Suzy et moi
Ça faisait penser à un morceau de Miles Davis. En arrière-plan, la batterie marquait le rythme. La trompette, elle, c'était la vie qui délirait au milieu de ce tempo bien propret. La différence, c'était que dans ma vie, la trompette jouait faux. Il y avait longtemps que je ne m'accordais plus avec rien ni personne. J'accumulais les bémols et, surtout, j'avais pas de clé à ma portée.
Je m'appelle Suzy depuis que j'ai paumé mes papiers. Avant, il y avait une fille qui me ressemblait comme deux gouttes d'éther, une petite mignonne aux cheveux roux, avec des petits seins et un joli cul ; à ce que disaient les mecs qu'elle s'envoyait. Elle s'appelait Jeannine. L'éther, même quand on le sniffe pas, c'est volatil, alors Jeannine, elle a dû s'évaporer. Maintenant, les mecs, ils ne me parlent plus de mes seins ni de mon cul. Je ne leur en laisse pas le temps. Dès que j'en vois un dont le regard se mouille rien qu'à me mater, je lui fais signe. Il me suit aux chiottes ou dans un parking ou n'importe où. Il me baise, comme il veut ou comme il peut. Parfois je jouis. Je me rhabille et je lui dis de se casser. J'ai pas besoin d'amour ; juste d'une queue, d'une langue, d'un doigt - ou plusieurs - pour me faire enfiler et évacuer un peu de foutre. Je prends pas mon pied en suçant. Alors j'évite. Sauf si le mec rajoute un ou deux billets. Ah oui, je vous ai pas dit, je suis pute. Mais vous l'aviez sûrement deviné.
Je suis pute, mais c'est pas uniquement sexuel. Je suis pute de caractère. Ma mère précisait même "sale petite pute". Mon père, lui, préférait essayer de me coincer quand je prenais ma douche et que ma mère était partie faire les courses. J'aimais bien l'allumer, ce vieux porc ! Je venais dans le salon pendant qu'il regardait un match de foot, je m'asseyais sur le tapis, face à lui, en tailleur. Sans culotte, évidemment ! Il voyait tout de ma petite fente sans poil. Au début, il faisait semblant de pas regarder, ou alors "va t'habiller avant que ta mère revienne". Progressivement, je l'ai vu changer d'attitude. Il a commencé par se caresser discrètement(!) au travers de son futal. Stade suivant, il sortait sa bite et s'astiquait fermement sous mon regard. Il m'a demandé de mettre mon doigt dans ma fente, je l'ai fait. Lui, ça l'a fait gicler aussitôt alors je suis repartie dans ma chambre. On a répété ce jeu plusieurs fois mais... il a jamais eu le droit à autre chose qu'à voir. La seule fois où il a vraiment essayé de me forcer, il est arrivé dans la salle de bain, pantalon enlevé, la queue droite comme un pétard, les couilles gonflées au max (ça m'a filé envie de gerber quand j'ai réalisé que c'est de là que je sortais). Il a mis les bras en croix pour me barrer le passage. J'ai essayé de le bousculer, en le traitant de vieux cochon, en menaçant de tout raconter à ma mère mais ça le faisait rigoler. Il disait que personne ne me croirait. Alors je me suis laissé tomber à genoux. J'étais juste au niveau de sa bite. A l'époque, j'avais de jolies incisives toutes neuves. J'ai jamais entendu un mec gueuler aussi fort. Ça doit remonter à cette époque, le fait que j'aime pas sucer. Un psy à cinq cents balles de l'heure (moi je prends moins cher), parlerait d'Oedipe mal vécu - tu l'as dit ! - de blocage, de transfert, d'image du père ou je sais pas quoi... moi je dis seulement que j'aime pas sucer. Les clients comprennent mieux le langage de la queue que celui de Lacan.
Tout ça pour dire que pute, c'est dans ma nature profonde depuis toujours. c'est pour ça qu'il y a longtemps que plus personne ne me fait confiance et que je suis obligée d'exercer en dehors des zones "protégées". Je me suis faite tabassée une paire de fois par des loubards qui me reprochaient de faire de la concurrence déloyale à leurs filles. Faut dire que je suis quand même mieux gaulée que leur Roberto hormonée, leur Véra sili-déconnée ou je ne sais quelle Lucette la sucette dont les yeux débordent de came. J'ai gardé la petit gueule d'allumeuse de Jeannine et ça, les mecs, ils résistent pas.
Prenez le cas du taulier chez qui je crèche. Il me loue une petite mansarde dont aucun de ses clients ne voudrait. Je devrais pas dire qu'il loue puisqu'en fait, il m'héberge gratos. Tout ça parce que je lui ai fait un grand sourire et que je lui ai mis la main au paquet dès qu'il s'est approché de moi. Ça l'a décontenancé un peu. D'ailleurs, il a pas bandé tout de suite. Il a fallu que j'insiste. C'était comique à voir. Le type au milieu du hall, qui regardait à droite et à gauche sans arrêt pour surveiller que personne n'arrivait. Quand je l'ai senti bien dur à travers l'étoffe du pantalon, j'ai relâché et pis j'ai fait mine de partir en disant que c'était vraiment dommage qu'il ait pas de piaule pour moi. C'est précisément là qu'il s'est souvenu de cette mansarde inoccupée...
Y en a qui disent que ça fait perdre la mémoire. Faut croire que c'est pas vrai pour tout le monde. Il m'a fait visiter la chambre. Cinquième sans ascenseur. Je comprends pourquoi il la faisait pas visiter souvent et pourquoi il avait débandé le temps d'arriver là-haut. Lui, son truc, c'est la sodomie et sa femme refuse. Moi, j'ai rien contre mais ça me fait aucun effet. Se faire enculer ou sortir sa carte bleue, ça revient parfois au même. Je lui ai juste précisé que ça serait pas "porte-arrière" tous les jours mais j'ai pas négocié la fréquence des loyers. Je préférais me garder un peu de liberté.
