Perplexité
Quand le téléphone sonna, il se demanda qui pouvait bien l'appeler, dans cet hôtel de type vaguement colonial au bord de la ruine.
Pierre y était entré par hasard. Le type derrière son bureau, à la réception lui avait demandé :
- Pour une nuit ?
- Peut-être… ou peut-être plus…
L’autre l’avait regardé d’un air méfiant.
- Vous avez des bagages ?
- Mes seules valises sont celles que j’ai sous les yeux…
Imperméable à l’humour fatigué de Pierre, le réceptionniste avait simplement dit, en prenant une clé :
- Alors c’est 52 z’euros, payable d’avance. On prend pas les cartes de crédits ni les chèques.
Pierre avait fouillé son porte-monnaie à la recherche de quelques pièces qu’il avait déposées sur le bureau. Après avoir vérifié que le compte y était, l’homme avait tendu la clé au client.
- 13, troisième étage. L’ascenseur est en panne.
Pierre s’était tourné vers l’escalier et l’avait considéré avec perplexité en se demandant si l’escalier n’était pas lui aussi en panne.
Depuis qu’il était parti de chez lui, il allait d’hôtel en hôtel ; d’hôtel 4 étoiles en hôtel confortable, puis d’hôtel de passe en bouge. Ses errances ressemblaient à sa vie : les étoiles qui brillaient dans sa vie se faisaient de plus en plus rare.
La dernière s’était éteinte depuis longtemps et c’est sans doute pour cela qu’il s’était égaré.
Sa voiture de location avait rendu l’âme à trois kilomètres de l’hôtel, comme si elle savait qu’elle arrivait aux frontières de la civilisation et qu’elle n’était plus à sa place au-delà de cette limite. Une fumée blanche s’était échappée du capot : la condamnée venait de tirer sa dernière bouffée.
Pierre avait continué à pieds et avait atterri par hasard dans cet hôtel, vestige d’un passé colonialiste se finissaient de se faire bouffer par les termites dans l’indifférence générale.
Alors oui, il se demandait bien qui pouvait l’appeler ici, dans cet hôtel vaguement colonial au bord de la…