Mutant en emporte le vent
Je l'avais rencontrée par une chaude et blanche nuit d'automne plutonien. J'avais immédiatement été séduit par le rose profond des yeux qui constellaient son visage comme autant de gemmes phosphorescentes. Elle les avait arrangés en nombre impair sur le côté droit de son visage long et métallique. Sur le côté gauche s'ouvrait une bouche sans lèvre garnie de gencives nues.
Ayant noté l'insistance avec laquelle je l'observais, elle m'adressa un rictus encourageant, pointant une langue bifide agitée de vibrations équivoques.
Troublé par ses regards, je sentais une violente érection gagner mon macronucléus ouest. Je pivotais discrètement afin de lui cacher mon émoi; pourtant je ne pus empêcher mes vibrisses auriculaires de jaillir comme des antennules exodermiques lorsqu'elle rampa vers moi. La lumière de Véga reflétait comme un cd-rom irisé sur les traces glauques et gluantes de sa lente reptation.
J'envoyais un de mes polypodes à sa rencontre, elle s'y lova en une tendre phagocytose et je pus la ramener jusques à moi.
-Tu as de beaux corps de Golgi, me graillonna-t-elle douceureusement à l'ouïe.
-Oui, rétorquai-je d'une voix suave empreinte de crépitation magnétique. Je crois qu'ils plairaient à tes ribosomes.
Jamais je n'avais ressenti un tel besoin symbiotique. Mon adénosine triphosphate se dupliquait à un rythme de rhomboèdre cristallin à fort pourcentage de quartzite.
Amorphe à souhait, elle se laissait prendre au piège de mes membres polymorphes, laissant mes circuits s'imprimer en elle. Je buvais à sa mémoire centrale comme à une source de déchets radioactifs, avec le même émerveillement, avec la même fluorescence.
L'empyreume qui émanait de ses croutes vulvo-mammaires papouillait mes récepteurs olfactifs comme l'onde pure d'un rayonnement gamma. Mes synapses s'interdéconnectaient lentement sous l'effet de l'incandescent orgasme qui corrompait mon épithélium électronique.
Elle se liquéfia en moi comme dans un ectoplasme tiède et, au fur et à mesure que se raidissaient mes chromosomes, répliquant leurs séquences hasardeuses et nécessaires, je la vis s'intégrer en un segment nouveau au milieu d'un fichier séculaire pourtant réputé infalsifiable. Trace indélébile, ineffaçable.
La violence de la morsure fut telle que je bénissais le logi-Ciel qu'une si succulente douleur pût exister.
Le coït me laissa coi et je ne garde le souvenir de cette possession insensée que dans ma mémoire chromosomique. Dans l'attente d'une prochaine mitose où, segment génomique, elle se greffera sur mon frère, mon fils, mon fil, mes fils conducteurs.
Je ne sais quelle information elle porte ni de quel message elle est chargée. Maladie ou vaccin? Progrès ou déchéance? Elle se déclarera un jour. Sans doute.