Dans la journée, je traîne dans les bistrots à PMU. Les types sont au moins sûrs d'avoir quelque chose au tirage. Et puis souvent, les chiottes sont propres. Pas grandes mais propres.
Jusque là, ça allait à peu près bien. J'avais de quoi vivre. Pas de problème de santé. Pas de peine de cœur, puisque j'avais décidé une bonne fois pour toute de pas m'en servir. Enfin... pour être vraiment honnête, y a des soirs où j'aurais bien aimé pouvoir poser mon cul ailleurs que sur une queue et discuter peinard avec un copain ou une copine en fumant et en buvant un coup.
Quand j'étais môme, j'avais une copine. Si je vous dis qu'elle s'appelait Suzy de son vrai prénom, vous aurez tout compris. On séchait les cours ensemble. On fuguait ensemble. On baisait ensemble, mais séparément. Je veux dire qu'on était pas gouine mais qu'il nous arrivait de partager le même mec ou de nous retrouver à quatre dans le même plumard à s'échanger nos mecs pendant que les autres copines de classe s'échangeaient les photos de leurs chanteurs préférés. On avait deux ou trois ans de retard à l'école, alors on avait pris de l'avance ailleurs. A seize ans, on avait dû voir plus de bites qu'un médecin recruteur de l'armée en trente ans de carrière. J'exagère peut-être un peu mais j'ai séché les cours d'arithmétique. Suzy, elle disait "peut-être qu'on sèche les cours mais, putain, qu'est-ce qu'on mouille comme culottes ! Alors, ça doit bien faire la moyenne". Elle était con Suzy. Pire que moi. Question physique, on était complètement différentes. Moi, le genre frêle ado et elle, elle faisait femme et même femme forte. J'aimais pas trop la voir nue. Elle avait un gros fessier, des gros seins déjà tombant et un ventre avec des bourrelets qui lui masquaient la chatte. Pourtant, elle plaisait aux mecs et il arrivait même que j'aie le temps de fumer un clop pendant qu'ils s'occupaient d'elle à deux. J'aurais été un mec, je crois que je l'aurais laissé, elle, fumer son clop. Mais c'est peut-être parce que je suis pas gougnotte ; bien que ma mère n'ait jamais essayé de me tripoter ! Y a de quoi filer des migraines aux psys.
Bien sûr, j'ai essayé, mais brouter ou me faire brouter par une fille, ça me faisait aucun effet. Je mouillais par habitude mais pas par plaisir. C'est exactement comme de me faire enculer et là-dessus, si je peux dire, Suzy et moi on était d'accord. Elle disait "quand t'enfiles un suppo, ça te file pas de plaisir, alors pourquoi est-ce qu'enfiler une queue ça ferait plus d'effet ?" Je lui avais objecté qu'un Tampax, ça me provoquait pas plus de plaisir qu'un suppositoire mais elle m'avait rétorqué de façon imparable que "c'est pas pareil !" J'aimais son bon sens, à cette fille. Elle avait les pieds sur terre et les jambes en l'air, qu'elle disait aussi. Je sais pas si elle trouvait ces formules toute seule ou si elle les avait entendues quelque part mais moi, ça me faisait rire. C'était y a longtemps, c'était avant ! maintenant, elle fait plus rire grand monde.
C'est quand elle est morte que j'ai pris son nom. Attention, j'ai pas dit que j'avais pris son identité, falsifié ses fafs et tout, non, j'ai juste gardé son prénom. Y en a d'autres qui auraient gardé une bague ou un objet quelconque lui ayant appartenu mais moi, je m'encombre pas avec ces trucs-là. De plus, j'avais besoin d'un prénom un peu moins craignosse que Jeannine. Jeannine, ça fait pas pute, ça fait femme de ménage ! Est-ce que j'ai une tronche de femme de ménage ? Si on n'a pas un prénom qui colle à son activité, ça peut pas marcher. Suzy, ça pouvait aller comme nom de pute. Suzy - l'autre - c'était pas une pute. A l'époque, on se faisait pas payer. On était réputées pour être de fameuses salopes, ça oui, mais pas des putes. Y avait plus de mecs qui étaient capables de décrire notre chatte que de dire la couleur de nos yeux (les miens, ils sont bleus quand je regarde le soleil). Quand on est jeune, on voit pas toujours l'aspect pratique et positif des choses. Mais j'ai changé, maintenant, je demande à voir le portefeuille avant les bourses.
Depuis quelque temps, la femme de mon taulier me regarde méchamment. Elle doit se douter de notre petit marché. Faudrait pas qu'elle arrive à convaincre son cher et tendre que je "nuis à l'image de leur honorable établissement et que, par une étrange coïncidence, leur cousine de Bretagne va venir loger chez eux et qu'il serait bon que je libère la chambre dès que possible".
C'est pour ça que je suis rentré en plein après-midi. A cette heure-là, c'est elle qui tient la réception. En fait, elle bouquine Paris-Match derrière son comptoir. Bonjour, que je lui ai dit avec un sourire grand comme la queue d'un nègre. Bonjour, qu'elle m'a répondu en marmonnant d'un ton méfiant. On a fait la causette sur le temps qu'il faisait et puis j'ai pris mon air gêné pour lui dire que j'avais quelque chose à lui dire mais que je savais pas si je devais ou pas.
Ça la faisait saliver de partager mes secrets. Surtout qu'avec l'image qu'elle se faisait de moi, ça ne pouvait qu'être sordide donc croustillant. Alors je l'ai fait mariner un peu et je me suis décidée en insistant bien sur le fait que ça me gênait vraiment de parler de tout ça mais que "bon, entre femmes..."
