Un inédit de: Stephen KING?

Avertissement: ce texte appartiendrait à une des oeuvres du Maître "La part des Ténèbres" ("The dark half") dont l'éditeur a souhaité le retrait.

Ingrédients. Un auteur à succès, Thad Beaumont, connu dans le milieu littéraire sous le nom de George Stark. Sa femme, Liz, que Stark s'obstine à appeler Beth. Une schizophrénie monumentale. Dix-sept litres de sang. 3 meurtres par strangulation, 2 par balles, 3 au rasoir. Une fausse tumeur au cerveau qui n'est en fait que les séquelles d'une gemellité cannibale de Thad Beaumont (pas clair, hein?). Dix-sept milliards trois cent dix-neuf millions deux cent trente-huit mille neuf cent quatorze étourneaux-psychopompes. Un sherif, Alan Pangborn, pas trop borné (c'est bien de la fiction...). Deux vrais-faux jumeaux qui n'arrêtent pas de chialer, William et Wendy; du genre: quand William fait pipi, on change la couche de Wendy. Des crayons "Berol Black Beauty" (deux douzaines). Et, dans le rôle du monstre, l'excroissance schizophréno-déliquescente de Thad: George Stark soi-même.

Résumé. Thad décide de ne plus écrire sous le pseudo de George Stark. C'est là que l'histoire attrape son label fantastique. George Stark, qui n'existait donc pas, se met à ressusciter de la tombe où il avait été fictivement enterré. Le brave homme se met à trucider tout ce qui bouge et, comme il est l'entité virtuelle de l'imaginaire schizophréno-gémellaire (bobo la tête) de Thad, tout le monde croit que c'est ce dernier qui est le coupable. Il n'y a que le shérif Pangborn qui, puisqu'on lui a expliqué que Thad ne pouvait pas être l'auteur des crimes, veuille bien admettre que ce soit quelqu'un d'autre. Le but de Stark est d'obliger Thad Beaumont à reprendre l'écriture des aventures hémoglobineuses de Machine, le héros des romans de Stark, c'est à dire le personnage du personnage (lui-même personnage du roman; le valium est sur la deuxième étagère en haut à gauche); c'est son seul moyen de survivre sous peine de rapide bio-dégradage.

La scène passe au moment où Stark vient d'enlever Liz et les deux gueulards de jumeaux. Ils sont dans la maison de campagne de Thad, à Castle Rock et Stark n'a plus que quelques heures à "vivre" si Thad ne se met pas incessamment à l'ouvrage. Déjà Stark commence à se décomposer.

*

Le Shérif Pangborn avançait dans l'allée avec la discrétion d'un vieux sioux. Devant lui, il reconnut la Toronado immatriculée dans le Mississipi avec l'auto-collant "Sale Frimeur" sur la vitre arrière.

"Thad Beaumont avait raison", pensa-t-il et il eut une pensée émue pour les crèpes au sirop d'érable que préparait si bien sa femme.

Le ciel s'obscurcit une première fois. Une nuée d'étourneaux formait un écran opaque devant le soleil de cette fin d'après-midi.

"Bon sang", pensa-t-il avec une pensée émue pour sa femme qui devait l'attendre. "Jamais je n'ai vu autant de moineaux!"

Les volatiles tournoyaient dans le ciel et descendaient, un à un, pour se poser sur la maison. Pangborn ressentit alors le désagréable titillement d'un canon de 7.65 sous les côtes. Il avala sa salive qui avait beaucoup moins de goût que les petits plats que savait si bien lui préparer sa femme.

"Dammit, j'ai pourtant la réputation de me déplacer comme un sioux et... je ne vous ai pas entendu arriver."

Il se retourna et aperçut le visage de son agresseur. Ou, du moins, ce qu'il en restait. Stark affichait un large sourire dû à son absence de lèvres qui dévoilait la totalité des dents qui ne lui étaient pas encore tombées. On apercevait la masse charnue de la langue qui ressemblait à une éponge attaquée à l'acide chlorhydrique et bouillonnait d'une infinité de bubulles rosâtres.

Un oiseau vint se poser sur le canon de l'arme et Stark ne sembla pas le voir.

*

Pangborn retrouva Liz à l'intérieur de la maison. Elle avait les jumeaux -en pleurs- dans les bras et poussa un cri d'horreur en voyant arriver le shérif les mains sur la tête.

"Je ne sais pas comment il est arrivé là", fit Stark dont la voix ressemblait d'autant plus à de la bouillie pour personnes âgées que son accent du Sud déformait sa mâchoire et lui donnait l'air d'être perpétuellement à la recherche d'un cigare. "Mais, chère Beth, il serait préférable, pour la santé des enfants, qu'il comprenne qu'il doit rester sage. Très sage."

