il lui suffisait de se rapprocher à quelques centimètres et une force qu'il ne pouvait maîtriser le happait, le vampait littéralement.
Cet ami devait subir une intervention, banale appendicectomie, et s'était promis de tenter une expérience: suivre en totalité son opération.
Le plus dur fut de convaincre le chirurgien de ne pas pratiquer une anesthésie classique.
Après de longues discussions et de nombreuses formalités destinées à décharger le chirurgien de toute responsabilité, et avant que la péritonite ne soit trop avancée, mon ami accepta de pénétrer dans le bloc opératoire.
L'expérience devait se passer sans qu'il y ait "mort clinique" à un moment ou à un autre, contrairement aux autres cas.
La suite, je vous la livre telle qu'il me l'a rapportée.
L'opération débuta et dès la première incision, il se dégagea de son corps.
Confortablement allongé sur le plafond, il regardait tranquillement le sang couler de la plaie et l'infirmière essayant de comprimer les artérioles sanguinolentes. Le chirurgien passa deux doigts gantés au travers de l'abdomen pour localiser l'appendice iléo-caecal.
Il entreprit ensuite de le dégager à l'aide de pinces et autres instruments tout ce qu'il y a de plus chirurgicaux.
Il ligatura une artère qui passait là par hasard, uniquement pour l'embêter lui, l'homme de l'art. Puis vint le moment solennel, celui où le bistouri sectionna, ou plutôt déchira l'appendice.
Le petit morceau de viande fût jeté dans un récipient métallique en forme de haricot où gisaient déjà des compresses ensanglantées et quelques cotons.
Curieuse, l'âme de mon ami s'approcha de ce petit morceau de lui-même...
Et fût avalée, gobée par la chair encore vivante!
Ensuite, il sait qu'on l'a jeté dans une poubelle, puis ce fût la nuit... Eternelle...
L'appendice et l'âme furent jetés dans un incinérateur... Elle continue à errer à la recherche de son corps qui gît, plongé dans un coma profond et inexplicable, dans une chambre d'hôpital.
Peut-être se rejoindront-ils un jour ou l'autre mais, c'est bien connu, les âmes n'ont pas le sens de l'orientation!..
Vous vous demandez, puisqu'il est toujours dans le coma, comment cet ami a pu me raconter son histoire...
Très simple: à la fin du livre dont je vous ai parlé tout à l'heure, il y avait en plus de la table des matières, un... Appendice...