- Ben voilà, je suis rentré dans ma chambre à l'improviste l'autre jour et j'ai trouvé votre mari... (Inquiétude de la taulière) il était.... enfin... comment dire... nu ! (pâle, qu'elle était) mais bon... c'est pas le pire (là, elle essayait d'avaler sa salive, elle avait jamais dû avaler autre chose, c'est la réflexion que je me suis faite) et puis en compagnie de votre femme de ménage (ce coup-ci, sa peau avait atteint la blancheur qu'aurait dû avoir le bidet de ma piaule s'il avait été détartré au moins une fois depuis 1925).
Je lui ai pris la main pour la réconforter.
- Mais bon, j'ai rien vu d'autre, hein... je ne sais pas si c'est pas cette petite bonniche qui essayait d'aguicher votre mari... peut-être que lui il était pas...
- Mais enfin ! vous m'avez dit qu'il était nu ! ça prouve bien qu'il...
- Oh, nu, oui, mais il bandait à peine...
- Ah...
Elle savait pas si ça devait la rassurer ou l'inquiéter. Elle fronça les sourcils et me regarda bizarrement.
- Mais... pourquoi vous venez me raconter ça ? Quel intérêt avez-vous à mettre la zizanie dans mon couple ?
Je l'arrêtais aussitôt, ouvrant des yeux grands comme des lunettes de WC.
- Eho ! N'allez pas me prendre pour une fouteuse de merde ! (et vlan, moi qui avais essayé d'éviter les gros mots, c'était loupé !) La seule chose qui m'importait, c'était que vous ne pensiez pas que votre mari venait dans ma chambre pour moi... s'il s'est passé quelque chose là-haut, c'est hors de ma présence et je n'en suis en aucun cas complice.
- Ah... qu'elle a redit sans que je parvienne à comprendre ce qu'elle mettait exactement dans ce mot.
Je suis partie, elle m'a dit merci. Je lui ai répondu que j'étais désolée mais que je pensais qu'il était de mon devoir de etc. Elle m'a souri en hochant la tête pour dire oui. Ses yeux étaient rouges. Fallait que je me casse d'urgence si je ne voulais pas être obligée de consoler une cocue en plein crise de nerf.
Je vous avais bien dit une j'étais une vraie pute, non ?
Le taulier a même rajouté "espèce de petite salope !" Il a dit d'autres choses encore mais j'écoutais pas vraiment. J'étais occupée à protéger mon visage et le reste de mon corps des baffes et coups divers qui pleuvaient d'un peu partout. Cet enculé d'enculeur avait dû se faire remonter les bretelles par bobonne et il était venu aussitôt me casser la gueule. Sur le strict plan de la justice, je pouvais pas lui donner tort. Mais bon, ça lui servait à quoi de me tabasser ? Ça le défoulait ? Tant mieux pour lui ! Moi, j'avais déjà morflé des roustes plus sévères mais bon, c'est jamais agréable ! Je l'ai laissé faire jusqu'à ce qu'il commence à frapper avec la ceinture. Là, j'ai mis le hola. Je me suis relevée puis je suis tombée en larmes à ses pieds. Marie-Madeleine implorant le pardon. Y a pas un mec qui résiste plus de trente secondes (le temps de trois coups de ceinture d'intensité dégressive). Alors, il s'est accroupi et m'a pris dans ses bras comme une gamine en murmurant des "pourquoi t'as fait ça ?" à répétitions. Moi, je sanglotais trop consciencieusement pour pouvoir répondre. J'attendis qu'il soit complètement calmer pour lui expliquer que je craignais que sa femme ne me mette à la porte.
- Oui, mais... tu te rends compte, fit-il, j'ai été obligé de virer cette pauvre femme de ménage qui n'a rien compris.
- Bah, comme femme de ménage, elle retrouvera facilement une place...
- Tu es dure, toi, soupira-t-il.
Mais comme j'avais commencé à le branler au travers du pantalon, il oublia tous, ces petits tracas. Il voulut me prendre mais je continuai jusqu'à ce qu'il jouisse dans son slip. Il quitta ma chambre avec sa honte poisseuse entre les jambes. Je lui demandai de rester prudent pendant quelque temps, pour rassurer sa femme.
Pendant un mois, il me foutit la paix sans me foutre autre chose. Voilà une façon efficace de négocier son loyer. D'autant que, maintenant, la taulière avait une confiance totale en moi. Elle me considérait presque comme une amie et j'avais droit à ses confidences intimes. J'appris ainsi que le fantasme de son mari étais de la sodomiser mais qu'elle s'y était toujours refusée.
- Comme je vous comprends ai-je répondu en faisant un effort surhumain pour ne pas éclater de rire.
Elle me confia aussi qu'elle avait eu une fois, un amant. Un VRP qui logeait à l'hôtel. Ça avait été le grand Tamour. Elle en parlait avec une telle émotion qu'elle parvint presque à me troubler. Presque à me donner envie de savoir à quoi ça ressemblait ce truc-là. Moi j'ai jamais aimé personne. Suzy, l'autre, ça lui est arrivé une fois. Une fois, pas deux. Je me souviens, elle devenait complètement barge. Elle ne pensait plus qu'à son mec. Rien que de m'en parler, ça la faisait mouiller. Elle voulait plus qu'on drague ensemble. Tout ce qu'elle voulait, c'était le rejoindre, l'autre. J'arrivais quand même à l'embarquer dans des galères "cul" mais, dès qu'elle avait pris son pied, elle se rhabillait et se cassait. Moi je restais avec les mecs, on finissait la nuit ensemble mais j'avais l'impression de m'emmerder quand elle était plus là. C'est vers cette époque que je me suis dit que, quitte à m'emmerder pendant que je me faisais foutre, autant leur piquer un peu de thune. Au début, ça a été dur, ma fente avait pas la réputation d'être une tirelire. Mais bon, j'ai été ferme, c'était ça ou rien. Ils ont raqué mais je voyais bien que ça leur plaisait pas. Je sais pas ce qui se serait passé si j'étais restée dans le coin.
Les événements ont voulu que je déménage, c'est comme ça que je suis arrivée dans cette ville pourrie où une taulière en manque de confidence me parle son amoureux VRP. Ah ! Il paraît qu'elle en a été malade, le jour où elle a appris qu'on le changeait de secteur.