Et, pour appuyer ses dires, il prit William dans ses bras. Les deux gosses se turent aussitôt. William avait encore moins de dents que Stark mais ça ne l'empêcha pas de sourire et de faire un gros baiser sur les lambeaux de joue de l'homme. Il en décolla même un petit morceau, à la manière d'un paquet cadeau qu'on déballe, et le porta à sa bouche. Cela devait avoir très bon goût car Wendy réclama aussitôt sa part. Stark qui, finalement, n'était pas si mauvais bougre que ça, se gratta le lobe et tendit les épluchures à la fillette qui put ainsi se régaler. Il caressa doucement la tête de l'enfant, laissant sur son crâne les traces gluantes de ses mains plus que moites.

Liz regardait avec horreur. Il fallait qu'elle tue cet homme, cette... chose. Lorsqu'il l'avait laissée seule, le temps d'aller cueillir le sioux, elle avait dissimulé une paire de ciseaux dans sa culotte, pensant qu'il n'irait jamais fouiller là. D'abord, le contact de la lame lui avait glacé les sangs puis, avec le temps, elle s'était accoutumée et trouvait même agréable cet outil qui, à la façon des boules de geisha, lui procurait d'inattendues caresses lorsqu'elle se mouvait.

Stark la fit s'asseoir sur le canapé. Il mit sur le compte de la nervosité le fait qu'elle croisât et décroisât continuellement les jambes. Progressivement, le regard de Liz se fit plus vague et sa respiration plus lourde. Ce n'était pourtant pas le spectacle des dix-sept milliards et quelques étourneaux qui obscurcissaient le ciel sans que Stark ne semblât les voir qui la mettait dans cet état-là.

Le shérif se mit mentalement à la place de cette femme dont la vie et surtout celle de ses enfants était menacée et pensa à sa femme et aux deux beaux garçons qu'elle avait si bien su lui faire.

"Il n'y a plus qu'à attendre Thad" bava Stark en une mousse purulente.

"Oh oui, oh oui..." marmonna Liz en se raidissant dans un ultime spasme.

La vue de cette femme chavirée troubla un instant Stark

*

Alors qu'il approchait de Castle Rock à bord de la VW prêtée par son collègue, Thad sentit un début d'érection investir son slip. Ce n'était quand même pas la vue de ces milliards de moineaux qui...

Les oiseaux volent à nouveau. Je suis le maître. Je suis celui qui sait. Je vais lui maître... je veux dire "je suis le".

Mais l'heure n'était pas aux pensées lubriques et le membre se décongestionna aussitôt.

*

Stark se dit qu'il avait autre chose de plus urgent à faire et, quitte à tremper sa plume dans un encrier, ce serait au sens propre et pour redonner vie à Machine.

"Qu'est-ce qui vous fait croire qu'il va venir?" demanda Pangborn pendant que Liz rattrappait son maquillage avec le dos du doigt.

"Il le doit. Il sait qu'il n'a pas le choix. Il doit m'aider à écrire ce roman."

"Je n'y tiens plus!" hurla Liz en extrayant la paire de ciseaux. Et les jumeaux sursautèrent et recommencèrent à chialer.

"Ah ah ah" ricana Stark dont les dents grelottaient comme la cascabelle d'un crotale. "Vous abandonnez donc le projet de me tuer?"

*

Thad fut secoué d'un rire violent et particulièrement déplacé, eu égard aux circonstances. Il gara la VW au début de l'allée et contempla avec angoisse et émerveillement le spectacle qui s'offrait à lui. Le sol était couvert d'oiseaux. Les arbres étaient couverts d'oiseaux. La maison était couverte d'oiseaux. Les oiseaux eux-mêmes étaient couverts par d'autres oiseaux...

*

"Vous connaissiez mes projets?" demanda, effarée, Liz.

"Bien sûr, ma chère Beth. Mais je savais que vous n'iriez pas jusqu'au bout..." puis, contemplant la mine défaite par le récent orgasme de la jeune femme, se ravisa et crut bon de préciser: "C'est à dire pas jusqu'au bout du meurtre."