Pendant qu'on papotait - 'manquait que le thé, les gâteaux sexes et le doigt en l'air - son mari passa plusieurs fois près de nous. Notre complicité l'intriguait. Surtout que sa bobonne se taisait dès qu'elle l'apercevait. Elle avait jamais dû lui parler du VRP. Je me suis alors posée une question et j'aurais peut-être mieux fait de me la garder pour moi, mais bon, ma spontanéité m'a trahie, sur ce coup-là.
- Un type comme votre VRP, là... c'est vraiment un type pour qui vous auriez pu faire n'importe quoi...
- Oh, oui, assura-t-elle.
- Il avait le droit de vous enculer ?
Là, j'ai cru qu'elle allait me lâcher dans les mains.
- Je voulais dire euh... sodomiser.
Visiblement, c'était pas qu'une question de vocabulaire. Elle me regardait avec des yeux de morue pas fraîche. Sûrement qu'elle était en train de regretter de m'avoir dit tout ce qu'elle m'avait dit. Et je savais pas bien comment rattraper le coup. Avec les mecs, j'ai jamais eu de problème. C'est rare que je les mette mal à l'aise et, quand c'est le cas, j'ai les doigts suffisamment agiles pour dégeler la situation. Avec une meuf, j'étais moins armé. J'avais pas envie de lui chatouiller la foune et, de toute façon, ça devait pas être le genre de la maison. Alors, j'ai essayé de la jouer profil bas.
- Je... euh... j'aurais pas dû... je vous ai choquée mais... moi-même, enfin... je suis comme vous, ces choses-là me dégoûtent un peu et...
Ça s'appelle ramer. Heureusement, comme elle avait tout autant envie que moi de changer de sujet, c'est elle qui a repris.
- Et vous, dans la vie, vous faites quoi ?
Bon ! On reste calme, y a des jours, comme ça, où persone ne devrait jamais poser de questions à personne.
- Je suis... oui, je suis prestataire de services.
Elle m'a répondu par un grand "ah" admiratif. Elle devait être en train de se dire "et moi qui la prenais pour une moins que rien..."
- Prestataire de services, répéta-t-elle. Et dans quels domaines ?
- Boh... un peu tout, les petites entreprises (merci Bashung) qui connaissent la crise et qui ont besoin de main-d'œuvre occasionnelle.
- Alors vous devez pas manquer de travail...
- Oh, pour ça, non !
Le coup du "prestataire de services", je le dois à Suzy, comme beaucoup d'autres choses, vous l'avez remarqué. Quand elle a commencé à faire bande à part et que je lui ai parlé de mes projets d'éponger les mecs côté thune, elle avait commencé par trouver ça immoral, et puis elle s'était dit que finalement, louer, son cerveau, ses mains ou sa chatte, y avait pas des masses de différence. Je faisais ce que n'importe quelle société de prestation de service faisait : je rendais service moyennant finance. Mais elle avait précisé en ricanant, "De toutes manières, t'es pas du genre station-service, toi". J'avais froncé les sourcils pour lui demander d'expliquer. "Ben ouais, vu que t'aimes pas les pompes..." ça la faisait rire. Moi, je commençais à la trouver moins drôle. J'ai réalisé que quelque chose était cassé. Quand j'étais pas avec elle, je m'emmerdais et quand on était ensemble ben... c'était plus les parties de rigolade comme avant. Luc, qu'il s'appelait. Un prénom à ne pas prendre à l'envers, elle m'avait dit, Suzy.
C'est un type qu'on avait débauché dans une boîte de nuit où les VRP allaient se faire trafiquer leurs notes de frais. Il était avec un collègue dont je ne me souviens plus du prénom. Pourtant, c'est celui-là qui m'avait sautée. Soirée banale et bien cochonne qui s'était terminée dans une piaule d'hôtel à s'asperger de champagne tiède. Je sais pas ce qu'il lui a pris à Suzy, elle a gardé le numéro de téléphone du mec. Souvent, les mecs nous laissait leur carte avec les horaires auxquels appeler pour ne pas tomber sur leur bonne femme mais on les balançait systématiquement. On s'amusait à les faire cramer au-dessus d'un cendrier. Ce matin-là, en me réveillant après que les types soient déjà partis, j'ai allumé un clop. Il y avait le bristol du mec sur la table de nuit. J'ai à peine eu le temps de le prendre que la main de Suzy se refermait sur la mienne. Dans l'autre main, j'avais mon briquet allumé. Il commençait à brûler mais j'aimais le garder le plus longtemps possible. Lorsque la douleur devint trop grande, je relâchai et la flamme s'éteignit. La main de Suzy se desserra et elle prit doucement la carte.
- Pas celui-là, dit-elle.
J'étais trop vaseuse et j'avais trop mal à la tête pour réfléchir. Je l'ai laissé faire. J'aurais pas dû ! Facile à dire, avec le recul, mais j'aurais pas dû. Il aurait fallu que je reprenne la carte et que je m'en débarasse au même titre qu'une capote usagée. Les mecs sont à usage unique, c'était notre principe. Mais bon, on n'était pas non plus des filles à principes.
C'était marrant, après tout ce temps, de retomber sur une histoire de VRP. Maintenant, ça s'appelle des commerciaux mais à l'époque de Suzy ou même de l'histoire de la taulière, c'était des VRP.
Luc, moi, il m'était plutôt apparu antipathique. Bon coup de lime mais genre prétentieux. Je voyais vraiment pas ce que Suzy pouvait lui trouver.
Un soir, ils m'ont invité tous les deux au restau. Suzy m'avait assuré que c'était pas un plan cul. Juste une soirée sympa. P'tain ! elle était en train de changer, la Suzy. Parti comme c'était, je l'imaginais dix ans plus tard, en robe de chambre dans son pavillon de banlieue en train de faire la bouffe pour ses momes et son mec. Grosse, elle l'était déjà mais ça ne pouvait que s'aggraver. Ça me foutait les boules de penser à ça. J'y suis quand même allée à leur repas. C'était dans un hôtel-grill en bordure de la ville. Je me suis pointée et je les ai aperçus. Ils étaient en train de se roucouler des pelles d'enfer. La Vorace, c'était le surnom de Suzy. Question langue de bœuf ou queue de cochon, elle était capable de tout engloutir et, ça, les mecs, ils aimaient.
Ils se sont à peine décollés lorsque je me suis assise à leur table. Trois couverts, c'était bien ça, on n'attendait personne. Je subodorais la soirée porte-chandelles pendant que ces deux-là jouaient les ventouses ; sans parler de ce qui devait se passer sous la table.
- Je vais me marier, elle m'annonça d'emblée.
- Euh... moi aussi, rajouta Luc, ce qui fit éclater de rire Suzy.
- Oui, je voulais dire que nous allons nous marier et que je voulais que tu sois la première à le savoir.
- La première ? Quel intérêt ? y a un concours et je gagne quelque chose ?
- Ça a pas l'air de te faire plaisir, s'inquiéta Suzy.
- Mais si ! que j'ai répondu en souriant béatement, comme à chaque fois qu'un micheton me demande "alors, heureuse ?" "oh oui, chéri, avec toi, c'était merveilleux mais tu pourrais pas m'avancer l'argent du taxi ?"
Je me suis levée et je leur ai fait la bise. Je savais pas ce qui ce faisait habituellement dans ces circonstances-là.
- Ça s'arrose, ça !
Alors on a commandé un kir royal.
Je regardais Suzy et j'avais beau cherché, je ne me souvenais pas de cette fille, là, en face de moi. C'était pas possible que ce soit la même avec qui, quelque temps plus tôt, je partageais mon temps, mes mecs et mes fous-rires. Ça ressemblait à de la musique de jazz mais putain, ce que ça jouait faux ! Ils avaient mis le CD à l'envers ou quoi ? Alors j'ai commandé un double scotch. J'ai croisé le regard de Suzy. J'ai cru un instant qu'elle ne me dise que c'était pas raisonnable. Si elle m'avait sorti ce genre de truc, je les aurais plaqués sur le champ, avec leurs rêves de machine à laver. Je crois bien que j'espérais qu'elle me sorte une connerie du genre. Ça m'aurait servi de prétexte. Au lieu de ça, ils ont pris la même chose. Ça m'a rassuré, un peu. Elle était peut-être pas complètement foutue, Suzy. C'était peut-être moi qui me montait ma propre parano.
Le serveur nous a apporté nos verres. Moi, j'ai commencé par virer les glaçons. Suzy en a fait autant, mais en précisant que les glaçons, elle ne s'en servait que pour sucer. Luc, ça l'a fait ricaner. Il avait l'air de savoir ce qu'elle en faisait, de ses glaçons. On était déjà cassés avant de commencer à bouffer.
Buffet campagnard, j'ai filé mon assiette à Suzy et je lui ai dit de remplir avec ce qu'elle trouverait. Moi, j'étais trop fatiguée pour bouger mes fesses. Luc et elle sont partis faire le plein. Je les regardais de loin. Ils avaient l'air d'être fait pour ce genre de vie. Luc avait laissé son sac au pied de la chaise. Du bout du pied, je l'ai amené à moi, je l'ai ramassé discret et je me suis cassée aux chiottes. Confortablement installée sur le siège, j'ai commencé à inventorier le contenu ; papiers, cartes de crédit, un peu de fraîche, relevés de cartes divers et carnet d'adresse. Ça, un carnet d'adresses, ça vaut tous les porte-clés du monde quand on veut fouiller chez quelqu'un. Je le glisse dans ma chaussette, j'empoche les billets et je laisse le reste. Je referme bien soigneusement le tout. Dans la pièce principale, il y a une corbeille à papier. Je dégotte un sachet en plastique et un autre en papier kraft. Je mets la pochette dans le premier et celui-ci dans le second. Je veux bien sucer le petit jésus du pape si quelqu'un a l'idée de chercher là ! Et même que je serais prête à avaler son extrême-onction. Mais bon, on en n'était pas là !
J'ai regagné ma place. Mon assiette de "crudités à volonté" m'attendait. Luc et Suzy avaient commencé à manger. Il ne s'était rendu compte de rien et ne ferait sûrement pas le lien entre mon absence et la disparition de la sacoche.
Suzy avait plein de bouffe dans la bouche et de projets dans la tête, ce qui fait que ces idées éclataient sous forme de postillons un peu partout alentour. Le fait qu'une fille comme Suzy pût avoir des projets tenait de la science-fiction. Moi, mes projets, ça dépassait pas l'immédiat. Ma cheville était en contact avec celle de Luc. D'abord, il s'était écarté, pensant à une maladresse mais j'avais insisté et il avait plus bougé. J'avais retiré ma chaussure et, avec les orteils, je remontais comme une petite fourmi le long de son mollet. Suzy continuait, imperturbable, à parler au futur, absente de notre présent.
Je me délectais de voir ce mec si mal à l'aise. Son regard était aussi glissant qu'une savonnette. Il acquiesçait sans écouter à tout ce que disait sa future. La bouche pleine lui procurait un alibi parfait pour ne rien dire.
Compte tenu de la disposition de la table, il m'était difficile de remonter le pied plus haut sans que Suzy s'aperçoive de la manœuvre. C'est un truc qu'on avait tellement pratiqué toutes les deux, qu'elle aurait pigé tout de suite. On faisait des concours. Quand on avait trouvé des princes suffisamment charmants pour nous inviter au restau, on s'asseyait face à eux et chacune branlait son chacun avec le pied. La première qui faisait gicler son bonhomme avait gagné. Je dois dire que Suzy était plus balaize que moi. J'ai jamais compris ce qu'elle faisait de plus...