L'air épanoui et comme rasséréné de la jeune femme conférait à cette dernière une beauté nouvelle. Stark n'avait jamais, ou très peu, regardé Liz. Il n'avait vu en elle que la femme de son créateur-meurtrier et, à vrai dire, sa condition d'entité pseudonymique ne l'avait jamais amené, jusque là, à s'intéresser aux choses du sexe pour son propre compte. Que Machine baisât au détour d'un chapitre, qu'il violât, sodomisât ou etcétérât, était chose normale, voire banale. Mais Stark n'avait jamais envisagé auparavant d'entrer dans la peau de son personnage. Et, au moment où la sienne s'étiolait, se détachait comme celle d'une banane trop mûre, il lui sembla urgent de combler cette lacune.

Ce qu'il lui restait de sexe se tendit violemment.

*

Alors qu'il rampait au milieu des oiseaux, Thad sentit sa gorge se serrer douloureusement et l'image de Liz s'imposa à lui. Il n'eut soudain plus la force de faire un geste. Allongé sur le sol, il ne voyait que Liz. Un désir énorme s'empara de lui.

Perdu au milieu d'un cauchemar sans tête ni tête, il essaya de se changer les idées en tripotant les Berol Black Beauty dont il avait garni ses poches. Ces crayons étaient ceux qu'il utilisait lorsqu'il écrivait du George Stark.

Je suis le maître des oiseaux. Je suis le maître de mon oiseau. Je suis celui qui sait. Les oiseaux volent à nouveau. Ils sont légers. Ils se posent sur la branche bien raide et celle-ci ne rompt pas.

*

Lorsque Stark se jeta sur Liz avec de visibles intentions libidineuses, Alan Pangborn eut une pensée émue pour sa femme qui avait si bien su, jadis, lui faire l'amour. Pudiquement, il ramassa les jumeaux qui avaient chu des bras de Stark et les emmena vers la fenêtre pour regarder tous les jolis zoiseaux. Les enfants qui n'aimaient pas l'odeur de tabac froid de Pangborn, en profitèrent pour continuer à pleurer.

Liz n'eut pas le temps de bouger. Stark était déjà sur elle. Hâtivement, il dégagea ses seins du chemisier où ils nichaient et commença, de ses doigts sans peau à les pétrir. Ses ongles étaient tombés depuis longtemps et il ne risquait pas de la griffer malgré la violence et la brutalité de ses caresses. Il dégageait une haleine fétide et, à chaque inspiration, Liz avait la douloureuse conscience d'ingurgiter des particules de Stark en décomposition. L'homme pesait de tout son poids sur elle et elle sentait ses vêtements s'imprégner des humeurs de Stark. Son absence de paupières l'obligeait à garder les yeux grands ouverts et lui donnait un regard de vautour. Des larmes de pus roulaient le long de ses fosses nasales et, comme une sudation puante, des gouttes séreuses perlaient à son front écorché.

Au début, Liz n'osa pas le toucher. Ce n'était pas une question de dégoût car, au-delà de l'apparence répugnante, elle reconnaissait les manières de Thad. Simplement, elle avait conscience de la fragilité de Stark et craignait de lui faire mal. Pourtant, le trouble qui la gagnait mit rapidement un terme à sa retenue. Elle entreprit à son tour de caresser l'homme.

*

Allongé dans les feuilles dont l'automne approchant avait mollement tapissé le sol, Thad ressentait l'ardeur voluptueuse des étreintes de Liz. Il se roulait sur le sol à la manière d'un possédé. Les moineaux, autour de lui, s'écartaient lentement, comme s'ils ne voulaient pas le déranger.

Les oiseaux volent de nouveau...

*

Liz fit tomber la veste de Stark. Sa chemise n'était qu'une seconde peau gluante, tiède dont elle le défit comme l'exuvie d'un reptile. Les muscles visibles n'étaient retenus que par de fragiles tendons et on devinait, au bouillonnement qui sourdait de son ventre, que la décomposition était bien avancée.

Elle sentit les mains de l'homme qui remontaient sous sa jupe. Elle écarta exagérément les jambes en signe d'impatience. Elle sentit les phalanges qui cherchaient à s'insinuer entre sa chair et l'élastique et, à ce moment-là, un léger craquement lui fit comprendre qu'un morceau de doigt avait succombé pendant l'invasion. Elle souleva donc le bassin pour permettre à l'homme de la débarrasser de l'importun sous-vêtement.

Frénétiquement, elle aggrippa la nuque de Stark et l'obligea à coller ses dents contre sa bouche. Avec l'agilité d'une couleuvre, elle planta sa langue dans la cavité buccale de l'homme. Elle se repaissait avec délectation des relents de fermentation qui dévoraient Stark. Elle se mit à lui sucer la langue plus goulument que la moëlle d'un os dont elle avait la spongieuse texture. De son ventre nu, elle se frotta contre les jambes de son amant, mélangeant sa propre liqueur au suin qui transpirait à travers la toile du pantalon.