Ce soir-là, c'était pas le sujet. D'ailleurs, le Luc, je voulais juste l'allumer. Le faire bander comme un chien fou jusqu'à ce qu'il soit capable de se frotter au premier lampadaire qu'il trouverait. Les chiens, ils font ce genre de truc contre la jambe de leur maître et tout ce qu'ils récoltent, c'est des coups de pieds. Là, j'avais pas besoin de tâter pour savoir qu'il devait en avoir lourd dans le caleçon, le Luc. Alors je me suis écarté et puis j'ai fini tranquillement le repas, jambes croisées et me payant le luxe de repousser le pied de Luc qui réclamait que je continue. Ce fut au tour de Suzy de quitter la table pour aller aux gogues. Aussitôt, Luc me brancha. Il disait qu'il était amoureux de Suzy mais qu'il gardait un excellent souvenir de moi et que... si je disais oui, il serait partant.
Je lui ai souri en prenant un air nostalgique.
- Moi aussi, j'ai fait, tu me plais beaucoup mais bon, je veux pas semer la merde entre toi et Suzy. J'aurais pas dû, tout à l'heure... je sais pas ce qui m'a pris, j'ai eu comme une pulsion, j'avais envie de toi comme rarement j'ai eu envie d'un mec mais bon... oublions... c'est mieux, je t'assure.
Je le vis débander dans sa tête. En soupirant comme un bœuf, il me dit, cherchant surtout à se convaincre que ouais, j'avais sûrement raison et que ça serait pas cool rapport à Suz'. En plus, il était pas apable de l'appeler Suzy, il l'avait raccourci à Suz' ! moi, ça me faisait penser aux grande bouteilles d'apéro à la gentiane avec lesquelles ma grand-mère se murgeait sous prétexte que c'était que des produits naturels.
Suzy est revenue à ce moment-là. Elle avait demandé les cafés-l'addition et c'est là que le grand barouf a commencé. Les cafés étaient sucrés. L'addition n'était pas spécialement salée mais impossible de retrouver la sacoche de Luc. Il en était malade le pauvre chéri. Suzy a payé, vu que moi j'étais fauchée comme d'hab' mais ça n'empêchait que Luc avait paumé ses papiers, sa carte de crédit et plein de trucs importants. Je compatissais activement et avec sincérité mais fallait que je parte, alors je les ai laissé se débrouiller avec les formalités.
Ce soir-là, j'ai dû me faire un ou deux clients, debout sous une porte cochère, mais j'avais pas vraiment la tête à ce que je faisais. Y a même un des types qui m'a rappelé à l'ordre "eh ! Tu dors ou quoi ?" Je dormais pas, je rêvais. Je dormais pas, j'étais en train de naître et de mourir en même temps. Suzy bis n'était pas encore née mais c'est sans doute ce soir-là qu'elle a été enfantée. Ouais, c'est ce jour-là.
A l'époque, pour me loger, j'avais trouvé un vieux dentiste un peu voyeur. Il m'hébergeait gratuitement dans une piaule où il avait installé deux caméscopes. Il me filmait quand je ramenais un type. Parfois, il me filmait même seule. Ensuite, il m'invitait dans son salon pour visionner le résultat. Il avait pas besoin que je le touche, d'ailleurs, il bandait pas, mais ça lui mettait les yeux comme des cendriers quand il regardait ça. Pour que ça le mette dans tous ses états, fallait que je sois prêt de lui, même s'il me touchait pas. Ça me changeait de ma taule actuelle où j'étais obligée de me faire élargir par le patron et de supporter les causeries de la patronne. Finalement, je l'aimais bien mon dentiste. J'aurais peut-être pas dû le mêler à mes histoires.
En rentrant, j'avais l'habitude d'adresser un petit bisou coquin en direction d'une des caméras. Ça ne me gênait pas qu'il me voie. Je crois même que ça m'excitait un peu et, quand je me faisais enfiler par un client, je crois que je pensais plus à mon mateur qu'au mec qui me limait. J'aimais bien allumer le dentiste. Ça me rappelait mon père et je crois qu'il ne m'aurait pas réconciliée avec la pipe. Là, j'ai fait un clin d'œil à l'objectif et je me suis laissé tomer à plat ventre sur le plumard. J'ai sorti le calepin coincé dans ma chaussette et j'ai commencé à feuilleter. Il y avait le numéro de Suzy, évidemment. Il y avait le sien, au cas où il aurait eu un trou de mémoire, sans doute et puis des tas d'adresses. Côté agenda, il avait noté tous les rendez-vous professionnels et toutes les fois où il voyait Suzy. J'ai compté, rien que sur la semaine précédente, ils s'étaient vus neuf fois ! et ça, c'était pendant les heures de boulot, parce que je pense pas qu'il notait les rencontres en soirée. Ça me sciait, moi ! comment est-ce que Suzy pouvait supporter de ce faire tringler sans arrêt par le même mec ? c'est ça l'amour ? Alors, pas pour moi, merci bien...
La semaine suivante, ils devaient se voir le lundi en fin de matinée. Quand je pense que Suzy pouvait pas mettre son cul hors du lit avant trois heures de l'après-midi, ça me sidérait ! Un peu plus tôt, il avait rendez-vous chez un client. En fouillant dans le carnet d'adresse, je trouvais le numéro du client. J'attendis donc le lundi matin.
J'appelais chez le client et demandais à parler à Luc. Je lui ai fait le grand jeu de la chatte en chaleur. A l'autre bout, je l'entendais qui suffocait. Pour donner le change au client, il faisait semblant de parler avec sa secrétaire. Ses réponses se limitaient à des "oui", "non", "il faudrait vérifier mon emploi du temps". Là, il a percuté. Si je savais où il était à cette heure-là, c'est que, fatalement, c'était moi qui avais piqué son sac. J'ai pas cherché à nier.
- Alors si tu veux récupérer tout ça, tu viens chez moi dans une heure.
Il essaya de me dire qu'il ne pouvait pas mais je ne lui laissais pas vraiment le choix. Cinquante minutes plus tard, il était là. J'avais prévenu mon dentiste que ça pouvait être agité mais qu'il ne fallait surtout pas qu'il la ramène. En fait d'agitation, j'ai été toute secouée par la beigne qu'il m'a mise.
- Rends moi mes papiers, sale petite pute !
J'avais un petit filet de sang qui coulait à la commissure de ma lèvre. Je le laissais glisser, ça faisait chaud contre mon menton. Je lui ai joué la scène de la femelle jalouse, prête à tout pour se faire saillir par l'homme qu'elle a choisi. Ça le flattait, bien qu'il prétendît que c'était ridicule et qu'il aimait Suzy.
- T'as qu'à m'appeler Suzy penant que tu me défonceras la chatte, que je lui ai répondu sur un ton feulant. Je te rendrais tes papiers, promis ! Mais avant, j'ai besoin de goûté encore au plaisir de Suzy. J'ai envie de sentir entre mes cuisses la même queue qu'elle. Je veux que les mêmes bras m'enserrent, que la même sueur coule sur ma peau, que le même foutre gicle au fond de mon ventre. Je veux imprégner ma mémoire de ce qu'elle connaît.
Mon baratin commençait à faire de l'effet. Tout en parlant, j'avais ôté mon t-shirt et je caressais mes seins que je lui présentais comme des petites pommes posées sur mes mains en coupelle. Il se mordait les lèvres, essayait de penser à autre chose. L'état de panique dans lequel je le mettais me faisait mouiller. Je me suis servi de ça pour l'achever. J'ai pris sa main et je l'ai plaqué contre mon ventre.
- Tu sens comme c'est chaud ? c'est prêt pour toi... Tu vois, je mens pas quand je dis que tu me chamboules.
- Oh merde, commença-t-il sur le ton d'un môme prêt à chialer. C'est vrai que j'ai envie de toi ! (il commençait à me caresser et moi je gémissais avec application) mais je ne veux pas perdre Suzy alors... promets moi que ce sera juste une fois et qu'après, on se reverra plus. Juste une fois...
Je ne lui ai pas répondu. Je l'ai attiré sur moi. Ma bouche fouillait la sienne. Je l'aidais à baisser ma culotte et je le déshabillais en même temps. Je m'arrangeais pour être dans le bon axe des caméras. J'ai pris un pied ce jour-là ! Ça m'a secoué depuis la foufoune jusqu'aux oreilles. C'était comme si j'avais une télé dans la tête avec toutes les chaînes en même temps. Là, si Suzy elle se faisait ramoner le vestibule tous les jours comme ça, je pouvais pas lui reprocher de rester avec ce mec. Seulement, le panard, je crois qu'il n'a rien à voir avec les aptitudes du mec. Ça dépend juste de l'état dans lequel on est. Et là, savoir que j'étais en train de me faire filmer avec le mec de cette pauvre conne de Suzy, ça me faisait jouir comme une gamine.
Une fois rhabillés, je lui ai rendu ses papiers en lui disant adieu et puis je suis allé voir le dentiste. La salopatd n'en avait pas loupé une miette.
- Venez, venez, qu'il disait en me tirant par la main. Venez voir, on va se la repasser.
On se l'est repassée. J'ai bien étudié. Je me suis trouvée pas mal. J'avais jamais remarqué que j'avais le coup de rein aussi violent. On voyait bien mon visage. Aucun problème, mais surtout, on reconnaissait bien Luc. Le pauvre, il se donnait de tout son cœur et de tout son ventre. Il avait pas le temps de débander que sa queue avait déjà relevé la tête (quatre fois, on a remis ça. Pour une baise de fin de matinée, c'est très honorable). J'observais mon dentiste. Il bavait devant les images. Ses pomettes étaient couleur framboise. Je crois que j'aurais presque eu envie de remettre ça avec lui ; s'il avait pu.
Je savais où il stockait ses cassettes. Il en avait des centaines. J'aurais été curieuse de connaître les nanas qui m'avaient précédée. Juste par curiosité, pour voir si j'en connaissais quelques unes.
Voilà. Pour le reste, ça a été facile, choses se sont enchaînées. C'était de la musique qui coulait tout seule. Moi, j'avais fait mon solo bien délirant et les autres, l'orchestre, reprenaient le rythme. Un solo à deux, peut-être, en tout cas, une belle impro genre fugue sur un thème connu. Pourtant, fallait pas que je laisse filer, J'avais encore des indications à donner sur le tempo.
Une semaine plus tard, Suzy reçut une cassette anonyme. Moi, j'avais déjà changé de crèche. Alors quand elle s'est pointée chez le dentiste, elle a rien trouvé. Sauf qu'elle avait reconnu la chambre où la partie de cul avait été filmée et, comme elle était pas conne, elle se doutait que c'était lui qui se préparait pour les futurs Césars du film de mateur. Elle était dans une rage folle, la pauvre choutte. Elle lui a fait un sketch d'enfer, au dentiste, jusqu'à ce qu'il lui dise où il planquait ses films. Lui, il y comprenait rien, il n'était pas au courant que j'avais échangé la cassette avec Luc contre une vierge. Ce qui, jeu de mot à part, faisait quand même une sacrée différence.