Elle repoussait depuis de longues minutes maintenant l'instant de vérité, mais elle était au bord du gouffre, des milliards d'oiseaux piaillaient dans sa tête, sans parler de jumeaux que le shérif ne parvenait pas à calmer, et elle n'y tenait plus de savoir, de voir, de toucher, d'engloutir, d'enventrer le sexe de l'homme.

D'une main, somme toute assez bien entraînée, elle débraguetta l'individu et poussa un cri de stupeur. Sous sa main, fier et dur, le membre se dressait. Il semblait intact, épargné par l'érosion qui ravageait le jumeau imaginaire de son mari. Mais là, la différence était conséquente. Quoiqu'honorablement pourvu, Thad ne pouvait prétendre rivaliser avec son double. Double! Voilà, c'était le mot. Le sexe que Liz tenait d'une main ferme et guidait avidement vers son intime pertuis avait au moins deux fois la taille de celui de Thad. Le gland était, quand à lui, étonnamment dur et semblait bizarrement installé à l'extrémité de son sceptre.

Elle poussa un cri et crut défaillir quand l'homme la pénétra. Malgré son incroyable rigidité, le membre était particulièrement doux et coulissait à l'intérieur des chairs de la jeune femme plus facilement que les pistons d'une Chevy. Il la besogna ainsi, sans faiblesse, sans défaillir, jusqu'à ce que le soleil fût englouti par l'horizon.

*

Sur la route, Thad se tordait de douleur; deux heures déjà que son sexe congestionné était sur le point de rendre l'âme mais qu'une force obscure refusait de soulager. Il était au bord de la folie. Il se demandait comment il était possible de se retenir ainsi, de refuser l'éjaculation (NdT: en français dans le texte) salvatrice.

*

A l'intérieur, Liz était tout aussi épuisée. Elle subissait, sans interruption, les ardents assauts de Stark et, si les douze premiers orgasmes avaient été d'une rare intensité, les trente-huit suivants avaient été quelque peu gâchés par le vague doute qui assombrissait son esprit. Ce qu'elle avait tout d'abord considéré comme un avantage et une supériorité commençait à la lasser. Quand cet homme allait-il enfin se décider à se dessaisir de son flux séminal? A force de se faire limer si férocement, elle commençait à ressentir les premiers signes d'une inflammation vaginale.

"D'ici à ce que ça me déclenche une nouvelle crise de cystite." songea-t-elle.

Elle était de plus en plus curieuse de ce membre si fort et si résistant, alors elle résolut de passer à d'autres plaisirs. Elle se dégagea de l'homme qui continuait à ahaner en cadence et en bavant comme un boeuf. Ses yeux roulaient, mous, dans leurs orbites trop grandes et menaçaient de tomber comme des jaunes d'oeuf hors de leurs coquilles. Une odeur âcre s'échappait du corps en volutes épaisses et planait à mi-hauteur dans le living.

Liz se pencha vivement en direction du corps du délit. Sa langue impatiente pointait déjà entre ses lèvres coraliennes et rêvait aux mille agaceries dont elle assassinerait le membre rebelle. Pour mieux retarder son propre plaisir, elle ferma les yeux car elle voulait le découvrir du bout de la langue, avant de l'emboucher et de le faire agoniser au fond de sa gorge.

Mais, outre sa dimension, la chose lui paraissait bizarrement constituée. La forme ne lui était pas familière; pourtant, elle avait goûté plus d'un esquimau, la gredine. Le gland était anormalement excentré et rond comme une boule de billard. Intriguée, elle ouvrit finalement les yeux. Et découvrit que le membre sur lequel elle était empalée depuis plus de deux heures n'était autre que le fémur déboité de Stark et qu'elle était en train de pomper avec une coupable assiduité la tête dudit fémur. Elle reprit brutalement contact avec la réalité et un long trait de bile acide remonta son oesophage, déborda la barrière éburnéenne de ses dents et vint se diluer au corps en putréfaction.

*

A cet instant, Thad ressentit un profond soulagement. Un long trait de semence nacrée était en train de polluer le slip de l'écrivain. Il entendit confusément les braillements des jumeaux à l'intérieur du pavillon avant de perdre connaissance. Le flot ininterrompue déborda des vêtements et les oiseaux psycho-pompes (NdT: d'où leur nom) s'approchèrent et se régalèrent de l'humain hydromel.

(ici l'auteur se "rebranche" au moment au Thad approche de la maison avec ses crayons Black Berol Beauty dans les poches)

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