Quand j'ai appris ça, je me suis pointée chez Suzy. Vous allez vous dire que je vais au devant des baffes dans la gueule et c'est pas complètement faux. Suzy avait de telles pognes que, quand elle vous balançait une gifle, on avait la tête qui faisait trois tours sur elle-même, façon dessin animé ; mais vachement plus douloureux. Moi, j'étais juste venue lui expliquer que j'avais fait tout ça pour rigoler et que son mec, je le lui laissais. Faut croire que l'amour fait perdre le sens de l'humour parce que ça l'a pas fait rire du tout, Suzy. Faut croire aussi qu'elle me connaissait assez pour savoir que j'avais fait ça aussi pour foutre u peu la merde. Mon côté salope, elle l'aimait bien, avant de se maquer avec son Luc. Je crois même que si on avait fait un concours, je lui aurais rendu des points d'avance, question pétasse salope, à la mère Suzy. Mais brusquement, elle avait changé. Je pouvais pas admettre ça, moi. La voir devenir aussi différente c'était comme quand j'ai vu mon grand père après qu'il ait pété une durite dans la cervelle. C'était encore lui mais c'était plus lui. Suzy, c'était pareil. Elle avait gardé le corps mais l'intérieur avait été retapissé à neuf. Pour mon grand-père, je m'étais dit que ça serait mieux qu'il crève. Les légumes, ça sert à rien de les garder trop longtemps. Suzy, elle, elle m'a pas laissé le choix. On s'est castagnées et ça m'a rendu méchante. Il y avait un cutter pour découper la moquette, sur le sol. Je vous ai dit, elle se faisait refaire l'intérieur au propre comme au figuré. Je l'ai ramassé, ça faisait un beau crochet si tranchant que j'ai juste eu esoin de donner un coup. J'ai atteint la gorge, tranché la carotide et entaillé la trachée artère (je l'ai su pas les articles dans les journaux). Suzy a ouvert la bouche pour crier mais le son était coupé. Elle m'a regardé bizarrement. On aurait dit qu'elle réalisait pas qu'elle était en train de mourir. Pourtant, c'était évident. Elle est tombée, sans me quitter des yeux. Je crois que là, elle était déjà de l'autre côté. Alors j'ai poussé sa tête avec le pied pour qu'elle arrête de me fixer ; ça me mettait les boules. Je l'ai planquée dans un coin de la maison, j'ai dissimulé vaguement les traces de bagarres et de sang. C'était facile, vu qu'il y avait du papier journal partout pour éviter les taches de peinture. J'avoue que j'avais pas pensé que ça serait aussi cool. Y a que de la veine pour les crapules, comme dit le proverbe.
Dans la foulée, j'ai appelé Luc. C'est là que mon plan a failli raté. Cet enfoiré avait la trouille de se faire tabasser à coups de rouleaux à pâtisserie par bobonne. L'idée de nous savoir réunis tous les trois, ça lui donnait la sensation d'avoir avaler un litre de nitroglycérine et de se chopper le hoquet. Il a pas voulu venir alors je lui ai filé rencart à deux pâtés de maison plus loin, dans sa voiture. C'était une petite rue mal éclairée et peu passante. On a pas mal discuté, je m'étais confectionné un personnage de raccomodeuse innocente.
- Ouais, j'aurais pas dû faire ça mais bon , je pouvais pas savoir que ce salaud de dentiste allait envoyer la cassette !
Bref, moi aussi, j'étais victime dans cette histoire. Luc finissait par en être convaincu. Il me prenait presque en pitié.
- T'es un mec bien, je lui ai dit. Je suis content que ma copine soit tombée sur toi.
Il m'a souri, ce con !
- Tu sais quoi ? J'aimerais beaucoup faire un truc que je fais pas aux autres, un truc que j'aime pas faire d'habitude mais a toi, je sais pas... j'ai vachement envie.
Il commença à me regarder avec inquiétude ; il avait pas tort. J'ai pas pris la peine de lui eplique mais je me suis pencher vers lui, en essayant de pas me cogner dans le volant et j'ai défait sa braguette avec les dents.
- Arrête ! tu es folle, qu'il disait mais, s'il avait vraiment voulu que j'arrête, il se serait pas mis à triquer comme un âne.
Quand il a acepté de se laisser faire, j'ai dérouler une capote sur sa queue et j'ai commencé à le pomper sérieusement. Mais c'était uniquement parce que j'y étais obligée. Ce gros truc qui tapait au fond de ma glotte ça me donnait plus envie de gerber que de mouiller. Je dois être douée parce que, il me l'a bien rempli, le sac à foutre. Il comprenait pas pourquoi je prenais tant de précautions pour le "déhabiller". J'ai mis la capote devant lui et j'ai dit "ça me fera un souvenir de toi"
Malgré la pénombre, j'ai vu dans son regard qu'il me prenait por une vraie chtarbée. Il était pas loin de la vérité.
Je me suis cassée en lui demandant une dernière chose, une toute toute dernière... qu'il me laisse parler cinq minutes avec Suzy. Valait mieux qu'on se revoie pas et je voulais lui dire un vrai adieu.
- Vas-y... moi je vais aller boire un pot et je ne monterai que dans une heure, si tu veux.
- Ça baigne ! moi aussi je te dis adieu... j'espère que vous oublierez vite mes conneries...
- Je crois que, malgré tout, Suzy garde beaucoup de tendresse pour toi.
J'ai filé jusque chez Suzy, je l'ai sorie de sous ses cartons, j'a pris la capote et je l'ai vidée dans sa bouche.
Les flics ont fait leur boulot. La fille s'est faite égorgée après avoir eu des rapports buccaux avec son fiancé, que c'était écrit dans le journal. Pas dur d'identifier le sperme !
Luc a eu gueuler que c'était un coup monté, il en a pris pour dix ans.
Suzy, je vis sa vie comme elle aurait dû la vivre, sans amour. C'était la seule fille à qui je tenais un peu alors je me la garde à ma façon. Quant à moi, j'avais changé d'horizon, de vie, de nom mais j'ai gardé mes goûts. J'aime toujours pas sucer ! surtout quand on sait ce qui est arrivé à cette pauvre Suzy, non, décidément, ça donne pas envie.
Je préfère encore quand mon taulier vient toucher son loyer. Je crois même que je commence à y prendre goût. Et puis, se faire enculer, ça offre un avantage, on n'a pas besoin de grimacer pour faire croire qu'on est bien. On se met la tête dans l'oreiller et on laisse faire en aveugle. Ça vous remue les tripes en rythme. Il suffit de se passer un peu de musique dans la tête.